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Patrimoine

Les collectivités tirent les leçons des dernières inondations

Publié le • Par • dans : Innovations et Territoires

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montargis musee girodet inondationsvIMG_2177 - copie © D.R.

Une commune sur deux est exposée au risque d’inondations. Celles qui ont frappé le Loiret au printemps dernier ont durement touché le patrimoine des musées ou archives.Aucun bâtiment n’est à l’abri d’une inondation, même ceux qui n’en ont jamais connu ou situés loin d’un cours d’eau. Les sinistres dus au ruissellement sont croissants. Elaborer un plan d’urgence permet d’anticiper la crise et d’en minimiser les dégâts. Les œuvres prioritaires sont déterminées, les lieux de repli fixés.

 

Chiffres-clés

  • 400 bibliothèques sur 16 000 disposent d’un fonds ancien, souvent issu de confiscations sous la Révolution.
  • 25 millions des documents constituent les fonds anciens. Ils représentent l’équivalent du fonds de la Bibliothèque nationale de France.

Désolant record ! Au musée Girodet de l’agglomération montargoise et rives du Loing (15 communes, 57 000 hab., Loiret), les 5 900 œuvres sont restées 72 heures dans l’eau, à la suite des inondations monstres du 31 mai 2016 qui ont ravagé Montargis.

Elles étaient stockées dans des réserves provisoires car, depuis quatre ans, le musée était en travaux. « Nous les avions installées dans l’hôtel communautaire, dans l’ancienne salle des coffres au sous-sol du bâtiment, auparavant occupé par une banque, détaille Pascale Gardès, conservatrice. Cette salle, dotée d’une coque, n’avait jamais été inondée. » Après la rupture d’une digue, le débit du Loing s’est brutalement élevé et il a envahi la ville. « La salle des coffres a été inondée par le rez-de-chaussée du bâtiment, poursuit Pascale Gardès. Il a fallu deux jours aux pompiers pour tout pomper. »

A Nemours (12 800 hab., Seine-et-Marne), submergée le lendemain, l’eau a atteint 30 centimètres dans la bibliothèque municipale qui recèle un fonds ancien de 5 600 ouvrages. « Nous n’avions jamais été inondés, observe Florence Couvreur-Neu, sa directrice. Nous nous doutions que nous pouvions l’être mais pas autant. Le niveau du Loing a dépassé la crue de 1910 de cinquante centimètres. Heureusement, nous avions rehaussé les ouvrages qui étaient rangés sur les étagères les plus basses et les avons ainsi sauvés. »

L’eau est susceptible d’envahir des bâtiments jusqu’alors épargnés… C’est le premier enseignement qui se dégage du retour d’expérience de ces inondations qui ont frappé le Loiret au printemps.

Inondations inédites

Des sinistres plus anciens en attestaient déjà. Jean-Pascal Foucher, directeur des archives départementales de l’Orne en sait quelque chose. « Notre bâtiment n’est pas situé en zone non inondable et, jusqu’en 2007, nous n’avions jamais eu d’eau, explique-t-il. Mais cette année-là, des pluies diluviennes ont fait déborder le réseau des eaux pluviales. Le lundi matin, l’eau commençait à se répandre dans la chambre forte où nous stockons nos documents précieux au sous-sol lorsque nous nous en sommes rendu compte. Nous avons donc pu sauver les collections. Cela aurait été un désastre si le sinistre s’était produit la nuit. »

Souvent, ce genre de catastrophe survient au plus mauvais moment, l’été, les week-ends. Les archives municipales de Chambéry ont été inondées dans un contexte comparable à celles de l’Orne. Le 22 juillet 2015 en fin de journée, un violent orage a fait déborder les réseaux d’eau pluviale. L’eau a envahi la cour du bâtiment des archives et est passée sous les portes du service situé au rez-de-chaussée, alors qu’il était fermé.

Le personnel a découvert les dégâts le lendemain : 750 mètres linéaires de documents ont été mouillés, dont la plupart des plans. Dans le cas de Montargis, l’inondation a eu lieu un mois avant la fin des travaux du musée, où les œuvres auraient été à l’abri puisque les futures réserves y ont été installées trois mètres au-dessus du niveau maximum atteint par l’eau.

Parfois, l’alerte est transmise très tardivement aux services. « J’ai été prévenue par mail à 14 h 54 que nous étions passés en alerte rouge… depuis midi, soupire Pascale Gardès. Le personnel a juste eu le temps de sauver une centaine d’œuvres, éclairé à la frontale car il n’y avait plus d’électricité. Si nous avions été alertés trois heures plus tôt, nous aurions pu en sauver la plupart en utilisant les ascenseurs. »

Ce genre de catastrophe est aussi l’occasion de découvrir que les mesures que l’on a prises pour anticiper l’inondation ne sont pas suffisantes. « Le bâtiment du musée Girodet est situé en zone inondable, développe Pascale Gardès. Afin d’être autorisés à le doter d’extensions, nous avons dû nous conformer aux préconisations du plan de prévention du risque inondation. Pourtant, nous nous sommes aperçus que les prises du rez-de-chaussée qui a été inondé n’ont pas été installées assez haut. »

Effets collatéraux

Enfin, il ne suffit pas que l’eau se retire pour sortir de la crise. Une course contre la montre s’engage alors pour protéger les œuvres des champignons et autres moisissures.

