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Haute fontion publique

Pourquoi les grands élus préfèrent les hauts fonctionnaires d’Etat

Publié le • Par • dans : A la une, Dossiers d'actualité, France

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Businessman swearing allegiance © LoloStock - Fotolia

Souvent abonnés aux postes gouvernementaux, les chefs de grande collectivité territoriale privilégient les anciens membres de cabinets ministériels. Des technocrates à la fois politisés et dotés d’un carnet d’adresses étoffé.

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Haute fonction publique : le match Ena-Inet pour piloter les territoires

 

A mi-chemin entre la sphère administrative et le monde politique, le poste de directeur général des services exige du doigté, de la fermeté et une palette toujours plus large de compétences.

Le choix de son titulaire relève donc de la plus haute stratégie, singulièrement pour les présidents d’exécutifs locaux nouvellement intronisés. Afin de ne pas « se louper » dans le choix de cet homme (ou, beaucoup plus rarement, de cette femme) de confiance, les grands élus ont tendance à s’en remettre à une figure imposée : l’ancien élève de l’Ecole nationale d’administration réputé hyper-fiable.

01 – Un contrat de confiance

« Avec la multiplication des alternances, les grands élus circulent de plus en plus entre les échelons. Ils emmènent leurs collaborateurs des ministères dans les collectivités », observe le politologue Patrick Le Lidec. Le renouvellement régional de 2015, dans des entités souvent plus vastes, a attiré à droite de « grosses pointures », selon l’expression de François Langlois, ancien délégué général de l’Association des régions de France et DGS de Grenoble : Valérie Pécresse en Ile-de-France, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, Laurent Wauquiez en Auvergne – Rhône – Alpes et Christian Estrosi en Provence – Alpes – Côte d’Azur. Une fois élues, ces personnalités ont toutes opté pour des énarques, pour la plupart passés en cabinet ministériel sous des gouvernements de droite. La proximité politique a joué.

L’exemple ultime : la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (LR), a pris comme DGS son ancien directeur de campagne, le préfet Patrick Stefanini.
« Un processus insolite et inédit fondé sur une grande complicité », observe Pierrick Lozé, DGS de Melun (40 100 hab., Seine-et-Marne) et figure du Syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT). Une première véritable expérience dans le secteur pour le sexagénaire Patrick Stefanini, ancien secrétaire général adjoint du RPR et préfet de région sous l’ère « Sarkozy ».

Bruno Retailleau (LR), nouveau patron des Pays de la Loire, a, lui, débauché l’ancien chef de cabinet de François Fillon à Matignon, Franck Robine. Ce pur produit du corps préfectoral exerçait auparavant des fonctions similaires de DGS auprès d’Eric Ciotti (LR) dans les Alpes-Maritimes. A la faveur de son arrivée à la tête de l’Eure, Sébastien Lecornu a, pour sa part, arrêté son choix sur l’ancien directeur général de l’UMP, le préfet Philippe Gustin.

02 – Le prestige de l’étiquette

L’éclat des anciens élèves de l’ENA tient beaucoup à leurs entrées dans les ministères. Dans ces administrations-là gravitent nombre de leurs camarades de promo. Un atout qui n’apparaît pas mince en ces temps de disette budgétaire. Singulièrement dans les régions, ils sont amenés à entrer en « hot line » avec le pouvoir central, imbrication des compétences (transports, emploi, formation, développement économique, etc.) et contrats de plan avec l’Etat obligent.

Le préfet Thomas Degos, directeur général des services de la nouvelle métropole du Grand Paris, élargit la focale : « Les grands élus recherchent des hauts fonctionnaires qui maîtrisent les arcanes des administrations centrales, des cabinets ministériels et du Parlement. Il faut être à la croisée de ces chemins. »

Le corps préfectoral, réputé pour sa réactivité et sa capacité de travail, est aussi particulièrement prisé. Il est également jugé proche des préoccupations des collectivités. Représentant de l’Etat dans le Loir-et-Cher en 2014, Gilles Lagarde est ainsi devenu, un an plus tard, DGS du conseil départemental voisin d’Indre-et-Loire.

« Les préfets connaissent les élus, même si c’est d’une certaine manière », nuance François Langlois. Des rapports que l’on retrouve à l’intérieur des collectivités. Quand, entre 2011 et 2014, à l’invitation de Christian Estrosi, Anne Boquet prend les rênes des services de la métropole Nice – Côte d’Azur, personne parmi les agents et les élus ne songe à l’appeler « madame la directrice ». Pour chacun d’entre eux, elle est, alors, encore « madame la préfète ».

