Transports

En Suisse, des navettes sans conducteur expérimentées en plein centre-ville

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Sedrik Nemeth/CarPostal

La ville de Sion veut être à l’avant-garde de la mobilité. Les navettes autonomes constituent un maillon supplémentaire de son offre multimodale. Les navettes sont particulièrement adaptées aux trajets courts, par exemple pour desservir le centre-ville ancien comme à Sion, où la circulation est peu dense. L’utilisation des navettes va être scrutée. Seront particulièrement surveillés le fonctionnement des capteurs et l’accueil des usagers mais aussi des autres conducteurs.

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Systèmes de transport intelligents : vers une mobilité réinventée

 

Une première mondiale. La ville de Sion, en Suisse (canton du Valais), ne s’est pas privée de le rappeler à de nombreuses reprises quand elle a inauguré, le 23 juin, la première expérimentation de navettes autonomes dans l’espace public. Elles seront deux à sillonner la vieille ville sur une boucle de 1,5 kilomètre, en une quinzaine de minutes, avec des arrêts tous les 22 mètres environ, et pourront accueillir onze passagers. Pour le président de la ville (l’équivalent du maire), Marcel Maurer, Sion est « idéale pour un test grandeur nature » car elle a mis en place une zone de rencontre dans son centre-ville. De quoi se lancer dans un espace avec une circulation allégée.

Comportement des capteurs

Installées par CarPostal (filiale de La Poste Suisse), qui gère déjà le réseau de transport de la ville, les navettes électriques ont été conçues par Navya – société française basée à Lyon et Paris – et bénéficient de six à douze heures d’autonomie. Le choix du constructeur s’est fait naturellement, explique Philippe Cina, responsable développement chez CarPostal : « Le projet a germé en février 2015. Navya pouvait nous proposer un véhicule qui allait bientôt sortir. »

Appuyé par CarPostal, la ville de Sion, le canton du Valais, l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et la Haute école spécialisée de Suisse occidentale, le projet est entré dans sa phase la plus délicate : « Les problèmes commencent maintenant », sourit Philippe Cina. L’expérimentation, qui court jusqu’en octobre 2017, permettra de prendre conscience des obstacles pesant sur le développement à grande échelle de ces navettes. Le fonctionnement des capteurs va être particulièrement scruté. Ils peuvent se montrer capricieux et détecter un obstacle là où il s’agit simplement de la pluie qui tombe. L’accumulation de neige va aussi constituer un bon test. Un sac plastique abandonné, un ballon qui a échappé à son propriétaire constituent autant de défis pour les concepteurs.

Recueillir des données

L’accueil réservé aux navettes par les usagers va également être étudié. La méfiance à l’égard des véhicules sans conducteur sera-t-elle importante ? Le regard des habitants est déjà positif, estime Marcel Maurer. Pour Daniel Landolf, directeur de CarPostal, ce sera aussi l’occasion d’analyser la réaction des autres usagers de la route face à des véhicules autonomes.

Chez Navya, le test en situation réelle est aussi perçu comme une étape primordiale. Interrogé sur ce qu’il en attend, son vice-président Henri Coron répond « des data et des data ! » Une attente partagée par les ingénieurs de l’EPFL, qui y voient l’occasion d’affiner les algorithmes utilisés par les véhicules. Quels avantages offrent, à terme, ces navettes pour les collectivités ? Pour Susanne Ruoff, directrice générale de La Poste Suisse, cela permettra d’utiliser les navettes à la demande. Philippe Cina confie d’ailleurs que c’est un projet dans les cartons, avec un service qui pourrait être assuré y compris la nuit. Marcel Maurer estime que les navettes vont vite « trouver leur place » en assurant « les relais qui manquent » à la ville. Pour Henri Coron, l’argument principal reste le prix. Navya avance par exemple que le coût d’exploitation de ses navettes reviendrait à 1,6 million d’euros par an pour l’aéroport Lyon Saint-Exupéry, à mettre en rapport aux 12 millions d’euros par an pour la même capacité de transport via les bus thermiques.

Intérêt mondial

Pour autant, la ruée des collectivités n’a pas encore lieu. « C’est toujours compliqué d’être le premier », explique Henri Coron. En France, la récente évolution de la réglementation qui permet l’expérimentation de ces véhicules pourrait développer ce marché. A Sion, il a fallu demander une autorisation spéciale. Une batterie de tests a été réalisée avant de donner le feu vert, explique Erwin Wieland, vice-directeur de l’Office fédérale des routes. La doctrine étant maintenant établie, les prochaines demandes seront plus simples à gérer. Les promoteurs des navettes autonomes espèrent donc que Sion va ouvrir la voie à d’autres territoires, et notamment en France, où le Grand Lyon va tester la Navya dès ce mois de septembre.

 

« L’opportunité d’inventer de nouveaux services de mobilité »

Gabriel Plassat, expert et fondateur de La Fabrique des mobilités

Ce qui est important, c’est la notion de dépossession de la voiture. Si le véhicule autonome reste propriété de l’usager, ça ne change pas grand-chose. Mais le véhicule sans chauffeur offre l’opportunité d’inventer de nouveaux services de mobilité. Si la ville s’en empare et en fait un projet politique, la combinaison de la robotisation et de la dépossession sera une innovation majeure : l’émergence de la ville sans conducteurs. Les grandes villes-mondes ne pourront pas passer à côté. Celles qui ont moins de moyens peuvent travailler en réseau. Des multitudes d’innovations peuvent en découler, mais il faut définir l’objectif. Il faut aussi que les territoires anticipent ce changement dans leurs grands projets : faudra-t-il encore construire des parkings si les habitants ne possèdent plus leur propre véhicule ?

Références

Journée d'étude transports publics
Optimisez les solutions de mobilité durable en fonction de vos ressources
27 septembre 2016 à Lyon

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