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Attentats

Magnanville : prévenir la radicalisation ne prémunit pas contre le terrorisme

Publié le • Par • dans : A la Une prévention-sécurité, Actu prévention sécurité, France

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Magnanville attentat Cazeneuve © Intérieur

Le double-assassinat à leur propre domicile de Magnanville (Yvelines) d'un commandant de police et de sa compagne par un individu déjà condamné pour des faits de terrorisme, a provoqué une série de réactions politiques. A rebours des mesures d’expulsion ou d’enfermement préventif censés « prévenir de telles tueries », d’autres plaident pour une prévention à long-terme passant notamment par une meilleure préparation de la sortie de prison des condamnés pour terrorisme islamiste.

 

Le profil de Larossi Abballa n’aura pas laissé indifférent très longtemps les responsables politiques. Quelques heures seulement après les meurtres de Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider à leur domicile, plusieurs élus locaux et nationaux de droite ont demandé au gouvernement de muscler la politique antiterroriste française. Au nom du « principe de précaution », le député et président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti a annoncé avoir déposé une proposition de loi permettant « d’assigner à résidence de manière préventive en centre de rétention tous les individus fichés par les renseignements et présentant une dangerosité forte. »

Loi d’exception ? - Lui aussi soucieux de « mieux prévenir les risques » à travers « une vraie loi d’exception sur les terroristes et tous ceux qui sont complices ou suspects de rapprochement avec les activités terroristes », le président (LR) de la région Rhône-Alpes-Auvergne, Laurent Wauquiez, prône pour sa part une modification de la Constitution.

D’autres enfin s’interrogent sur les « moyens permettant d’endiguer ces attaques : l’expulsion de toute personne étrangère manifestant des signes de radicalisation, l’interdiction des lieux soi-disant de cultes propageant des discours de haine, la radicalisation dans nos prisons, sur internet, etc » liste, par exemple, Alain Suguenot, le député-maire de Beaune.

Clivage politique - S’il a consenti à prendre de nouvelles mesures pour la protection des policiers – en leur accordant notamment le droit de porter leur arme, hors service, y compris après la fin de l’état d’urgence –, le chef du gouvernement a refusé de participer au concours Lépine lancé par l’opposition : « on ne va pas adopter à chaque fois une nouvelle mesure » a martelé Manuel Valls. Conforté par ses ministres de l’Intérieur et de la Justice qui se défendent de tout laxisme, il a rappelé l’avis négatif du Conseil d’Etat sur la création des centres de rétention pour islamistes présumés étant donné que « toute détention doit être décidée par l’autorité judiciaire ou exercée sous son contrôle. »

Responsabilités des acteurs - Quoi que l’on en pense, le débat ne peut être réduit à une polémique politicienne entre gouvernement et opposition, défenseurs des libertés publiques contre élus va-t-en-guerre. Il renvoie davantage à deux logiques : celle de la « prévention du terrorisme » à court-terme qui renvoie à la responsabilité de l’Etat et à la « prévention de la radicalisation » que le gouvernement promeut et demande aux collectivités territoriales et aux associations de mettre en oeuvre à travers des dispositifs de terrain au long cours.

L’assassin déjà signalé - Comme l’a relayé la presse, Larossi Abballa était en effet connu défavorablement des services secrets depuis 2010, « fiché S » et régulièrement placé sous écoutes administratives ou judiciaires suite à une condamnation pour sa participation à une filière d’envoi de volontaires pour le djihad au Pakistan. Pourtant, de nouveau placé sous surveillance par la justice en 2016, sa discrétion et ses stratégies de dissimulation lui ont permis de ne pas compromettre son projet de passage à l’acte violent. Les services de renseignement ne sont pas parvenus à anticiper des meurtres dont le mode opératoire, par nature, les rendaient difficilement détectables.

