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Développement local

Agriculture : le patriotisme alimentaire pour sortir de la crise

Publié le • Par • dans : Dossiers d'actualité, France

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Gemüse © PhotoSG - Fotolia

Etranglés par leurs emprunts et soumis à la volatilité des prix, de plus en plus d’agriculteurs sont au bord du dépôt de bilan. Pour sauver l’agriculture, les politiques avancent des solutions. L’une d’elles fait l’unanimité : la logistique.

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Cet article fait partie du dossier

Comment réconcilier ville et agriculture : booster les circuits courts

 

Chiffres-clés

  • 70%
    des communes ont accès à un point de vente en circuits courts à moins de 10 kilomètres.

Source : D-SIDD.

  • 21%

des agriculteurs vendent au moins une partie de leur production en circuits courts.

Source : Agreste 2010.

Les coups d’éclat et les coups de sang se suivent et se ressemblent. Une centaine de maraîchers et d’arboriculteurs de la région Paca ont déversé des camions de salades et de paille devant la préfecture d’Avignon, le 25 mars 2016. Depuis près d’un an, les agriculteurs se mobilisent, dans toute la France, pour dénoncer une crise sans précédent qui met en péril la survie de leurs exploitations.

C’est le cas tout particulier des éleveurs, frappés de plein fouet par la chute des cours. Pour le porc et la viande bovine, elle atteint respectivement 30 % et 20 % en 2013 et pour le lait 17 % entre 2014 et 2015. Cette année suit la même tendance.

« Une exploitation exige énormément d’investissements et donc de contracter des emprunts, souligne Adrien Denis, éleveur de vaches allaitantes et maire de Dénezé-sous-le-Lude (310 hab., Maine-et-Loire). Il devient difficile de suivre lorsque les prix s’effondrent. »

Sentiment d’abandon

Le niveau d’endettement des exploitations agricoles est passé de 50 000 euros environ, en 1980, à 171 600 euros en moyenne, en 2012. Le taux moyen d’endettement des exploitations s’élève à 40 %. Mais il atteint 65 % dans certaines productions comme le maraîchage ou l’élevage porcin.

« Aujourd’hui, beaucoup d’agriculteurs travaillent à perte, poursuit Adrien Denis. D’autant que les charges s’envolent : les prix des aliments pour les animaux, les produits phytosanitaires et les frais vétérinaires. Par exemple, le coût d’une césarienne est passé de 75 à 300 euros en quinze ans. »

Selon le ministère de l’Agriculture, 10 % des éleveurs seraient au bord du dépôt de bilan. Au moins 51 000 exploitations ont eu un revenu inférieur à 4 000 euros en 2015, estiment les représentants de la Mutualité sociale agricole. Le taux de pauvreté des agriculteurs reste bien supérieur à la moyenne de la population et ne cesse de s’accroître : il est passé de 13 % en 2006 à 24 % en 2010.
« Aujourd’hui, nous avons l’impression d’être en décalage avec le reste de la population et éprouvons un sentiment d’abandon », lâche Adrien Denis.

Préférences des consommateurs

Depuis le début de la crise, les politiques de tous bords battent la campagne pour dire aux exploitants qu’ils ont entendu leur détresse et avancent de multiples solutions afin de les sauver du marasme. L’une d’elles fait l’unanimité : le déploiement des circuits courts (1).

D’autant que la demande est là. La proximité est devenue un critère de choix important pour les consommateurs. En effet, 79 % d’entre eux préfèrent des aliments produits en France, près de chez eux (enquête BVA, février 2016) que des produits bios importés.

L’approvisionnement des cantines est présenté comme un levier majeur de ce « patriotisme alimentaire ». Une proportion de 40 % de produits relevant de l’alimentation durable – locaux, de saison, sous signes de qualité – dans la restauration collective publique, c’est l’objectif visé par la proposition de loi portée par la députée (EE-LV), Brigitte Allain. L’Assemblée nationale a reçu, le 19 mai, en deuxième lecture ce texte voté à l’unanimité le 14 janvier.

Besoin de formation

La restauration collective représente près de 7 milliards d’euros d’achats alimentaires. Seulement 14 % des approvisionnements sont réalisés directement auprès des producteurs. Les marges de progrès sont donc énormes. « Toutefois, il ne suffit pas d’acheter local, encore faut-il rémunérer suffisamment les agriculteurs », souligne Ronan Le Velly, sociologue, chercheur à SupAgro Montpellier. Cela paraît difficile sachant que les denrées ne représentent en moyenne que 25 % du coût total d’un repas en restauration collective, soit deux euros environ.

« Avec le soutien des collectivités, les familles sont habituées à payer les repas moins de cinq euros, analyse Alain Cardinaux, journaliste à La France agricole. Vont-elles accepter de payer davantage au nom de la relocalisation des assiettes ? »

Mais le principal problème est ailleurs. Les exploitants qui souhaitent répondre à ce besoin de proximité des consommateurs ne sont souvent pas en mesure de le faire. C’est une question de taille des exploitations, mais surtout de savoir-faire. Les agriculteurs sont formés et équipés pour produire, pas pour transformer ou vendre leurs produits. Si l’on veut soutenir les agriculteurs de son territoire, il ne suffit donc pas de prévoir un pourcentage de produits locaux aux menus des cantines. De nombreuses collectivités l’ont compris et apportent un soutien aux producteurs pour les aider à se diversifier et à trouver de nouveaux débouchés dans les circuits courts.

« L’image de l’agriculteur est le principal médiateur de la confiance »

Mohamed Merdji, professeur à l’école de commerce Audencia à Nantes

Lorsque l’on propose aux consommateurs quatre menus-tests : un menu ”santé avec des qualités nutritionnelles optimisées, un menu à faible impact carbone de type végétarien, un menu où les producteurs sont identifiés et le mode de production spécifié et un menu qui combine une partie des composantes des trois menus précédents, c’est toujours celui qui identifie l’origine et le mode de production qui est plébiscité, malgré un surcoût de 10 %. Ces résultats, obtenus dans le cadre du projet de recherche Agralid (2016), confirment donc ceux des recherches qui ont déjà mis en évidence la préférence marquée des Français pour les produits locaux. C’est l’image de l’agriculteur qui est le principal médiateur de la confiance pour le consommateur. Plus elle est mise en avant, plus le niveau d’adhésion est élevé. Plus le producteur est près, mieux c’est. Derrière cette adhésion, il n’y a pas seulement une conviction de qualité mais aussi la satisfaction de soutenir des producteurs de son territoire et le modèle d’agriculture qu’ils représentent.

 

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    Notes

    Note 01 - Circuits courts : Aucun intermédiaire ou un maximum entre le producteur et le consommateur dans le réseau de distribution : telle est la définition du circuit court inscrite dans la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche du 27 juillet 2010. Ces circuits se caractérisent souvent par une faible distance entre producteurs et consommateurs. - Retourner au texte

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