Bâtiment

Les 7 enjeux clés du bâtiment à énergie positive

| Mis à jour le 25/05/2016
Par
house energy concept

jim - Fotolia

Comment faire sortir le bâtiment à énergie positive du champ expérimental dans lequel il est aujourd’hui cantonné ? Comment l’adapter aux nouveaux enjeux de la transition énergétique ? Comment faire passer le Bepos de l’échelle du bâtiment à celle de l’îlot, puis du quartier et de la ville ? Ces questions ont été au centre d’une journée d’étude organisée le 12 mai à Montpellier par le CNFPT, Ecobatp LR, l’AITF, la ville et la métropole de Montpellier. Les échanges ont permis d’identifier sept enjeux.

cet article fait partie du dossier

Cap sur le bâtiment à énergie positive

1) Prendre en compte le cycle de vie du bâtiment

Le « Bepos nouveau », comme le qualifie Alain Maugard (1), président de Qualibat et co-inventeur du concept de bâtiment à énergie positive, devra viser non seulement à réduire le carbone émis par la consommation du bâtiment, mais aussi celui relâché lors de sa construction. « A force de faire des bâtiments économes en énergie, le “carbone gris“ de la construction devient majeur, souligne-t-il. Ainsi, si vous faites la somme du carbone émis chaque année par un bâtiment à énergie positive, il faudra 80 ans pour égaler les émissions liées à la construction du bâtiment. Cette durée est de 50 ans pour un bâtiment RT 2012. Il faut donc chercher aujourd’hui à décarboner la production. »

Céline Mouvet, chef de projet réglementation thermique dans les bâtiments neufs au ministère de l’Environnement, l’a confirmé : la future réglementation « énergétique et environnementale » comportera deux indicateurs principaux, l’un portant sur la réduction des consommations d’énergie renouvelables et le déploiement des ENR, l’autre visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre tout au long du cycle de vie du bâtiment.

Certains acteurs ont déjà anticipé cette orientation. Le bureau d’études Izuba Energies, spécialisé dans l’optimisation énergétique et environnementale des bâtiments, a en effet construit près de Montpellier un siège dans lequel la production photovoltaïque compense non seulement les consommations du bâtiment (tous usages) mais aussi l’énergie grise utilisée pour sa construction ainsi que l’énergie nécessaire aux trajets quotidiens domicile-travail des 14 salariés !

2) Passer du bâtiment au quartier

« Nous avons cherché avec le Bepos à optimiser la production de l’énergie par le bâtiment, indique Alain Maugard. Mais on est plus optimisé et plus intelligent lorsque l’on raisonne à l’échelle de l’îlot, du quartier ou de la ville. On peut même imaginer d’introduire le Bepos dans des quartiers anciens et d’enrichir ainsi le patrimoine existant. » Stéphane Bozzarelli, de la société Quadran, un producteur d’électricité verte, estime lui aussi nécessaire ce changement d’échelle : « Le photovoltaïque n’est pas vraiment adapté à la maison individuelle : les courbes de production et de consommation ne sont pas en phase. On obtient une meilleure adéquation si l’on foisonne la production à l’échelle d’un îlot urbain ou d’un quartier. Pour un fournisseur d’énergie, engagé sur une durée de vingt ans, l’échelle du quartier permet également de gommer une partie du risque client : on foisonne alors les risques. »

L’association Effinergie, qui a lancé en 2013 le label Bepos-Effinergie, réfléchit aujourd’hui à la notion de quartier à énergie positive, ou « Qepos ». « Nous essayons de définir un socle commun de critères qui définirait le quartier à énergie positive, précise Yann Dervyn, directeur d’Effinergie. Cette réflexion ne débouchera pas nécessairement sur la création d’un label, nous souhaitons proposer une démarche de co-construction. Nous lançons à ce titre un appel aux collectivités qui ont des projets de ce type pour les référencer et travailler avec elles. »
Parmi les projets en cours figure le quartier Eurêka !, porté par la métropole de Montpellier. Ce quartier mixte de 240 000 m2 de plancher, situé à l’entrée est de la ville, fera massivement appel au photovoltaïque, qui couvrira la totalité des toitures. Ces installations, construites et gérées par une filiale de la Serm, la société d’équipement de la métropole de Montpellier, totaliseront une puissance de 5 à 6 MW, soit l’équivalent d’une centrale au sol. Les promoteurs du projet ont proposé à ERDF de s’associer à cette démarche, en invoquant une disposition de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte qui permet à un délégataire de déroger au cadre réglementaire dans le cadre d’une expérimentation menée sur un territoire.

 

3) Territorialiser la question énergétique

La mise en avant des territoires, amorcée par la loi sur le Grenelle de l’environnement, est l’un des axes forts de loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Il s’agit à la fois de « contextualiser » le Bepos et de faire jouer les dynamiques territoriales, les collectivités ayant un rôle clé à jouer en matière d’aménagement urbain, d’amélioration de la performance des bâtiments et de déploiement des énergies renouvelables.

