Démocratie locale

Le numérique, un outil au service de la participation citoyenne

| Mis à jour le 08/09/2016
Par
10198394.HR

Démocratie ouverte

Face à l’essoufflement des partis politiques, la défiance vis-à-vis des élus et l’abstentionnisme des jeunes, les outils numériques apparaissent comme un élément de réponse. Ces dispositifs s’adressent à tous les décideurs qui considèrent, quelle que soit la taille de la collectivité, que le numérique offre des opportunités pour renouveler leur démocratie. Créer sa propre plateforme en ligne ou utiliser des applications existantes : chaque collectivité peut trouver une solution numérique à la mesure de ses objectifs.

cet article fait partie du dossier

Comment les outils numériques renouvellent la démocratie locale

 

Les outils numériques apportent-ils une bouffée d’oxygène à la démocratie ? Une évidence, à la lecture du rapport « Démocratie : mise à jour », publié en avril par le think tank Renaissance numérique, qui se veut « une boîte à outils pour tout décideur politique qui, demain, souhaite faire évoluer son mode de gouvernance et prendre en compte le tournant numérique ».

Le rédacteur de ce livre blanc n’est autre que l’enseignant-chercheur Clément Mabi, spécialiste des questions de la participation citoyenne et vice-président du collectif Démocratie ouverte. « La démocratie est en train d’être transformée », assure l’expert, également membre du conseil d’administration de l’Institut de la concertation, qui prépare un autre livre blanc, sur « concertation et numérique », à paraître en juin 2017.

« Le centre de gravité se déplace vers le public »

Clément Mabi, enseignant-chercheur à l’UTC de Compiègne, vice-président du collectif Démocratie ouverte et administrateur de l’Institut de la concertation

« Actuellement, nous assistons à un rapprochement entre la démocratie, telle qu’elle fonctionne chez nous, et le numérique. Les acteurs de la démocratie et les élus dans les collectivités territoriales se rendent compte qu’il y a un enjeu et s’équipent sur le plan numérique, investissent les réseaux sociaux, utilisent de plus en plus d’outils interactifs pour coconstruire des politiques publiques, comme à Rennes, Grenoble, Nantes ou Paris.
Mais ce n’est pas le numérique en soi qui est politique, c’est la manière dont on va l’intégrer. La démocratie évolue avec le numérique, le centre de gravité se déplace vers le public, plus que vers les représentants. »

 

Les outils numériques permettent notamment de faire appel à l’intelligence collective – à la foule (« crowd ») – comme source de solutions innovantes. A l’image du financement participatif (« crowdfunding »), le « crowdsourcing urbain » consiste à produire des données grâce à une multitude d’utilisateurs. Les sites, applications ou expériences sont très nombreux, y compris parmi les collectivités locales. Chercheure au programme Fabrique urbaine, à l’Institut du développement durable et des recherches internationales, Tatiana de Feraudy propose un classement. « A partir du rôle donné au citoyen, nous avons identifié trois idéaux-types : le citoyen capteur, qui transmet des données de manière plus ou moins consciente, le citoyen usager, dont on attend des retours d’usage, à travers des outils de signalement par exemple, et le citoyen partie prenante dans la coconstruction, comme dans les budgets participatifs, où l’on combine l’outil numérique avec les projets associatifs. »

Interactions

Après une première période, au début des années 2000, qui a vu le développement de sites dont la fonction était de partager des informations en ligne, est venu le temps du développement de la politique de communication et de marketing territorial, notamment à travers les réseaux sociaux et des campagnes web. « Désormais, on assiste à un troisième temps, où l’on voit une diversification des outils, avec des applications mobiles par exemple, et une diversification des ressources, comme les pétitions locales. La collectivité n’est plus seule, d’autres acteurs – comme change.org – mettent des outils à la disposition des citoyens. La prochaine phase, ce sera le décloisonnement des pratiques entre institutionnels et non-institutionnels, il y a une tendance à l’hybridation », explique Clément Mabi.

En ce qui concerne les outils, les nouveautés sont dans « les supports qui donnent la possibilité à de nombreuses personnes de travailler ensemble. Les applications permettent une utilisation en déplacement et la géolocalisation, mais aussi des dispositifs qui facilitent l’interaction, la visualisation et la transparence », souligne Tatiana de Feraudy.

Certains outils favorisent « une nouvelle forme de lien entre collectivité et citoyens, sur la gestion des espaces urbains par exemple, où les citoyens peuvent contribuer par leurs retours d’usage. Cependant, on reste souvent dans une logique de prestation de services, plutôt que dans une réelle participation des citoyens à la fabrique de la ville. Pour faciliter la coproduction, il faut assurer la transparence du processus et de l’outil, ainsi que l’ouverture des sujets et des possibilités de contribution pour les administrés, affirme-t-elle.

Les grandes villes à la pointe

Bien sûr, c’est dans les agglomérations les plus peuplées que la concertation à travers les outils numériques bat son plein. Dans la capitale, le site « idee.paris.fr » compte déjà plus de 23 000 inscrits. Mais la plateforme « mulhousecestvous.fr » ou la Fabrique citoyenne de Rennes montrent la créativité d’autres grandes villes.

« Mulhouse [112 000 hab.] constitue le premier territoire d’expérimentation du programme Territoire hautement citoyen, porté par l’association Démocratie ouverte. A l’issue du forum citoyen en 2014, nous avons souhaité nous engager dans la création d’un nouveau mode de gouvernance qui repose sur la création d’espaces participatifs au sein d’instances physiques ou dématérialisées », explique le maire Jean Rottner.

