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Gestion de patrimoine

Quand les maires déplacent des montagnes pour leur école

Publié le • Par • dans : France

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A Trébédan, l’école « œuvre d’art » Le Blé en herbe, en partie financée par la Fondation de France, a ouvert ses portes en septembre 2015. A Trébédan, l’école « œuvre d’art » Le Blé en herbe, en partie financée par la Fondation de France, a ouvert ses portes en septembre 2015. © PHILIPPE PIRON

Pour les maires ruraux, l’école est vitale. La rénover est souvent indispensable pour éviter la dévitalisation de leur territoire. Afin d’y parvenir, ils déploient des trésors d’ingéniosité, sans pour autant mettre à mal les finances locales.

 

«L’envie d’avoir des enfants qui courent sur la place du village, ça n’a pas de prix ! » lance Marc Tauleigne, maire de Gluiras (400 hab., Ardèche), qui investit chaque année 10 % du budget communal dans son école, alors qu’elle ne concerne que douze familles. C’est à cette idée que se raccrochent nombre de maires ruraux, foncièrement attachés à préserver leur école, « pour ne pas devenir un village de retraités », comme l’explique le maire ardéchois.

Les habitants de Gluiras se répartissent sur 100 hameaux et 2 500 hectares. « Dans les hameaux, il n’y a pas d’enfants. Nous n’attirons les familles que grâce à notre parc de 18 logements locatifs communaux », admet le maire. La commune ayant fait l’effort de construire ce parc locatif pour rajeunir sa population, elle ne pouvait pas se permettre de voir son école fermer.

Vieille de cent cinquante ans, l’isolation laissait à désirer, et sa configuration sur deux étages n’était pas adaptée à la classe unique d’une vingtaine d’enfants. Les élus décident donc d’en construire une nouvelle, pour un coût total de 285 000 euros. Le village reçoit 115 000 euros d’aides diverses, dont 80 000 euros au titre de la dotation d’équipement des territoires ruraux. La vente de l’ancienne école, estimée à 150 000 euros permettra d’équilibrer les comptes.

« Si nous avions rénové le bâtiment existant, nous aurions dépensé plus de 100 000 euros, avec beaucoup moins de subventions. Là, on est tranquille pour cinquante ans », analyse l’édile.

Baromètre des naissances

La baisse de la population, c’est la hantise des maires ruraux, qui gardent un œil anxieux sur le baromètre des naissances. « L’Education nationale a une position purement comptable. Si les effectifs ne sont pas au rendez-vous, ils ferment des classes », analyse Sylvain Le Chatton, maire de Liancourt-Saint-Pierre (600 hab., Oise).

Cette commune a organisé un regroupement pédagogique avec Loconville (400 hab.), le village limitrophe. A elles deux, ces communes accueillent 94 élèves, de la petite section de maternelle au CM2, en classes de double niveau. Or les deux classes de grands sont séparées par une route, ce qui pose des problèmes de sécurité lors des récréations.

L’un des deux bâtiments, très anciens, était très humide. « L’Education nationale a menacé de le fermer. Il fallait faire quelque chose », explique le maire. L’extension de l’un des bâtiments a donc été décidée, avec ajouts d’espaces de vie scolaire, pour un budget de 356 000 euros. « Nous avons pris un risque, car l’inspecteur d’académie ne peut pas me garantir le maintien des professeurs. Mais si nous n’avions rien fait, le risque était encore plus grand ! » souligne Sylvain Le Chatton.

L’attractivité, une nécessité

Pour attirer les familles, l’école doit être attractive, « surtout en région parisienne, où les parents sont habitués à avoir du service. La qualité de l’enseignement est primordiale. En aménageant un nouvel espace de vie scolaire, nous espérons que les enseignants se battent pour rester, ce qui rejaillit forcément sur la réputation de l’école et attire de nouveaux parents », explique le maire.

Avec 93 élèves, la taille du regroupement n’est pas optimale. La perte d’un enseignant signifierait des classes à triple niveau, ce que les parents ont tendance à fuir. « Pour être tranquilles, il nous faudrait 120 élèves », admet l’élu.

Une école œuvre d’art

A Trébédan (400 hab., Côtes-d’Armor), c’est aussi la vétusté de l’école centenaire qui a poussé Didier Ibagne, élu maire du village en 2008, à envisager sa rénovation. « Les enseignantes nous ont bousculés en nous présentant les nouveaux commanditaires. Un programme porté par la Fondation de France, qui « permet à des groupes de personnes, de toutes origines et de tous milieux, de solliciter un artiste pour traduire leurs préoccupations à travers une œuvre installée dans l’espace public, hors des musées », lit-on sur le site de la fondation.

« Nous avons créé un groupe avec des enseignants, des anciens élèves, des élus, des parents… Nous voulions un projet qui redynamise la commune, qui crée de l’intergénérationnel. » Ils travaillent leur projet, avec l’aide de Matali Crasset, célèbre designer, et parviennent à la conclusion que tous les liens convergent vers l’école.

Le projet comporte deux étapes parallèles : la rénovation de l’école, un travail classique d’architecture, et le design du mobilier par Matali Crasset, dont l’objectif est de renforcer le rôle social et culturel de l’école en l’ouvrant au reste de la population grâce à des espaces partagés.

Inauguré au mois de septembre 2015, le projet a coûté 1,25 million d’euros, financés aux deux tiers par la Fondation de France, le ministère de la Culture, le conseil départemental des Côtes-d’Armor, l’Ademe… Au final, la commune y aura contribué à hauteur de 400 000 euros.

« La renommée de l’artiste nous a permis de bénéficier d’importants financements extérieurs », reconnaît le maire. Et pour le prix d’une rénovation classique le village profite d’une école « œuvre d’art » avec un fort retentissement médiatique.

 

Face à la baisse des dotations, l’appel aux dons ?

En 2014, quand Marième Tamata-Varin prend les rennes de la mairie de Yèbles (700 hab., Val-de-Marne), la cour d’école est trop petite et les grands occupent un préfabriqué construit il y a trente ans. Du provisoire qui dure. Or le village ne peut assumer le coût des travaux estimés à plus d’un million d’euros. La maire a alors l’idée de lancer un financement participatif. En trois mois, elle récolte 47 000 euros. Elle remue ciel et terre, obtient des subventions diverses et variées et finit par rassembler la somme. Depuis, l’idée a fait son chemin. L’Association des maires ruraux de France (AMRF) a signé en juin 2016 un partenariat avec Collecticity, première plateforme de financement participatif dédiée aux collectivités locales.

« Beaucoup de maires attendent des solutions pour mettre en œuvre des actions utiles aux territoires sans ressources locales suffisantes. Sans se substituer aux mécanismes de dotations d’Etat dont l’architecture sera revue, ni aux autres collectivités publiques, le crowdfunding est une des réponses aux enjeux de financement des territoires ruraux », avance Vanik Berberian, président de l’AMRF.

 

La concentration des écoles, c’est non

Depuis janvier 2014, l’Etat déploie progressivement des « conventions ruralité » dans les départements. En échange de la garantie du maintien des effectifs enseignants pendant trois ans, le département s’engage à favoriser le regroupement des écoles rurales. Ce que Vanik Berberian, président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) qualifie de « chantage inadmissible » qui aboutira à « tout transférer dans la ville chef-lieu ».

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