Prévention ou répression ? - Conscient qu’il avait à faire à un « bonhomme comme il en pullule dans les dossiers islamistes, imprévisible, dissimulateur », l’ancien juge antiterroriste, Marc Trévidic, reconnaît dans le Figaro que, « concrètement, à l’époque, à part ses mauvaises fréquentations et quelques joggings pour entretenir sa forme, il n’y avait pas grand-chose à lui reprocher au strict plan des poursuites pénales. » C’est pourquoi les défenseurs de la ligne gouvernementale estiment que le meilleur moyen d’éviter un tel attentat à l’avenir ne consiste pas tant à renforcer les dispositifs de répression que d’agir le plus en amont possible sur les origines du basculement et de la radicalisation islamiste, ici le « besoin de reconnaissance » en ce qui concerne Larossi Abballa.

Les atouts du travail social - L’ancien directeur du Service versaillais de prévention spécialisée (SVP Jeunes), Xavier Renoul, interviewé par L’Humanité, en est persuadé : « c’était notre boulot de raccrocher des jeunes un peu en perdition, dont certains, sortant de prison, tenaient des discours très agressifs contre l’État. Dans mon service, on en suivait environ une vingtaine, sur deux quartiers. Mais aujourd’hui, ce service a été fermé, et les jeunes en question sont livrés à eux-mêmes, avec comme seules perspectives l’uberisation, la drogue ou le djihad. C’est rageant, car en trois ou quatre semaines, il était possible de les remettre sur le droit chemin. »

Un autre levier que peuvent actionner les collectivités et les associations et largement encouragé par l’Etat concerne la préparation de la sortie de prison. De l’octroi d’un logement social à la prise en charge par des associations leur proposant une formation professionnelle, les articles 30 et 31 de la réforme pénale préparée par l’ex-garde des Sceaux, Christiane Taubira, leur donne en effet des compétences en matière de réinsertion des prisonniers en fin de peine.

Une piste que la sénatrice (UDI) de l’Orne, Nathalie Goulet, persuadée que l’Etat de droit ne peut prémunir de façon 100% fiable des attentats imprévisibles, aimerait creuser. « Il faut probablement mieux gérer la sortie de prison de ces gens-là, leur contrôle, sachant que les prisons sont aussi des lieux de radicalisation, qu’elles sont débordées, qu’on a un système judiciaire à bout de souffle financièrement » explique sur Public Sénat l’ancienne co-présidente de la commission d’enquête du Sénat sur la lutte contre les réseaux djihadistes.

A mi-chemin entre ces deux logiques, Valérie Pécresse (LR) propose pour sa part que le conseil régional d’Ile-de-France co-finance avec l’Etat l’ouverture d’un « centre de déradicalisation » Ces structures imaginées par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation sont destinées à accueillir des personnes radicalisées ou en voie de radicalisation placées sous contrôle judiciaire, notamment des condamnés et individus repentis de retour de Syrie ou d’Irak. Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé son intention de créer une dizaine de centres de ce type en 2017. Le premier d’entre eux devrait ouvrir ses portes en septembre prochain en Indre-et-Loire.

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  1. 1. RYAN T. 17/06/2016, 15h30

    La France a un arsenal législatif cohérent et complet:LEGIFRANCE.

    Article 411-4 Modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 - art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002

    Le fait d'entretenir des intelligences (contacts, assistances logistiques:djihad en Syrie, versement de fonds...)avec une puissance étrangère (ETAT islamique: car lève l'impot, frappe monnaie...), avec une entreprise ou organisation étrangère (Daesch:...) ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents (contact internet par exemple, ... voir les éléments constitutifs en cybercriminalité concernant la pédopornographie sur internet..), en vue de susciter des hostilités ou des actes d'agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d'amende.

    Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d'entreprendre des hostilités ou d'accomplir des actes d'agression contre la France.

    Article 411-5 Modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 - art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002

    Le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, lorsqu'il est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende.

    QUESTION: une fiche "S" est elle dans ces critères? Si oui, vous avez la réponse.

    "Les intérêts fondamentaux de la nation s'entendent au sens du présent titre de son indépendance, de l'intégrité de son territoire, de sa sécurité, de la forme républicaine de ses institutions, des moyens de sa défense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et à l'étranger, de l'équilibre de son milieu naturel et de son environnement et des éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique et de son patrimoine culturel."
    VIVE NOTRE PAYS.

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