« La plateforme Mulhousecestvous.fr”, créée en avril 2015, est un outil supplémentaire au service de la coconstruction de la ville. Depuis un an, plus de 2 500 personnes ont participé. Nous avons choisi une plateforme alimentée en continu. Nous sommes la seule collectivité, en France, à avoir fait ce choix. Cela traduit notre volonté de permettre l’exercice démocratique 24h/24 mais soulève quelques difficultés. Nous réfléchissons donc à une nouvelle version, plus attractive, afin de maintenir la dynamique impulsée. Je souhaite que cet outil devienne central, qu’il permette la participation du plus grand nombre mais aussi un véritable travail en réseau des acteurs », souligne le maire.

A Rennes (211 300 hab.), le budget participatif – qui s’élève à 18 millions d’euros sur cinq ans, soit 5 % du budget d’investissement de la ville – est distribué à des projets débattus sur la plateforme numérique « fabriquecitoyenne.rennes.fr ». Au total, 54 projets, parmi lesquels la création de 24 marelles, d’un jardin partagé, la pose de cendriers de rue ou l’installation de tables de pique-nique accessibles aux personnes à mobilité réduite, ont déjà été livrés. Des « cafés budget » sont prévus et des ateliers thématiques, dans le respect de la charte rennaise de la démocratie locale, votée en mars 2015. « Nous avons voulu faire de l’approfondissement de la démocratie locale un fil rouge, une méthode permanente pour construire et mettre en œuvre toutes nos politiques municipales », affirme la maire, Nathalie Appéré, qui tire un bilan positif de cette saison 1 .

La « civic-tech » à contribution

Les outils numériques ne sont pas réservés aux grandes villes, mais les petites doivent faire face à d’autres difficultés. A Saint-Martin-de-Brethencourt (650 hab., Yvelines), un conseiller municipal, Frédéric Romanczuk, directeur technique chez Axiscope, société éditrice de produits numériques de participation, a proposé à sa commune d’utiliser les services de celle-ci. « Le conseil municipal l’a voté en décembre, mais ce n’est pas encore rentré dans les mœurs. Cela marche du côté des citoyens, il y a une quarantaine d’inscrits. Mais certains conseillers municipaux sont encore réticents, ils craignent que les décisions soient prises sur la plateforme. Il va falloir du temps pour faire évoluer les mentalités, notamment concernant le rôle des élus locaux », souligne-t-il.

Les collectivités qui n’ont pas les moyens, financiers et humains, de monter leurs propres plateformes, peuvent explorer les créations de la « civic-tech » (1) : les nouvelles technologies à usage civique. Celle-ci fourmille d’idées et d’applications dont beaucoup sont répertoriées par le collectif Démocratie ouverte, comme la plateforme en ligne à but non lucratif Demodyne.

« L’un des problèmes de la civic-tech est qu’elle apparaît comme un nouvel Eldorado, il y a une chasse à l’appel à projets, aux contrats. Mais la démocratie n’est pas un axe de développement économique comme la fin-tech [finances], c’est pour cela que nous sommes à but non lucratif, nous voulons en faire un bien commun », explique le fondateur de Demodyne, Quentin Desvigne. L’application permet aux communes ou aux régions de disposer d’un compte administrateur, mais la base de données reste ouverte à tous. « Il s’agit de mettre en place un vrai pouvoir citoyen, qui définisse les grandes lignes des contenus et l’allocation des moyens. A l’élu un rôle de coordinateur-facilitateur », explique-t-il.

Avant d’en arriver là, le rapport « Démocratie : mise à jour » avance des propositions simples à mettre en œuvre : l’acculturation numérique des fonctionnaires, l’enseignement de la culture numérique à l’école, la création d’un statut d’administrateur des données à l’échelle régionale, ou encore la généralisation des plateformes pour organiser l’implication des citoyens dans le processus législatif. Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.

cet article est en relation avec
Dossier
Commentaires

1  |  réagir

07/09/2016 10h38 - auxservicesdesvoisins.com

Je vous invite à découvrir la plateforme auxservicesdesvoisins.com. Un réseau de quartier qui soutient l’économie locale, favorise les relations intergénérationnelles, augmente le pouvoir d’achat des citoyens et contribue à l’environnement.

Une multitude de services inédits, simples à utiliser pour se simplifier la vie : entraide, location/vente, recrutement, cagnotte en ligne, médiathèque collaborative et bien d’autres services avenir en laboratoire. A bientôt

Signaler un abus

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

  • Conversion des « Intercités » en TER : la pompe s’amorce du côté des régions

    Après la Normandie en avril, Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté il y a dix jours, c'est au tour de Nouvelle Aquitaine d'accepter de prendre sous son aile des lignes de « Trains d'équilibre du territoire » (TET) pour en faire des TER. La feuille de route de ...

  • L’Essonne met le tri sur la place publique

    Le syndicat intercommunal pour le recyclage et l'énergie par les déchets et les ordures ménagères (Siredom), qui regroupe 140 communes d'Essonne (818000 hab.), déploie des plateformes de proximité, à l’esthétique et aux services soignés, qui collectent les ...

  • Dix conseils pour… donner un coup de jeune à la collecte

    Conversion à la tarification incitative ou au tri à la source des biodéchets, fin de contrat de délégation ou nécessité d’harmoniser un service impacté par la réforme territoriale, les occasions ne manquent pas pour revoir son dispositif de ramassage de ...

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

services

Thèmes abordés

Retrouvez tous nos produits sur La plateforme de mise en relation entre professionnels de la commande publique et fournisseurs

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP