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Sécurité publique

La Seine-Saint-Denis réclame à l’Etat le « droit à la sécurité »

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu prévention sécurité, Régions

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Les policiers nationaux sont-ils présents en nombre suffisant en Seine-Saint-Denis ? Non, estiment plusieurs élus locaux qui dénoncent les inégalités territoriales en matière de sécurisation, à la suite d’une énième agression raciste cet été. L’Etat local continue de faire la sourde oreille face à cette demande d'«équité de traitement.»

 

La mort de Chaolin Zhang, agressé mi-août à Aubervilliers parce qu’il était soupçonné de détenir une importante somme d’argent liquide sur lui, a ravivé les peurs de l’importante communauté asiatique de Seine-Saint-Denis. Et mis considérablement dans l’embarras la préfecture de police de Paris comme la préfecture de Seine-Saint-Denis.

Parce que le décès de ce couturier chinois fait suite à une hausse des vols avec violence les visant ouvertement, parce que cette « agression raciste » illustre également aux yeux de plusieurs élus locaux « les fortes inégalités territoriales en matière de nombre de policiers par habitant », il ne peut être réduit à un banal fait-divers.

Rivalité entre Etat et collectivités

« Si cette augmentation est réelle (1), ces chiffres doivent néanmoins être nuancés du fait que les personnes chinoises déposaient peu de plaintes auparavant (2)et qu’elles sont désormais encouragées à le faire par le commissariat local » indique laconiquement la direction territoriale de sécurité de proximité de la préfecture de Seine-Saint-Denis.

En ce qui concerne la faible présence policière dans ce département, cependant, elle ne bronchera pas. Pas plus que la préfecture de police de Paris.
En parallèle, la maire (PCF) d’Aubervilliers continue de faire monter la pression sur l’Etat local, en se disant prête, pour sa part, à prendre ses responsabilités pour « contribuer à l’amélioration radicale de la sécurité dans nos quartiers. »

Meriem Derkaoui a par exemple annoncé la révision du fonctionnement de la police municipale « de proximité » en septembre et l’installation prochaine de trois caméras de vidéosurveillance supplémentaires. Des initiatives qui s’accompagnent néanmoins d’un discours fort sur le rôle attendu de l’Etat.

Moins de postes, et des postes vacants

« La sécurité est un droit qui doit être garanti à toutes et tous dans les mêmes conditions. Or, force est de constater que la répartition des effectifs de police entre les communes et entre les départements est inégale et défavorable aux quartiers populaires » s’est de nouveau plaint cette élue communiste, dans la foulée de l’agression de Chaolin Zhang.

Après un premier appel « pour la tranquillité » lancé fin juin auprès de ses administrés, Meriem Derkaoui avait déjà pris la plume le 18 juillet et écrit au ministre de l’Intérieur. Elle y dénonçait la stagnation des effectifs de la police nationale (150 postes), malgré l’explosion démographique (+37,5% d’habitants) enregistrée depuis le début des années 2000 sur sa ville.

Exigeant d’être reçue par Bernard Cazeneuve, elle attend que les services de l’Etat lui « montre, chiffres à l’appui, combien il y a d’effectifs de police dans les villes de plus de 80 000 habitants comme Aubervilliers. »
Une abnégation et un lobbying qui ne laisse pas insensible d’autres édiles de Plaine Commune et de Seine-Saint-Denis.

« Droit à la sécurité »

« Depuis le début de mon mandat, j’ai multiplié courriers, pétitions et délégations auprès des pouvoirs publics car les habitants de Stains tout comme ceux d’Aubervilliers, de La Courneuve ou de n’importe quelle ville de notre pays, ont le droit à la sécurité. Nos territoires et nos habitants ne doivent pas être abandonnés par la République» assène à son tour Azzedine Taibi, le maire (PCF) de Stains, sur sa page facebook.

« Le courroux des élus locaux est parfaitement justifié : ils ne font que relayer la stricte vérité » confirme l’antenne du syndicat Unité SGP Police FO en Seine-Saint-Denis.

D’après son secrétaire, le problème devrait même aller croissant. « Rien que pour la rentrée 2016, il faut soustraire environ 400 postes laissés vacants au nombre de policiers communiqué par la préfecture de police de Paris. Après l’organisation de l’Euro 2016 et dans le contexte terroriste actuel, beaucoup de mutations ont été acceptées. Nous ne savons pas encore s’ils seront pourvus et remplacés, ni où seront positionnés les plus de 2 000 policiers qui sortiront d’école d’ici à la fin de l’année. »

Les ZSP ne compensent pas des disparités structurelles

Interrogé par la Gazette, le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis partage le constat mais ne se montre aucunement surpris. Stéphane Troussel fait régulièrement part des remontées qu’il entend sur le terrain aux ministres de l’Intérieur, à Manuel Valls en 2013 puis encore récemment, au cours de l’été, à Bernard Cazeneuve.

Cet élu socialiste, partisan de l’action gouvernementale, rappelle d’ailleurs à qui veut bien l’entendre « les renforts policiers obtenus et la mise en place de quatre Zones de sécurité prioritaires (ZSP) depuis 2012. »

« Malheureusement, cela ne compense ni les inégalités territoriales historiquement fortes ni les suppressions de postes durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy », est-il contraint d’admettre dans la foulée.

« L’effort doit être considérablement amplifié pour prendre la mesure du développement de la Seine-Saint-Denis et opérer un rattrapage face à des disparités structurelles. La police nationale comme beaucoup de grands services publics nationaux a une forte responsabilité dans l’ampleur et le maintien de telles inégalités territoriales. Les problématiques d’affectation des ressources et des moyens, des policiers nationaux comme des enseignants, ne sont évidemment pas sans conséquences » développe Stéphane Troussel.

C’est pourquoi Unité SGP Police FO 93 invite la préfecture de police de Paris à se pencher au plus vite sur la fidélisation des policiers expérimentés travaillant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville : « mis à part l’octroi de primes et la possibilité de passer des grades plus rapidement qu’ailleurs, nous ne voyons pas d’autres moyens de stabiliser en Ile-de-France les agents originaires de province et désireux de retourner vivre et travailler en province. »

Sollicitées par la Gazette des communes, la préfecture de Seine-Saint-Denis et la préfecture de police de Paris se renvoient la balle.

Les habitants, premières victimes des errements de l’Etat

Pourtant, loin de se résumer à un énième combat entre girondins et jacobins, la question du nombre de policiers nationaux déployés dans le département concerne les élus locaux, les hauts-fonctionnaires de l’Etat central mais aussi les habitants du « neuf-trois. »

Régulièrement, ces derniers se retrouvent en première ligne. A commencer par la communauté asiatique, donc. Sans attendre le retour des pouvoirs publics, ils assurent eux-mêmes des escortes jusqu’au métro et la prise en charge de victimes d’agressions à Aubervilliers. A La Courneuve, certains habitants réalisent des rondes, le soir, pour éviter les vols et les dégradations dans les immeubles et les parkings.

En avril 2016, un groupe de riverains de la cité Paul Eluard n’a eu d’autres choix que d’occuper l’espace public pendant cinq nuit consécutives pour limiter l’important trafic nocturne de stupéfiants se déroulant en bas de leur immeuble et faire fuir les consommateurs venus de toute l’Ile-de-France.

Avant eux, d’autres collectifs d’habitants s’étaient déjà auto-organisés de façon spontanée contre les dealeurs pour dénoncer les nuisances du trafic et l’impunité dont ces derniers bénéficieraient de la part de la police nationale.
C’est le cas à Bagnolet, via le collectif « Retrouvons notre dignité », mais aussi en 2013 à Saint-Ouen sous l’impulsion de la Confédération nationale du Logement (CNL) et de la mairie, ou bien encore aux Beaudottes à Sevran à travers l’occupation de halls d’immeubles squattés par un groupe d’une trentaine de locataires.

Sécurité, éducation, justice : la Seine-Saint-Denis réclame plus d’Etat

La sécurité et l’affectation d’un nombre décent de policiers nationaux n’est pas le seul combat que livrent les élus locaux de Seine-Saint-Denis vis-à-vis de l’Etat. Au même titre que l’Intérieur, l’Education nationale et la Justice figuraient jusqu’à peu, eux aussi, dans leur viseur.

Une stratégie qui semble en passe de porter ses fruits, aujourd’hui, grâce notamment à l’entrée en application de la réforme de la politique de la ville. Celle-ci insiste effectivement sur la mobilisation des « moyens de droit commun », censée être synonyme de moyens budgétaires supplémentaires pour les services publics implantés dans les quartiers prioritaires mais aussi d’évolutions structurelles de leur organisation.

Harcelée par le collectif de parents d’élèves des « Bonnets d’âne », l’Education nationale a consenti bon gré mal gré de s’attaquer aux difficultés d’affectation des postes de professeurs dans les établissements scolaires des réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP+).

Remplacements garantis et fidélisation des agents

Afin de garantir des taux d’encadrement suffisants pour permettre la réussite scolaire des élèves des classes populaires, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé un « plan triennal au profit des écoles de Seine-Saint-Denis » prévoyant notamment la création de plus de 700 emplois entre 2015 et 2016. Face à la trop importante rotation des personnels et pour lutter contre la vacance des postes existants, cette ex-Secrétaire d’Etat à la Ville souhaite également améliorer l’accompagnement pédagogique des professeurs-stagiaires.

Des moyens supplémentaires ont également été débloqués en février dernier pour la juridiction de Bobigny, afin de permettre aux greffiers et aux magistrats de se recentrer sur leur cœur de métier. Le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, s’est par ailleurs engagé à ce que tous les postes laissés vacants en 2016 soient remplacés à compter de septembre.

Outre cette garantie de disposer d’un effectif au complet, le TGI de Bobigny s’est également vu promettre la création de onze postes supplémentaires d’ici septembre 2017, ainsi que l’octroi de primes pour fidéliser et donc stabiliser ses effectifs

 

 

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    Notes

    Note 01 - +200% de vols avec violence ciblant un individu chinois ou d’origine chinoise par rapport à la période janvier/août 2015, selon les chiffres de la préfecture de Seine-Saint-Denis - Retourner au texte

    Note 02 - certaines victimes en situation irrégulière refusent de se rendre dans un commissariat pour porter plainte, par crainte de se faire expulser. - Retourner au texte

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  1. 1. olivier 07/09/2016, 15h36

    Les Maires ne souhaitant pas assurer la sécurité des administrés comme en prévois le code général des collectivités territoriales et qu'ils reversent les agents de Police Municipale à l'état.

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