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Relations Humaines

Quand un DGS dénonce les dérives de certains élus sur les réseaux sociaux !

Publié le • Par • dans : Actu Emploi, France, Toute l'actu RH

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Businessman showing a superhero suit underneath machinery metal © kromkrathog - Fotolia

Dominique Filatre, DGS breton en recherche active d'emploi, a pris une décision « rare ». Celle de publier sur les réseaux sociaux ses lettres des candidature, mais également les réponses qu'il recevra ! L'acte militant d'un homme qui aimerait enfin voir sa profession évoluer, une manière également de remettre les citoyens au coeur des décisions locales.

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Les DG des collectivités territoriales contraints à l'exploit

 

 

Lorsqu’il répond à La Gazette depuis la presqu’île de Crozon (Bretagne) où il demeure, Dominique Filatre a la voix assurée. Dans son post publié sur le réseau professionnel LinkedIn, l’homme assure d’ailleurs: « j’ai 56 ans et je constate une énorme différence de taux de retour par rapport à ma recherche d’emploi de 2009. Il est donc vrai que, effectivement, je n’ai pas grand-chose à perdre. »

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La démarche assez étonnante de ce DGS consiste ainsi à publier sur les réseaux sociaux ses lettres de candidature mais aussi les futures réponses qu’il recevra. La première de cette série concerne donc une offre d’emploi dans la communauté de communes du Pays de Bigouden sud. « Je fais quelque chose qui ne se fait jamais, je pose mes conditions » explique-t-il.

Et voilà ce qu’on peut en effet lire en introduction de ce courrier :

Voilà pourquoi je commence par bousculer la ridicule promotion ordinaire de soi-même et les impasses de la novlangue marketing du candidat, sortons de la désespérance dans laquelle nous confine l’exercice trop convenu du recrutement qui fait perdre son temps à tout le monde. La seconde vérité, c’est que la liberté d’expression de votre futur directeur général des services est, au niveau d’un premier contact, le seul signe crédible qu’il vous apportera autre chose qu’un formatage pré-conçu et incapacitant. Dérangeant, toujours loyal, éventuellement agaçant : nous voilà déjà au cœur de la conception du métier de DGS, dans le rapport qu’il doit entretenir avec l’exécutif, tel que je vous propose de l’envisager.

Des maires et présidents qui empiètent sur les plates-bandes des DG

En effet parmi les motivations qui ont poussé Dominique Filatre à sortir du cadre, il y a en premier lieu son agacement de voir dans certaines communes ou intercommunalités, le maire ou le président « empiéter sur les plates-bandes des DG ».

La définition de la délégation qui est accordée au DG n’est pas forcément lisible et est sujette à des coups d’accordéon au bon plaisir de l ’exécutif…  Si le maire, par exemple sur des questions de management – qui sont normalement du ressort du DG –  lui passe par-dessus, le DG perd toute crédibilité et se retrouve en difficulté [ndlr: par rapport aux équipes].

D’où cette idée chez Dominique Filatre de rendre publique sa candidature, pour que la relation qui lie finalement l’élu à son DG soit contrôlable par le citoyen dans un esprit de « transparence due à un emploi public ». « C’est selon moi la solution la plus efficace, car pour le moment, les élus ne veulent pas que ce soit écrit dans la loi [ndlr: faisant ici référence aux demandes du SNDGCT en matière de  cadrage législatif] » ajoute-t-il.

Laurent Bacquart, conseiller du président du syndicat des directeurs généraux (SNDGCT), ne partage pas ce point de vue.

« La légitimité du dirigeant territorial, du DGS et de son équipe de direction, ne vient que de la relation à l’autorité territoriale, qui elle a été élue ! Nous n’avons pas un rapport direct avec la population… contrairement à l’exécutif. Aussi la place que peut prendre le DGS ne relève que d’un contrat qui est passé avec le maire et qui définit une répartition des rôles ».

Et pour le conseiller du président du SNDGCT, ce contrat peut être amené à évoluer au cours du mandat (causes internes ou externes). « Aussi, je ne partage pas cette idée qu’il faudrait figer une certaine répartition des rôles auprès de la population » poursuit Laurent Bacquart, qui explique néanmoins son souhait de voir clarifié dans la loi, non pas une certaine répartition des rôles, mais bien le champ des responsabilités qui incombe au DG et à son équipe.

