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Culture

[Avignon 2016] Après l’attentat de Nice, des professionnels déboussolés

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France

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© DWP - Fotolia.com

Au lendemain de l'attentat survenu sur la Promenade des Anglais à Nice dans la soirée du 14 juillet 2016 et qui a fait 84 morts, les visages des professionnels et des élus sont figés dans les rues d'Avignon. Le Festival poursuit son cours, mais l'ambiance est lourde et les questions nombreuses.

 

« Il peut paraître dérisoire de lever le rideau aujourd’hui… et pourtant ! », a déclaré le directeur du Festival d’Avignon Olivier Py, le 15 juillet 2016 au matin, en ouvrant le débat organisé par la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC) et l’Observatoire des politiques culturelles (OPC) et le festival à l’occasion des 70 ans de ce dernier et de son rôle politique.

Les propos liminaires d’Olivier Py faisaient directement écho à l’attentat survenu la veille au soir sur la Promenade des anglais, à Nice, et qui a fait, selon un bilan encore provisoire, 84 morts. Avignon, ville symbolique dans le monde de la culture, s’est réveillée sidérée. Le colloque prévu pour faire un bilan de « 70 ans de politiques culturelles, et après ? » a commencé dans une ambiance lourde.

« Jusqu’au vertige »

Au pied levé, les organisateurs et les participants ont ajusté le programme : des « Rencontres de Jean Vilar et de leur rôle dans la construction des politiques culturelles », sujet inscrit au programme, il n’a pas été question. Ni des « échos du Festival d’Avignon dans la création artistique ».

Dans toutes les têtes tournait cette question : que peut faire la culture contre la barbarie ? « Avignon nous apparaît comme le lieu où l’on creuse la question jusqu’au vertige, tout en réaffirmant sa croyance en l’art et à la culture et leur capacité à relier les hommes entre eux », a souligné Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique à l’Université de Nanterre.

Mettre des mots sur l’événement

Pour Jean-Pierre Saez, directeur de l’OPC, la première réaction consiste à prendre la parole. « Ce matin, nous nous sommes demandés comment réagir et que dire. Nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas cesser de parler. Pour mettre des mots et du sens sur ces choses-là. Comme on le faisait autrefois dans les sociétés premières, lorsqu’un événement arrivait. »
Mais que dire ? Au moment où quelques manifestations estivales commençaient à annoncer des annulations (Nice Jazz Festival,  les concerts des Nuits du Sud, à Vence,  jusqu’au  17 juillet inclus…), les professionnels n’ont pas avancé de positions tranchées sur la nécessité de maintenir, ou, a contrario, annuler les spectacles prévus les prochains jours dans les multiples lieux en France.

 

Annuler ou ne pas annuler ?

« Il est de la responsabilité des organisateurs d’événements de savoir quelle décision, quelle attitude prendre » a estimé Bernard Faivre d’Arcier, ancien directeur du Festival d’Avignon, aujourd’hui président de la Biennale de danse de Lyon (prévue du 14 au  30 septembre 2016). Je me pose la question pour cette Biennale, car certaines parades dans les rues sont impossibles à protéger. Si on annule les événements programmés, fait-on le jeu des terroristes ? Si on les maintient, la responsabilité juridique et pénale de l’organisateur est engagée. S’il arrive quelque chose, il y pensera toute sa vie. »

Pas d’envolées lyriques

De même, les professionnels ont avancé avec prudence sur le terrain du rôle de la culture et de l’éducation comme remparts face à la barbarie. Pas d’envolées lyriques, ce matin, mais une invitation appuyée à l’humilité. « On ne peut pas demander à l’art de régler tous les problèmes, a estimé Maryvonne de Saint-Pulgent, présidente du Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication. « Cependant, il peut tout », a rétorqué Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris 1.

Pas d’acquis

Pour Maryvonne de Saint-Pulgent, la culture et l’éducation restent d’ultimes utopies. « Les gens les plus éduqués ne sont pas à l’abri de la barbarie. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut abandonner cet effort. Une utopie est faite pour être poursuivie sans relâche. D’autant qu’en matière d’éducation, il faut sans cesse recommencer au fil des générations. Dans ce domaine, il n’y a pas d’acquis, donc pas de progrès. Devoir toujours recommencer, c’est la noblesse des professeurs. »

Une analyse partagée par Emmanuel Wallon, pour qui « le processus d’humanisation n’est jamais terminé, sinon l’espace européen, où la culture est traitée dans façon aboutie, aurait donné depuis longtemps l’exemple de la concorde». Les interrogations des professionnels sur les limites des capacités de l’art et de la culture à bonifier les individus n’est pas nouvelle. « Depuis les années 1965, la chose est entendue, nous a rappelé Emmanuel Wallon en aparté. On sait que l’art peut-être ambigu et servir, par exemple, le totalitarisme. ». Ce matin, pourtant, les professionnels étaient quasi unanimes à le marteler publiquement.

Professionnels et élus vont poursuivre leurs interrogations et leur réflexion. Mais sans doute faut-il attendre que l’effet de sidération soit quelque peu atténué. Car ce matin, la salle, atone, était sous le choc et n’a guère répondu aux sollicitations des intervenants pour nourir le débat.

 

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Thèmes abordés Politiques culturelles

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