« Il y a une forte potentialité d’action immédiate à l’échelle de la gouvernance locale, davantage qu’à celle du pays, et plus encore qu’à celles de l’Europe ou de la planète, qui sont les échelles de la régulation et du temps long, confirme Bruno Georges, du bureau d’études ITF. Mais attention, précise-t-il, tout problème qui n’est pas traité à l’échelle supérieure sera plus difficile à traiter à l’échelle en-dessous. »
Pour Alain Maugard, « l’évolution du mix énergétique va entraîner la montée en puissance du pouvoir local face aux distributeurs et producteurs d’énergie centralisée. Par ailleurs, argumente-t-il, c’est au niveau local que l’on pourra effacer en partie l’intermittence des énergies renouvelables. »

Dans ce domaine, l’exemple vient de Suisse, où les orientations fédérales en matière énergétique se traduisent par les lois cantonales, elles-mêmes déclinées localement via des « Concepts énergétiques territoriaux », documents qui proposent une stratégie d’approvisionnement énergétique à partir d’une analyse des ressources et d’une évaluation des besoins du territoire.

4) Faire simple

« Il faut simplifier les installations si l’on veut favoriser leur appropriation par les utilisateurs et par les techniciens de terrain », plaide Michel Irigoin, directeur de l’énergie et des moyens techniques à la ville de Montpellier, qui a piloté la réalisation de quatre écoles à énergie positive. « Dans l’un des établissements, nous avions poussé trop loin l’autonomie en matière de commande d’éclairage, nous sommes revenus en arrière. Nous voulons installer des techniques rustiques, robustes et bien dimensionnées. Il faut concevoir des solutions “orientées exploitation“ et y associer le plus tôt possible les techniciens qui en assureront le fonctionnement. De même, nous défendons l’idée d’un “Bepos compteur “, qui permet de mettre en relation la production photovoltaïque et la consommation globale du bâtiment, sans se limiter aux cinq usages de la réglementation thermique. Sans quoi on risque de rater une étape dans l’appropriation par les utilisateurs. »

La ville de Lyon a fait le même choix pour concevoir une école à énergie positive. « Nous avions écrit une double exigence, explique Cécile Wicky, ingénieure : d’une part, avoir un bâtiment qui respecte les critères BBC RT 2005, de l’autre une exigence “compteur“, à savoir que la consommation tous usages en énergie finale devait être inférieure à ce que produirait le bâtiment. Bien entendu, c’est cette seconde exigence qui a été dimensionnante. »

De son coté, le contractant général Idefia, qui a réalisé 32 logements à énergie positive à Rezé (44) pour le bailleur Atlantique Habitations, a opté pour une solution 100 % électrique pour faciliter la vie des locataires. « Nous avons préféré renforcer l’enveloppe et installer un système de chauffage simple, explique Teddy Poizat, de la société Idéfia. Les locataires sont maîtres de ce qu’ils consomment. Du coup, ils se prennent au jeu : il comparent avec leurs voisins, font des tests, posent des questions. »

5) Donner envie

« Le Bepos a un avenir prometteur s’il rencontre une demande de la société, fait valoir Alain Maugard. On a abordé jusqu’ici la question par l’offre et par la contrainte réglementaire. Il faut repartir du désir des gens de vivre autrement. Il peut y avoir une part de jeu dans cette nouvelle situation. Nous passons d’une situation où nous étions uniquement consommateurs à une société dans laquelle nous serons soit producteur, soit rapprochés des producteurs. Quand vous produisez des denrées agricoles ou que vous les achetez chez le producteur, vous avez tendance à les trouver meilleures. Le même phénomène peut se produire avec l’énergie. Ce n’est pas la rationalité qui tirera le mouvement, c’est l’envie qu’en auront les gens. »

6) Avancer par étapes

« Le Bepos concerne aujourd’hui 1 % des acteurs, poursuit Alain Maugard. On ne passera pas à 100 % par la baguette magique de la réglementation. Si l’on veut massifier le Bepos, peut-être faut-il prévoir des paliers intermédiaires, suivre une courbe d’apprentissage. Le monde du bâtiment représente plus de 300 000 entreprises auxquelles s’ajoutent des architectes et des bureaux d’études. On ne fera pas basculer d’un coup ces 400 000 acteurs dans un monde nouveau. Cela se prépare. Il faut procéder par étapes. »

7) Réfléchir aux usages

« La question centrale n’est pas celle du bâtiment mais celle des modes de vie, indique encore Alain Maugard. Nous devons prendre en compte également les avancées de l’économie numérique et la transformation des usages. La plus grande chaîne hôtelière du monde, Airbnb, n’émet pas de carbone. Nous découvrons un phénomène que nous n’avions pas envisagé qui est l’intensification des usages. Le développement du co-working et du travail à domicile va réduire le besoin en mètres carrés. Nous allons vers une société où l’on va s’organiser autrement, où l’on sera obligé de comprendre ce que veut l’autre. C’est passionnant. »

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