« Le taux maximum d’humidité que peut supporter un livre ancien est de 55 %, détaille Florence Couvreur-Neu. Il atteignait 97 % quand nous avons réintégré la bibliothèque. Il nous a donc fallu trouver un bâtiment hors d’eau pour y déménager notre fonds ancien. Je n’avais pas élaboré de plan d’urgence pour sauvegarder les collections, remettant ce travail à plus tard. Aujourd’hui, cette démarche d’anticipation me paraît essentielle pour pouvoir faire face aux multiples aspects d’une inondation. »

Les services du patrimoine qui ont connu une inondation en ont fait l’amer constat : les services de la collectivité sur lesquels ils pensaient pouvoir compter pour mettre les œuvres à l’abri ont d’autres urgences à traiter quand tout le territoire est touché. Quant aux sapeurs-pompiers et à la police nationale, les services du patrimoine arrivent en 14e position sur la liste de leurs priorités.

« Le plan d’urgence doit avoir identifié une liste de volontaires, au sein du personnel, susceptibles d’être mobilisés en cas de crise », indique Jocelyne Deschaux, directrice du réseau des médiathèques de l’agglo de l’Albigeois (17 communes, 81 000 hab., Tarn) et présidente du Comité français du Bouclier bleu. Cette association a pour rôle de sensibiliser et de former à la fragilité du patrimoine culturel. « Sachant que ceux-ci peuvent être sinistrés eux-mêmes, mieux vaut recruter des volontaires extérieurs à la ville et au service », ajoute Jocelyne Deschaux.

Plan d’urgence

A Chambéry, les archives et la médiathèque réfléchissent à un plan d’urgence commun, comme les archives départementales de l’Orne, de la Sarthe et de la Mayenne. « Le but est de mutualiser le matériel de réponse à l’urgence et les personnels formés au traitement des documents sinistrés », expose Jean-Pascal Foucher.

« Le patrimoine doit aussi être pris en compte dans les plans communaux de sauvegarde, identifiant des lieux de repli adapté à chaque catégorie de patrimoine car, dans l’urgence, on a tendance à faire n’importe quoi, insiste Jocelyne Deschaux. Par ailleurs, nous réfléchissons à la création d’une équipe nationale de réponse aux crises, avec des membres formés à l’intervention d’urgence sur tout type de patrimoine. »

De nombreuses documentations présentent comment élaborer un plan d’urgence, comme sur le site de la Bibliothèque nationale de France, et les formations sont nombreuses, telles celles proposées par l’Association des archivistes français. Pourtant, les services du patrimoine engagés dans cette gestion du risque font encore exception. Pour une raison simple : il faut compter dix-huit mois à deux ans afin d’élaborer un plan d’urgence car il n’existe pas de modèle type. L’idéal est d’y travailler en binôme, mais tous les établissements n’ont pas les moyens de mobiliser autant de personnel pendant des mois.

« On peut procéder par étapes, estime Jocelyne Deschaux. Mais il faut d’abord identifier les œuvres à évacuer en priorité, en fonction de leur préciosité et du type de sinistre. Il est important de travailler avec les sapeurs-pompiers afin qu’ils les repèrent, salle après salle, et qu’ils précisent combien ils peuvent en sortir rapidement. »

Les inondations du Loiret ont aussi montré que des solidarités fortes tant au niveau local que national ont été efficaces pour sauver le patrimoine endommagé. « Lors du sinistre, mon adjointe participait à un colloque de restaurateurs et a pu lancer un appel, conclut Pascale Gardès. Plusieurs restaurateurs se sont mobilisés immédiatement. »

Noëlle Bailley, cheffe du bureau du patrimoine, service du livre et de la lecture au ministère de la Culture

« Il est important d’associer les sapeurs-pompiers »

Le plan d’urgence détaille toute une série d’actions à mettre en œuvre pour éviter la catastrophe et la gérer. Mais c’est en réalisant des exercices simulant une catastrophe que l’on constate les difficultés susceptibles de se présenter : que l’on ne peut pas se croiser dans tel couloir avec une caisse, par exemple. Il est important d’y associer les sapeurs-pompiers car ils ont l’œil pour détecter les fragilités, les dangers. Plus on associe ces professionnels à la démarche, plus on les sensibilise à l’importance des documents, plus ils seront mobilisés le jour de la crise et plus ils seront efficaces.

 

Sylvain Durand, responsable adjoint des archives municipales de la ville de Chambéry (58 653 hab, Savoie)

« Un plan d’urgence efficace »

Notre service est situé au rez-de-chaussée d’un bâtiment. C’est l’idéal pour la manutention des documents, mais cette position les surexpose en cas d’inondation. La meilleure solution pour limiter les risques est de ne rien stocker au sol ou sur les premières tablettes. Après le sinistre de juillet 2015, j’ai réorganisé les magasins pour que les documents précieux soient désormais hors d’eau. Mais j’ai peu de marge de manœuvre car les réserves sont pleines. Lorsque la catastrophe est survenue, nous élaborions notre plan d’urgence. Il nous a permis d’être efficaces à un moment où nous ne pouvions plus penser, abasourdis par l’étendue des dégâts.

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Thèmes abordés ArchivesBibliothèquesChangement climatiquePrévention des inondations

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  1. 1. toto 14/09/2016, 16h53

    il existe des véhicules électriques apte à survivre pendant les inondations en ville

    http://www.iza.ne.jp/kiji/economy/news/160904/ecn16090414230002-n1.html

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