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Réforme territoriale

Les binômes départementaux : zizanie ou coup de génie ?

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, France

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vote-election-drapeau-urne-une © Guillaume Le Bloas -Fotolia

Lorsque les binômes « homme-femme » ont été créés pour les élections départementales de mars 2015, l'opposition n'a pas mâché ses mots. Cette réforme allait conduire à la «zizanie », voire décrédibiliser les « couples d'élus » embarqués dans « des mariages arrangés » qui forcément finiraient mal. Quinze mois plus tard, La Gazette a interrogé ces binômes... et si ce n'est pas le chaos, les sentiments restent mitigés.

 

« Deux élus, élus conjointement, solidairement, pour représenter et administrer un même territoire, cela n’existe nulle part au monde ! Le seul précédent est celui offert par les consuls de la Rome antique : affaire qui vous le savez, s’est assez mal terminée… » grinçait à,l’époque Olivier Marleix, député LR d’Eure-et-Loire.

Près de quinze mois après ces élections départementales inédites, La Gazette a interviewé plusieurs « couples » d’élus qui ont donc appris à cohabiter ensemble sur un même territoire élargi. Il s’agit de quatre binômes situés tantôt en zone rurale (Jura et Côte d’Armor) tantôt en zone urbaine (Ville de Saint-Denis et Toulouse), issus de partis politiques différents (PS, LR, UDI, EELV et PCF), trois d’entre eux étant même le fruit d’alliances politiques : PS/PCF ; PS/EELV; LR/UDI.

Rares sont les élus totalement satisfaits

Et ce qui ressort en premier lieu de ces retours du terrain, c’est peut-être le fait qu’il est très difficile de trouver des élus pleinement satisfaits de cette réforme.

Vincent Le Meaux, élu socialiste du canton de Bégard dans les côtes d’Armor est sans doute le plus enthousiaste. « Je trouve que cela apporte une autre façon de faire de la politique dans un même territoire. On a donc deux personnes légitimes à intervenir sur le territoire, deux personnes liées ensemble car elles ont été élues ensemble : on a un devoir de coopération » explique l’élu qui a pourtant connu 11 années de mandature… en étant seul aux commandes !

Son binôme, Cinderella Bernard, présidente du groupe communiste au Conseil – Vincent Le Meaux dirige lui le groupe socialiste – se montre un peu moins passionnée. « Je suis très mitigée. J’en parlais avec l’ancien conseiller général de Bégard, il me voit partir à gauche, à droite, cela demande une organisation pas possible, on trouvait que cela fonctionnait mieux avant. Cette réforme complexifie notre action, il a fallu trouver une nouvelle organisation pour que les citoyens s’y retrouvent. Pour moi, cette réforme n’était pas indispensable » égratigne-t-elle. Et parmi les récriminations les plus souvent entendues de la part de ces élus : le redécoupage des cantons inhérent à la réforme.

Des cantons trop grands qui « manquent de sens »

En effet, le nouveau canton de Poligny dans le Jura rassemble une partie de l’ancien canton, un bout de celui de Voiteur, le tout collé à celui de Conliège. Résultat : un méga-canton de 50 kilomètres de long (50 min de voiture pour le traverser) sans aucun « sens territorial » dénoncent les deux élus départementaux LR.

« Moi j’ai fait un premier mandat seul, détaille Dominique Chalumeau, j’avais 17 communes et 6500 habitants. Maintenant, nous sommes deux pour couvrir un territoire trois fois plus grand de 45 communes et 18 000 habitants !  La charge de travail a été plus que doublée. » Même constat chez son binôme, Christelle Morbois, LR également, qui explique que cerains week-end très chargés, elle peut couvrir jusqu’à 10 manifestations sur ce territoire, désormais élargi.

A Bigard (Côte d’Armor), à l’autre bout de la France, Cinderella Bernard s’agace : « Sur le redécoupage des cantons, moi je trouve que la démocratie s’éloigne des gens car le territoire est trop vaste. On perd quand même cette proximité-là ». Du côté des cantons urbains, celui de Saint-Denis 1 ou Toulouse 10, la cohérence du territoire n’est pas du tout un problème. Notamment sur le canton de Toulouse 10 (mi-urbain, mi-périphérique) où les deux élus, investis par ailleurs localement au niveau municipal et à Toulouse Métropole ont justement l’impression de « tirer ensemble le canton dans le même sens ». « On a agrandi le canton mais nous avons beaucoup de chance car toutes nos communes appartiennent à Toulouse Métropole, alors cela facilite les choses. En fait on travaille à la fois au conseil départemental et à Toulouse Métropole pour notre territoire, cela nous arrange bien » explique ainsi Jean-Baptiste de Scorraille, conseiller LR de Toulouse.

