Aménagement - urbanisme

Huit ans après, le nouveau visage des écoquartiers (1/3)

| Mis à jour le 02/09/2016
Par
Ecoquartier_de_Bonne_-_Grenoble_401-640x480

CC by Simdaperce

Alors qu'une nouvelle réflexion sur le label "Ecoquartiers" est en cours de réflexion au ministère, l'heure est venue, huit après le lancement de la démarche, de faire un premier bilan pour les collectivités pionnières. Si la performance des bâtiments est aujourd'hui maîtrisée, de nombreuses questions se posent encore.

cet article fait partie du dossier

Les grandes ambitions des écoquartiers

En huit ans, les écoquartiers sont entrés dans le paysage français. La carte que propose le site du ministère du Logement fait apparaître 39 écoquartiers labellisés (donc livrés), répartis sur l’ensemble du territoire, ainsi que 98 quartiers « engagés dans la labellisation » (encore en chantier). Au total, plus de 200 collectivités ont adhéré à la démarche en signant la charte des écoquartiers, un document qui comprend vingt engagements répartis en quatre chapitres. Des résultats encourageants, mais jugés insuffisants par le gouvernement qui souhaite aujourd’hui donner au mouvement une nouvelle impulsion.

Rénover le label

Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l’habitat durable, a chargé, le 9 juin, Alain Jund, vice-président de l’eurométropole de Strasbourg, de piloter une réflexion sur le renouvellement du label (lire p. 34). « Il faut changer de braquet, explique-t-on au ministère. Si l’on veut diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 et répondre aux enjeux des territoires en matière économique, énergétique, sociale et sociétale, il faut aller plus vite ». A son actif, la démarche « Ecoquartier » a aidé à fédérer les acteurs autour d’une référence commune, légitimée par un label national.

Autre intérêt : le cadre qu’elle propose permet de balayer les différentes dimensions du développement durable sans imposer un modèle unique. Bruno Lhoste, cofondateur du site « eco-quartiers.fr », estime que l’on aurait pu faire l’économie du label – , « une manie française de mettre des étiquettes sur tout ». Mais il juge le référentiel proposé « plutôt pertinent ». « Cet outil permet de se poser l’ensemble des questions et pousse les acteurs à aller plus loin qu’ils ne l’auraient fait sans la démarche. »

La commune de Montévrain (9 600 hab. Seine-et-Marne) en est l’illustration. Alors qu’un nouveau quartier était en chantier, la ville et son aménageur, Epamarne, ont entièrement repensé le projet au prisme de la démarche « Ecoquartier ».

« Nous avons reconsidéré la notion de densité et d’étalement urbain, ce qui a conduit à passer de 1 500 à 3 000 logements, en mettant à profit la présence d’une gare RER, détaille Pierre-Charles Decoster, directeur des opérations d’Epamarne. Nous avons retravaillé la question du traitement de l’eau et la place de la nature en ville . Nous avons ainsi imaginé un “cœur agro-urbain qui doit permettre une production maraîchère répondant aux besoins des habitants. »

Un apprentissage collectif

A l’inverse, Clermont-Ferrand (141 500 hab.) a développé deux écoquartiers sans s’inscrire dans le processus de labellisation. « Mon prédécesseur ne l’a pas voulu, explique Grégory Bernard, adjoint au maire, chargé de l’urbanisme. Selon lui, il aurait fallu remplir beaucoup de papiers, participer à de nombreuses réunions, sans que cela ne rapporte un centime à la ville . Je ne juge pas sa décision, mais je considère que l’enjeu de la ville durable est moins de construire des quartiers vitrine que de penser l’écosystème urbain dans son ensemble. Pour moi, le sujet des écoquartiers est derrière nous. »

La démarche « Ecoquartier » a aussi été un moyen d’apprentissage collectif. D’une part, en imposant une mise en commun des savoir-faire entre les acteurs de la chaîne de construction. D’autre part, au travers du Club national Ecoquartier, un réseau qui fédère 800 collectivités dont les 200 signataires de la charte. « Ce club donne lieu à des échanges professionnels de très grande qualité qui contribuent à enrichir l’expertise de tous », estime Sylvie Mahot, directrice de l’aménagement et de la programmation à Montpellier.

Un premier bilan

Reste à savoir si les écoquartiers ont tenu leurs promesses. Huit ans après le lancement du mouvement, il est permis de réaliser un premier bilan.

Première observation : le phénomène reste majoritairement urbain. La ministre du Logement souhaite 30 % d’écoquartiers en milieu rural à l’horizon 2018, mais la proportion n’est aujourd’hui que de 15 %. « Il y a là une masse de collectivités que nous ne touchons pas encore, admet-on au ministère. A nous d’être à leur écoute ».

Deuxième constat : la question de la performance énergétique et de la qualité des bâtiments semble aujourd’hui maîtrisée. « Les pratiques se sont nettement améliorées, même si des progrès restent à faire », explique Thierry Rieser, du bureau d’études Enertech. « La performance énergétique est devenue la norme, estime, pour sa part, Bruno Lhoste. Ce n’est plus vraiment un enjeu ».