Mais alors quid de ces maires/présidents « interventionnistes » qui passeraient outre les DG ? Pour Laurent Bacquart, ce sont des modalités à définir entre l’élu et son DG, chacun devant régulièrement s’interroger pour savoir « si sa place lui convient ». « Vous savez il y a aussi des DG interventionnistes qui veulent faire à la place de… » s’amuse le conseiller du président du SNDGCT.

Les « technotables »

Le second point soulevé par cette « tribune » de Dominique Filatre concerne ces nouveaux élus sortis tout droit de l’administration territoriale.

« On est en train de copier dans tous ses travers, ce qui se fait au niveau de l’Etat. On passe de la case haute-administration, cabinet ministériel, parlementaire et on recommence [...] c’est un modèle oligarchique. Maintenant, c’est un choix éthique et politique… il faut savoir où l’on veut aller !  Et selon moi,  il y a quelques dangers à copier ce modèle étatique déjà critiqué. Nos élus locaux sont peut être un peu moins à l’abri qu’ils ne le pensent… » explique ainsi Dominique Filatre.

Une interview, publiée il y a un an dans La Gazette, avait justement fait bondir le DGS breton.

Denys Lamarzelle, auteur d’un livre intitulé « Les cadres territoriaux » détaillait ce qu’il nomme la « zone grise du management politico-administratif » arguant que « le passage d’un poste de DGS à un mandat d’élu est devenu naturel [...] cet élu ancien technicien ne sort pas d’une pochette-surprise comme certains élus par le passé. Et le cabinet et les services n’ont pas besoin d’accompagner sa formation de A à Z. Cet élu est opérationnel tout de suite. Ce schéma, c’est gagnant-gagnant pour tout le monde. »

Une conception contestée également par Rémi Lefebvre, politologue et élu socialiste à Hellemes, dans nos colonnes :

Ces nouveaux maires ont, bien sûr, appris à intégrer la contrainte électorale, mais ils sont moins politisés que leurs prédécesseurs. Ils ne défendent plus de doctrine particulière. Ils sont désignés en fonction de leur compétence, non de leur représentativité parmi la population. Ils favorisent, ainsi, la montée de l’abstention aux élections locales. Les maires, auparavant, avaient plus de proximité sociale. La distance sociale se situait au niveau national, pas local. Les maires étaient considérés comme proches. Pas seulement physiquement, mais aussi socialement.

Avec plus de 1300 vues enregistrées ces derniers jours, le post de Dominique Filatre a sans doute atteint le but que lui avait fixé son auteur , à savoir « créer du débat autour du métier de DGS ! ».

 

 

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  1. 1. Aniki 10/09/2016, 12h46

    Une nouvelle fois, une problématique trouvant sa source dans la conception egocentrique du "pouvoir" de nos chers maires.
    "Je suis élu donc je décide de tout. Vous, mes adjoints, mes directeurs, mes agents, êtes mes serviles vassaux, et n'êtes là que pour m'obéir aveuglément et sans contestation!"
    Caricatural me direz-vous? Pourtant c'est bien ce qui se passe chez moi...

  2. 2. lehuron 09/09/2016, 14h16

    les causes de la faiblesse de la démocratie résident dans l'absence de séparation des pouvoirs entre ceux qui délibèrent et ceux qui exécutent . Les administrations locales sont désormais trop dépendantes du monde politique alors qu'elles ne devraient répondre que des règles applicables à la déontologie du fonctionnaire qui impose de mettre fin à tout conflit d'intérêts de quelque nature qu'il soit . La faiblesse du recrutement par la voie neutre du concours remplacé par des recrutements par voie de contrats a permis de conforter cette situation.
    D'accord ou pas d'accord, on ne modifie pas impunément les règles fondant la démocratie telles que définies par Montesquieu . Et tous les discours contraires sont autant d'atteintes à la garantie juridique d'un système démocratique. On est dans un autre système et c'est tout à fait possible si c'est cela qu'on veut mais on peut prétendre qu'un carré est un cercle sans problème d'honnêteté intellectuelle.
    *

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