Le mille-feuille, l’économie d’échelle et le citoyen

Mais le binôme de Toulouse dénonce en revanche de concert le mille-feuille institutionnel créé et le peu d’économies réalisées. « Soyons clairs, économiquement, on ne fait pas d’économie d’échelle ; au niveau du groupe entier, on a même un élu de plus !  » s’amuse Sophie Lamant (UDI), élue de Toulouse 10. L’argument financier était pourtant l’un des arguments de la Gauche pour « vendre » cette réforme. Tous les conseillers interviewés remarquent par ailleurs que le citoyen lambda semble, plus de quinze mois après avoir voté, encore un peu perdu avec cette réforme.

Je suis encore surprise car il y a encore à peine quinze jours, des gens sont venus me demander de leur expliquer comment cela fonctionne… Clairement, cela n’est pas intégré pour eux (Christelle Morbois, LR, Poligny)

Quant aux élus ou associations, les interlocuteurs principaux des conseillers départementaux, ils ont dans l’ensemble plutôt bien assimilé la collégialité même si Cinderella Bernard (PCF, Bégard) note un certain flou, notamment lorsqu’il s’agit de faire une invitation : « certains ne savent pas trop qui inviter, pour les vœux par exemple, ils se demandent qui va parler ». « Ce sont les communes orphelines pour qui c’est le plus dur. Elles doivent s’approprier les nouveaux conseillers départementaux… mais j’ai fait des permanences et les gens viennent nous voir » confie son binôme Vincent Le Meaux (PS).

Chacun chez soi

En effet, car même si les élus forment désormais sur le papier un « ticket », dans les faits, tous ont décidé par souci d’efficacité surtout, de se « partager » le territoire en fonction des zones d’influence sur lesquelles ils rayonnaient auparavant en tant qu’ex-conseiller général ou élu local.

D’où la difficulté pour certains bouts de canton, dits « orphelins », qui n’ont plus de tête connue à laquelle se raccrocher !

Autre écueil de ce partage territorial :  lorsque l’un des colistiers bénéficie d’une aura médiatique ou populaire plus forte que l’autre. C’est par exemple le cas, à Saint-Denis 1, où Mathieu Hanotin (PS), ex-conseiller général est également député. « Je suis dans une situation particulière car je suis aussi député, alors c’est vrai que spontanément les gens viennent plutôt me voir, d’autant que j’ai une permanence et que Nadège n’en a pas…  » constate l’élu socialiste.

Nadège Grosbois, son binôme EELV, dresse le même bilan : « il est plus connu que moi sur la ville… Les gens auraient tendance à aller vers lui. Même si dans mon quartier les gens viennent quand même vers moi. »

Alors comment font ces élus pour travailler ensemble alors qu’au quotidien, ils ne se croisent finalement presque jamais – sauf lors des séances au conseil ? Par « SMS » et « mail » répondent-ils tous en choeur !

Certains se ménageant néanmoins quelques moments à « deux » comme les élus de Seine-Saint-Denis : « Nous essayons de déjeuner ensemble régulièrement » explique Nadège Grosbois (EELV) qui assure par ailleurs que son binôme plus expérimenté qu’elle dans la fonction l’a pas mal épaulée lors de ses premiers pas au Conseil départemental.

Mariage arrangé… mariage heureux ?

Mais si au quotidien, les relations électroniques semblent leur suffire, tous évoquent leur besoin de « se parler »  dès qu’il s’agit de gros dossiers pour le département. Un travail de mise en cohérence absolument nécessaire notamment lorsque les binômes ne sont pas sur la même ligne politique !

Dans les Côtes d’Armor, l’élu socialiste et l’élue communiste assument leurs différences, tout en assurant être sur la même ligne sur les dossiers locaux : « Par exemple sur la Loi travail, on le dit  - notamment au moment des voeux – que nous avons des sensibilités et des visions différentes sur les enjeux nationaux et internationaux, mais lorsqu’il s’agit de défendre les questions locales, la présence d’un Ephad ou la gestion du personnel du Conseil départemental des Côtes d’Armor nous sommes en accord » tranche Vincent Le Meaux (PS).

