Prévention des risques

Inondations : la culture du risque pour limiter les dégâts

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Flickr CC by Pierre-Alain Dorange

A l'heure de la décrue, les communes commencent, au terme d'une semaine d'inondations exceptionnelles, à tirer les leçons de la crise. Illustration à Romorantin, Blois ou Orléans, où la culture du risque a permis de limiter l'impact de la catastrophe.

En région Centre-Val de Loire, la crue n’a pas frappé là ou on l’attendait. Depuis des années, les collectivités se préparaient à une inondation majeure de la Loire. Mais c’est finalement d’ailleurs qu’est venu le danger, du Loing à Montargis (Loiret), de la Sauldre à Romorantin (Loir-et-Cher), ou du Cher en Indre-et-Loire. La Loire, elle, est restée sage.

Mais la culture du risque, relancée depuis une trentaine d’année avec le plan Loire grandeur Nature de Michel Barnier (1994), a sans doute eu des effets bénéfiques sur la gestion de crise, malgré un scénario inédit.

« Cette crue a malmené nos hypothèses, qui reposent sur une crue majeure de la Loire. Mais nos élus n’ont toutefois pas été totalement pris au dépourvus malgré l’ampleur de la crise. Car sur ce territoire, ils sont sensibilisés au risque inondation depuis des années », observe Stéphanie Bidault, directrice du Centre européen de prévention des risques d’inondation (CEPRI), un organisme d’appui aux collectivités locales.

C’est le cas du maire de Romorantin, le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux. Durant plusieurs jours, il a eu à gérer une ville au bord du chaos. Mais il a quand même eu un motif de satisfaction : le tout nouveau quartier Romo 1, implanté sur la friche de l’ancienne usine Matra en bord de rivière, a parfaitement supporté la crue de la Sauldre. Or il avait été justement pensé pour être résilient aux inondations.

« Tout ce que l’on avait réfléchi en amont a bien fonctionné, notamment les chenaux d’écoulement des eaux. Le fait que les immeubles aient été surélevés a évité que les habitants soient inondés. Et pourtant, la crue a dépassé de 60 cm le niveau des plus hautes eaux connues. Ce que nous n’avions bien sûr pas imaginé lorsque nous avons aménagé Romo1, avec 30 cm de marge par rapport à la crue historique de 1910… », explique le maire, qui a ainsi pu se concentrer sur d’autres secteurs plus durement touchés.

Pourtant, l’eau n’a pas totalement épargné le quartier, qui abrite des maisons, une cinquantaine d’appartements et 100 logements en résidence senior. Mais elle est arrivée progressivement, ce qui a laissé le temps d’intervenir sans céder à la panique, notamment pour évacuer à titre préventif les occupants de la maison de retraite.

« La décrue a en outre été très rapide, et tout a pu être nettoyé très vite, alors qu’ailleurs, c’est encore la désolation », précise l’architecte Eric-Daniel Lacombe, lauréat du grand prix 2015 de l’aménagement en zone inondable.

Un quartier « rasé » à titre préventif

A Blois aussi, les choix d’urbanisme ont joué un rôle clé. Dans l’agglomération, l’un des secteurs les plus touchés par les inondations a été le déversoir de la Bouillie, où l’on a relevé plus d’un mètre d’eau.

Mais par chance, cette zone, fortement urbanisée il y a encore une dizaine d’années avec 300 habitants, a été quasiment vidée de ses occupants pour retrouver sa vocation de protection du quartier en aval. Au fil des ans, l’agglomération rachète les terrains et les maisons sont rasées. Le programme, d’un montant de 25 millions d’euros financés par l’Etat, doit encore se poursuivre jusqu’en 2018, mais il ne reste plus sur place qu’une poignée d’irréductibles.

« Cette décision avait été prise dans la perspective d’une crue de la Loire, mais elle a démontré son efficacité avec un tout autre scénario. Et c’est heureux. Car si nous n’avions pas fait ces choix, nous aurions été dans une situation catastrophique », explique Jean-Michel Bernabotto, directeur de cabinet du président d’Agglopolys Christophe Degruelle (PS).

« Ce dossier a nécessité une grande volonté politique car on sait à quel point ce genre de décision est cruel pour les habitants. Mais l’exemplarité et la pugnacité s’avèrent aujourd’hui payantes », ajoute-t-il.

Un test grandeur nature

A Orléans, en bord de Loire, la ville elle-même a été épargnée, mais ses accès routiers ont été coupés, à commencer par l’autoroute A10, et de nombreuses communes des environs ont été durement touchées, comme Fay-aux-Loges, Chécy, Saint-Cyr en Val, ou Saran, où la prison toute neuve a été évacuée…

« Nous avons pu mettre à l’épreuve notre organisation de crise. Avec la mutualisation entre nos services et ceux de l’agglomération, nous avons pu gagner en réactivité, notamment pour aider nos voisins », a expliqué le député-maire Olivier Carré (LR).

Dès lundi dernier, Orléans avait ainsi activé sa cellule de crise, et a pu organiser dans l’urgence l’accueil des « naufragés de l’A10″. Sauvés par l’armée après avoir été bloqués dix heures sur l’autoroute, ces 400 automobilistes ont été hébergés en partie au palais des sports qui avait été converti en dortoir en quelques heures.

Autre bon point pour Orléans, la bonne tenue des réseaux de collecte d’eau et des ouvrages d’assainissement qui ont été rénovés ces dernières années avec plus de 50 millions investis dans deux stations d’épuration. Malgré des pluies exceptionnelles, « les équipements ont bien fonctionné et ont traité l’ensemble des débits », se félicite Olivier Carré, alors qu’ailleurs, notamment en Beauce, de nombreuses voies de circulation ou ronds-points ont été coupés par le débordement des bassins d’orage qui étaient censés les protéger.

Pour autant, le maire d’Orléans, à l’image de ses collègues ligériens, reste parfaitement lucide.  » Ces inondations ont été dramatiques. Mais ce n’est rien à côté de ce que serait une crue majeure de la Loire. Au lieu de quelques centaines de personnes évacuées, nous en aurons 40.000, rien que sur le bassin d’Orléans… Cela nous donne une idée de l’ampleur de la réaction qu’il faudra avoir ce jour là ».

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Commentaires

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08/06/2016 02h07 - Aldo F

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