03 – Une présomption de compétence

« J’ai une longue expérience du corps préfectoral et une confiance dans ses capacités. » Ainsi, le nouveau président de la métropole du Grand Paris, Patrick Ollier (LR), justifie sa décision de prendre comme DGS le préfet Thomas Degos.

« Les grands élus ont le sentiment qu’avec des énarques la boutique tourne », relève Jean-Daniel Heckmann, directeur général des services de la région Centre. Pour eux, ces hauts fonctionnaires offrent de précieuses garanties de souplesse.

« A l’heure où la révision générale des politiques publiques et ses succédanés s’imposent dans les collectivités, les énarques, qui ont mis en œuvre ces politiques du côté de l’Etat, sont jugés particulièrement pertinents », jauge Pierrick Lozé.

Une croyance fausse, selon le président de l’Association des administrateurs territoriaux de France, Fabien Tastet : « Je crois à nos avantages comparatifs. Nous savons gérer et manager. La preuve, les élus qui nous recrutent nous font rapidement passer d’un poste de chargé de mission à des fonctions de DGA, puis de DGS. » « Lors d’une réunion, on a du mal à dire qui est énarque et qui ne l’est pas », assure Jean-Daniel Heckmann.

« Certains hauts fonctionnaires d’Etat sont friands de postes en collectivités. Ils ont conscience que le pouvoir s’est déplacé là. Mais ils ne maîtrisent ni les enjeux ni le fonctionnement des collectivités », nuance Patrick Le Lidec. Pour Jean-Daniel Heckmann, les lauréats de l’Inet peuvent, a contrario, se révéler plus modestes dans leur approche et plus débrouillards. « Ils n’ont pas la folie du classement et sont obligés de trouver un boulot en sortant de l’école », rappelle le DGS de la région Centre.

Pourtant, la promotion du cadre d’emplois des administrateurs territoriaux reste un combat dans les régions et les grandes métropoles. Aux yeux de certains édiles, comme Patrick Ollier, les administrateurs territoriaux ont, avant tout, vocation à être cantonnés dans « l’activité communale ».

« Nous avons au SNDGCT eu des échanges acidulés avec un candidat à la présidence du CNFPT, évoque Pierrick Lozé. Il se posait en chantre de la décentralisation mais avait chez lui un haut fonctionnaire d’Etat comme directeur général des services. » Et François Langlois de résumer la philosophie de ces édiles : « Hors l’ENA, point de salut ! »

Le préfet tout-terrain

Thomas Degos, DGS de la métropole du Grand Paris (131 communes, 7 millions d’hab.)

Le président de la métropole du Grand Paris, Patrick Ollier, voulait un préfet afin de diriger ses services. Il a arrêté son choix sur Thomas Degos, représentant de l’Etat dans le Morbihan. Un haut fonctionnaire dont il avait pu mesurer le professionnalisme lorsque, ministre des Relations avec le Parlement, il échangeait avec lui, directeur de cabinet du ministre de la Ville Maurice Leroy chargé du dossier du Grand Paris. Du management du corps préfectoral en passant par un poste de dir’cab’ adjoint du ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo et de délégué général à l’Outre-Mer : à 43 ans, Thomas Degos a déjà beaucoup bourlingué. « Une carrière univoque, cela n’existe plus », confie-t-il, au moment de se lancer dans son nouveau défi : « La constitution d’une intercommunalité de 131 maires sur un territoire stratégique représentant 22 % du PIB national. »

 

L’aficionado de la territoriale

François Langlois, DGS de Grenoble (160 200 hab.)

DGS de Grenoble, une ville qui entend tourner le dos aux organisations pyramidales qui fossilisent certaines grandes collectivités, François Langlois est un énarque atypique. La preuve, cet agrégé d’histoire, enseignant dix ans durant, a effectué son stage de l’ENA en commune, à Plaisir (Yvelines). Une révélation. DG de Provence – Alpes – Côte d’Azur, puis de l’Association des régions de France, l’énarque girondin est revenu à ses premières amours : Grenoble, où il avait pris, auprès du maire (PS) Michel Destot, son premier poste de DGS. Il s’agissait, alors, de solder les marchés truqués mis en place par la municipalité précédente cornaquée par Alain Carignon. A son retour, en 2014, le défi est tout autre. François Langlois est, cette fois, chargé d’aiguillonner une équipe d’élus peu rompus à la gestion locale et de traduire en actes un programme axé sur la démocratie participative.

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  1. 1. jean michel 18/06/2016, 07h08

    N est-ce pas l aveu d une discrimination du role de dircab?

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