Idem, du côté de Saint-Denis 1 : « Si nous avions eu de grosses divergences de fond, nous aurions eu du mal à faire campagne ensemble. Il y avait des sujets ‘chauds’ sur notre canton et nous avons verrouillé ensemble pour vérifier que nous étions sur la même ligne sur ces dossiers et que nous n’allions pas nous contredire. » détaille Nadège Grosbois (EELV), qui reconnaît par ailleurs que comme les alliances politiques varient d’une élection à l’autre, « les gens ont quand même un peu de mal à suivre ».

La possible « explosion en vol » de binômes issus d’alliances politiques était d’ailleurs l’une des marottes de la Droite lors de la réforme, mais pour Sophie Lamant (UDI, Toulouse 10), la question n’est pas tant la couleur politique du binôme que ses problèmes « d’ego ». « Nous, cela marche très bien entre nous, mais je me rends bien compte que ce n’est pas le cas partout » détaille l’élue qui est « en couple » avec un élu LR.

Reste que cette obligation de partager le territoire ainsi que les décisions apparaît pour tous comme un  vrai « plus ».

Je pense que de devoir prendre des décisions à deux, cela oblige à un exercice supplémentaire de débats, on est forcément plus intelligents à deux (Dominique Chalumeau, LR, Poligny).

Où sont les femmes ?

Par ailleurs cette réforme visait aussi, outre des économies d’échelle, à instaurer la parité dans un conseil départemental jusqu’alors très masculin.

« On a réussi le tour de force de réaliser la parité dans l’ensemble des conseils départementaux, sans la réforme on aurait mis 40 ans pour y arriver. Il y avait même des conseils avec zéro femme élue ! Cette thérapie de choc a évidemment fonctionné, et c’est une grande réussite », estime ainsi Mathieu Hanotin (PS, Saint-Denis 1).

Même discours chez Vincent Le Meaux (PS, Bigard) : « Avec des femmes, d’origines sociales ou ethniques différentes, on est obligé de négocier plus que lorsque l’on était qu’entre hommes de même origine sociale. C’est bien d’avoir fait évoluer le Conseil départemental qui était une vieille institution. »

Jean-Baptiste de Scorraille (LR, Toulouse 10) s’inquiète néanmoins : « J’ai été élevé dans le respect dans la femme, et cette réforme c’est une bonne chose pour lutter contre le machisme. Mais attention à ne pas aller trop loin, sinon on arrive à un stade où sur les législatives par exemple, toutes les places sont réservées aux femmes en Haute-Garonne pour contre-balancer au niveau national et ne pas payer les amendes ». Christelle Morbois (LR, Poligny) note aussi que certains hommes pourtant compétents sur son territoire ont été « empêchés de se représenter ». Ce qu’elle regrette.

Mais si la parité est effective en nombre de sièges, la parité au niveau de l’exécutif  et des délégations est encore loin d’être atteinte.

Nadège Grosbois (EELV, Saint-Denis 1), est l’une des rares vice-présidente en charge de l’emploi et de l’économie : « Au niveau des services, il y a eu c’est vrai un travail à faire car ils avaient sans doute moins l’habitude d’être dirigés par une femme, c’est un milieu plus masculin ; j’ai aussi l’insertion dans ma délégation qui est d’ordinaire plus féminin et j’ai ainsi pu noter la différence. Disons, qu’il a fallu quelques semaines pour se caler. »

Les hommes, on a quand même l’impression que la politique leur appartient mais ils commencent à nous faire une place (Sophie Lamant, UDI, Toulouse 10).

Cinderella Bernard (PCF, Bégard) a ainsi bien noté qu’au sein de la SDCI des Côtes d’Armor, « une instance très importante qui gère l’organisation des territoires avec la loi NOTRe,  il y avait seulement 2 femmes sur 44 élus ! » « Pour moi, c’est  une parité de parade et il faut encore batailler pour être reconnues dans les débats »

D’autant que sur le terrain, toutes ces femmes sont souvent obligées d’expliquer que « non, elles ne sont ni la secrétaire, ni la suppléante » du conseiller départemental. Bref, il reste encore un peu de travail…

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