Troisième constat : les nouveaux écoquartiers sont désormais mieux intégrés à la ville . « De plus en plus de projets sont en renouvellement urbain, indique Laure Der Madirossian, cheffe de groupe au Cerema, établissement public qui accompagne la démarche et participe à l’expertise des écoquartiers. Les écoquartiers créés ex-nihilo, comme on pouvait en observer les premières années, ne sont même plus expertisés. »

La concertation

Quatrième enseignement : la question de la participation des habitants à la conception des écoquartiers est désormais présente dans le discours. Elle l’est moins dans les pratiques. Et la participation, lorsqu’elle existe, porte plus souvent sur des thèmes ciblés – l’aménagement d’un espace public, par exemple – que sur le projet d’ensemble. Il est vrai que la notion de coconstruction n’est guère ancrée dans la culture française. « Nous avons la chance d’avoir en France des acteurs de l’aménagement bien identifiés, analyse un fonctionnaire. Mais ils sont si bien organisés qu’ils n’ont pas l’habitude de consulter les usagers, au-delà des obligations réglementaires ».

Enfin, se pose la question de la qualité de vie dans les écoquartiers. Sans doute, le recul manque-t-il encore pour en juger. « On peut faire de beaux projets avec de beaux bâtiments et de beaux aménagements, commente Bruno Lhoste, on ne sait pas comment tout cela va faire ville et comment les habitants s’en saisiront. Ce n’est jamais gagné d’avance. »

Alain Jund s’interroge, lui aussi. « Une angoisse me saisit parfois : nous aurons passé des heures, des mois, des années à réfléchir collectivement pour créer des quartiers qui répondent aux exigences de la ville de demain, mais si je reviens dans vingt ans, comment le quartier aura-t-il vécu ? Je pense qu’il faut garder ce doute ».

Les cinq axes prioritaires du nouveau label

Le renouvellement du label « Ecoquartier », dont la ministre du Logement a confié la charge à Alain Jund, doit permettre de concilier deux objectifs apparemment opposés : élargir le mouvement, notamment en direction des communes rurales, tout en maintenant un niveau d’exigence élevé.

« Le label doit garder son caractère novateur et avant-gardiste », a précisé Emmanuelle Cosse, en lançant, le 28 juin dernier, un « forum ouvert des écoquartiers ». L’un des moyens d’ouvrir la porte de la labellisation à un plus grand nombre de collectivités pourrait être de simplifier le dossier de candidature. « S’engager dans cette démarche de labellisation demande beaucoup de temps et d’énergie, admet-on au ministère du Logement. Cela peut effrayer certaines collectivités territoriales. Il s’agit de trouver un juste milieu, sans abaisser le label. »

Dans sa lettre de mission à Alain Jund, la ministre du Logement et de l’habitat durable a, par ailleurs, formulé cinq priorités : des écoquartiers adaptés à l’échelle du territoire ; une labellisation qui recouvre l’ensemble du cycle de production du quartier, de la conception à la vie quotidienne des habitants ; une exigence soutenue concernant la participation des habitants à la conception et à la gestion de leur quartier ; une réflexion approfondie sur la santé, le bien-être et la nature en ville ; une attention particulière concernant la qualité de l’air intérieur.

La charte de la nouvelle génération d’écoquartiers devrait être rendue publique en décembre.

 

Grenoble – Le pionnier a essuyé les plâtres mais affiche un bilan positif

En matière d’écoquartiers, celui de De Bonne reste une référence. Lauréat en 2009 du Grand Prix national Ecoquartier, ce programme de 900 logements — dont 40 % de logements sociaux — , construit sur le site d’une ancienne caserne, en centre-ville , affichait des objectifs ambitieux : limiter à 50 kWhm2 par an les besoins en chauffage. En 2011, une évaluation du bureau d’études Enertech pointait des failles dans la mise en œuvre ou la maintenance de certains équipements. Un journal avait évoqué « les ratés du premier écoquartier français ». L’interprétation irrite les auteurs du rapport. « De Bonne a été un véritable laboratoire, plaide Thierry Rieser, gérant d’Enertech. Nous défendons le droit à l’erreur, c’est ce qui permet de progresser collectivement. » Aujourd’hui, les consommations dépassent l’objectif initial d’environ 30 %, mais restent deux fois inférieures à celles de bâtiments de même génération. « Ce que nous avons manqué, c’est le passage de relais entre la construction et l’exploitation, estime Jérôme Buffière, chargé de mission à l’Agence locale de l’énergie et du climat. Les sociétés de maintenance n’ont pas toujours su optimiser des installations qui étaient nouvelles pour elles. Aujourd’hui, nous proposons aux syndics des contrats types, avec intéressement des exploitants à la performance énergétique. »

Les habitants semblent plutôt satisfaits. Selon une étude du cabinet Argos en 2014, 94 % recommanderaient le quartier à leurs proches pour y vivre, et 41 % assurent avoir modifié leurs pratiques en matière d’écogestes.

Contact
Frédéric Cacciali, chargé de communication à la SEM Sages, 04.76.48.48.09.

 

cet article est en relation avec
Dossier
Commentaires

0  |  réagir

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

services

Thèmes abordés

Retrouvez tous nos produits sur La plateforme de mise en relation entre professionnels de la commande publique et fournisseurs

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP