En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X

Club Prévention Sécurité

 

Réagir

Prévention de la radicalisation

Arrêtés anti-burkini : des mesures anecdotiques, selon Sébastian Roché

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu prévention sécurité, France

0

Commentaire

Réagir

burkini © Giorgio Montersino (Flickr by CC)

Le politiste Sébastian Roché raille, sur son blog, la multiplication des arrêtés municipaux interdisant le port du burkini sur certaines plages françaises. Auteur d’une étude sur la pré-radicalisation, il souhaiterait que les responsables politiques privilégient la pédagogie de la laïcité et de l'égalité femmes-hommes ou bien encore renforcent les politiques de cohésion sociale et de lutte contre la ségrégation urbaine plutôt que de se réfugier derrière la communication.

 

Critiqués voire moqués par  la presse étrangère, les arrêté municipaux anti-burkini ont reçu mercredi le soutien du Premier ministre Manuel Valls, puis de François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF).

Au nom de la laïcité et/ou du risque de « troubles à l’ordre public , les maires de Cannes (LR), de Villeneuve-Loubet (LR), de Sisco (PS), du Touquet (LR), d’Oye-Plage (PS), de Leucate (LR), du Cap d’Ail (LR) et de Calais (LR), ont pris ou annoncé de semblables initiatives contre ces tenues de bain – qui recouvrent l’entièreté du corps et des cheveux mais pas le visage.

Sébastian Roché, directeur de recherches au CNRS et spécialiste de la délinquance, doute pour sa part de l’intérêt opérationnel de telles mesures pour prévenir le basculement dans l’idéologie djihadiste et lutter contre le terrorisme islamiste. « Après les assignations à résidence, les patrouilles de militaires, on passe la vitesse supérieure et on interdit … le maillot de bain couvrant », se désole ce criminologue, dans un billet publié sur son blog.

Déplorant « la capacité des élus à inventer des solutions inutiles », Sébastian Roché se demande ouvertement « qui va trouver celles qui sont réellement utiles, et avoir la légitimité pour les conduire, si nos représentants élus ne le font pas. »

Exclusion socio-économique et forte croyance religieuse

Les responsables politiques et administratifs disposeraient à l’entendre d’autres leviers, plus efficaces et moins polémiques que ce genre d’arrêtés, pour combattre le fondamentalisme religieux belligérant et prévenir d’éventuels futurs attentats. Malheureusement, peu semblent avoir lu sa dernière étude, portant sur la « pré-radicalisation » – la phase qui précède l’action terroriste violente. Le politiste y étudie notamment ce qui se trame dans la tête des jeunes Français prêts à retourner leurs armes contre leurs propres concitoyens, ce qui les « prépare à accepter un message radical. »

Le résultat est sans ambiguïtés. Cet universitaire voit dans la relégation socio-économique ainsi que dans l’adhésion à un système de croyances profondes opposé aux principes d’égalité et de liberté promus par la France républicaine, deux ensembles de causes susceptibles de favoriser « un rejet de la Nation et la justification du recours à la violence. » Et les derniers événements semblent lui donner raison.

La plupart des terroristes à l’origine de la mort de 254 victimes en France depuis 2012 ont en effet pour point commun d’avoir grandi « dans des cités pauvres. » Ils cumulaient également des « antécédents violents » avec « une interprétation fondamentaliste de la religion », interprétation ne pouvant être simplement expliquée par une « intégration sociale ratée. »

Les symboles plutôt que les réformes structurelles

Recoupant ces deux hypothèses de travail avec des données individuelles collectées auprès de 9 200 adolescents français des Bouches-du-Rhône, Sébastian Roché a rapidement pu confirmer la pertinence des thèses d’Olivier Roy comme de Gilles Kepel. « Empiriquement, leurs deux explications – exclusion de la société française, lecture littérale des textes islamiques – se combinent et ne sont pas opposées » conclut-il.
Les deux phénomènes socio-économiques et religieux étant à même, selon lui, de réduire le sentiment d’appartenance nationale et de légitimer des comportements violents, ils formeraient donc un terreau à la radicalisation islamiste et au développement d’intentions terroristes meurtrières.

Fort de ce constat, cet enseignant à l’IEP de Grenoble et à l’école de la police nationale ne parvient pas à cacher son scepticisme quant à l’interdiction du burkini sur certaines plages, qui plus est motivée par des questions d’ordre sécuritaire et non d’égalité femmes-hommes ou de vivre-ensemble. Plutôt que cette mesure stigmatisante susceptible d’accentuer le sentiment de victimisation d’une partie des Français de confession musulmane, il estime que les responsables politiques feraient mieux d’essayer de limiter les facteurs favorisant la pré-radicalisation.

SebastianRoche

Sébastian Roché

Priorité à l’éducation et à la politique de la ville

Regrettant « l’importance donnée au faire-savoir, aux symboles à l’opinion et aux policiers » (opération Sentinelle, déchéance de nationalité, modification du cadre légal d’usage des armes par les forces de l’ordre), il appelle les responsables politiques à aller bien plus loin que l’adoption de simples mesures techniques, de court-terme. Puisque « les racines de la haine ne se bombardent pas », Sébastian Roché estime que la recherche de la cohésion sociale devrait être érigée au rang de priorité nationale.

Outre « construire une réflexion sur l’adhésion à la Nation ici et maintenant, et rechercher comment l’Éducation nationale peut y contribuer », il propose aux élus une feuille de route simple : tenter d’obtenir  « l’adhésion de la population à la lutte contre le terrorisme, dans les milieux sociaux, quartiers et dans toutes ses confessions. » D’où le besoin, pour cela, « d’agir par les politiques publiques sur les effets ghettos [la concentration de pauvres au sein de mêmes territoires], et ne pas se contenter de les dénoncer. »

Proclamer que le principe de laïcité constitue un des fondamentaux de l’identité  française ne sera pas davantage suffisant aux yeux de Sébastian Roché. Il préconise plutôt de  « discuter à l’école de la question des valeurs, par exemple de la signification et des raisons de promouvoir l’égalité de genre. Dans une société très hétérogène, il faut partir du principe que le partage des valeurs communes n’est pas une évidence. »

Haut de page

0

Commentaire

Réagir
Publicité
Publicité

Télécharger
l'appli!

En savoir plus

Formations d’experts

0 Commentaire

Ajouter un commentaire
  1. Ajouter un commentaire

      Votre e-mail ne sera pas visible

    Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - 17, rue d'Uzès 75018 Paris cedex 02 ou en cliquant ici.