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Politique de la ville

Davantage soumis à la délinquance, les habitants des quartiers prioritaires ne se sentent pas en sécurité

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu experts prévention sécurité, France

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cannabis_Ok © youtube.com

Deux chapitres du rapport annuel 2015 de l’Observatoire national de la politique de la ville tentent d’objectiver la situation des quartiers prioritaires en matière d’insécurité. Alors que les faits de délinquance y sont globalement plus élevés que la moyenne, les habitants s’estiment également davantage victimes d’atteintes aux biens. Fréquemment témoins de dérives, ils sont également près de deux fois plus nombreux à se sentir en insécurité.

 

 

Souffrant d’une mauvaise réputation aux yeux d’une partie de la population française, les quartiers prioritaires de la politique de la ville – nouvelle dénomination des zones urbaines sensibles suite à une loi de février 2014 – sont également en proie à une plus grande insécurité. Ce constat, qui reflète depuis longtemps une partie des préoccupations des habitants de ces territoires, ressort de nouveau du rapport 2015 de l’Observatoire national de la politique de la ville.

Les 780 villes de plus de 10 000 habitants qui comprennent un ou plusieurs quartiers prioritaires – généralement situés en périphérie de grandes agglomérations – sont confrontés à des taux de délinquance plus élevés que la moyenne des autres communes françaises.

Une délinquance globalement plus élevée

Rien de surprenant, à priori, puisque le nombre de faits enregistrés par les services de police et de gendarmerie pour 1 000 habitants (majoritairement des atteintes aux personnes, mais aussi parfois aux biens) augmentent, en France, avec la taille de l’unité urbaine.
Mais, pour comparer ce qui est comparable, force est de constater que cette surreprésentation vaut également lorsque ces taux de délinquance sont comparés à ceux des villes de plus de 10 000 habitants ne faisant pas partie de la géographie prioritaire de la politique de la ville.

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A l’instar d’autres fléaux tels que la pauvreté, l’échec scolaire ou le chômage, les formes violentes de délinquance sont également plus répandues dans ces territoires prioritaires qu’au sein des villes de taille équivalente et moins populaires. Les écarts entre les deux échantillons sont d’ailleurs plus forts pour les actes de violence envers des individus que pour les atteintes aux biens ou les cambriolages : il y a ainsi 33% de vols violents sans armes, 27% de vols avec armes et 24% de coups et blessures volontaires supplémentaires dans les communes avec quartiers prioritaires que les autres.

Les ZSP ne produisent que peu d’effets

Et encore, ces chiffres officiels ne représentent qu’une partie de la réalité de la délinquance en banlieue. Omerta ou non. Quels que soient les quartiers, tous les faits ne donnent effectivement pas lieu à un dépôt de plainte dans un commissariat ou un poste de gendarmerie en ZUS… et ce, d’autant plus que l’infraction en question est sensible. « Ainsi, si 90% des habitants des ZUS victimes de vol de voiture portent plainte, ils sont seulement 41% à porter plainte lorsqu’ils sont victimes de menaces ou de coups et blessures » indique laconiquement l’ONPV dans son rapport.

Sur la base d’informations fournies par le SSMSI, les statisticiens de l’Observatoire constatent systématiquement des chiffres de la délinquance encore plus importants dans les communes disposant d’un quartier prioritaire classé en zone de sécurité prioritaire, et ce pour la plupart des actes étudiés (1). Trois ans après leur installation à l’été 2012 dans l’objectif « d’apporter des réponses durables et concrètes aux territoires souffrant d’une insécurité quotidienne et d’une délinquance enracinée », les ZSP semblent donc tarder à produire des effets… ne serait-ce que sur le plan statistique.

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Etant donné les ruptures statistiques engendrées par la refonte des chiffres de la délinquance ou les écueils liés aux différences entre lieux de la commission des infractions et adresses des délinquants, ces informations méritent néanmoins, plus que jamais, d’être recroisées avec l’enquête de victimation « Cadre de vie et sécurité » de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. C’est ce que fait d’ailleurs l’ONPV, bien qu’il reconnaît ne pas pouvoir, à l’heure actuelle, comparer avec exactitude les mêmes phénomènes puisque l’ONDRP travaille encore (pour la dernière année) sur les ex-Zones urbaines sensibles et non les quartiers prioritaires.

Témoins de délits

Ce chapitre n’est pas dénué d’intérêt pour autant. D’après les déclarations faites à l’INSEE et à l’ONDRP par les habitants sans qu’elles n’aient forcément été signalées aux services compétents comme l’a démontré le SSMSI, ils ne seraient pas beaucoup plus exposés que les habitants des quartiers voisins aux atteintes personnelles (vols sur la personne, violences physiques, injures, menaces) mais davantage victimes, toutefois, d’atteintes aux biens. Comme le montre le graphique ci-joint, ils seraient ainsi plus touchés par le vols de deux roues motorisés (11,3% contre 6,6%) et/ou des dégradations volontaires de véhicules (15,1% contre 11,7%), tant bien même ces ménages sont moins bien équipés en la matière (64% contre 78%) et donc potentiellement moins concernés, aurait-on pu croire, par ces phénomènes.

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« Surtout, les habitants des ZUS assistent plus souvent à des pratiques porteuses d’insécurité : ils sont deux fois plus nombreux à avoir été témoins de consommation ou de trafic de drogues, ou de consommation exagérée d’alcool » illustre l’ONPV. Conjuguées avec les données sur les caractéristiques individuelles des habitants, les conséquences de ces dérives (halls squattés, contrôles d’identités) et la moindre présence policière, il n’en faut pas plus pour y voir un lien évident entre ce cadre de vie détérioré et la prévalence du sentiment d’insécurité dans les anciennes ZUS, qui « reste près de deux fois plus répandu en 2015. »

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Touchant davantage les femmes (29%) que les hommes (20%) des ZUS, ce ressenti négatif de la vie en banlieue a toutefois diminué (24%, – 1 point) par rapport à l’année dernière, tandis qu’il restait stable (14%, 0 point) pour les citoyens habitant ailleurs en France, explique l’Observatoire. Néanmoins, pas de quoi pavaner pour autant : un habitant de ces quartiers sur quatre dit toujours se sentir « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité, contre un habitant sur sept dans les autres territoires des agglomérations environnantes.

Statistiques manquantes

Finalement, seules deux statistiques – mais non des moindres ! – manquent à ce rapport plutôt complet de l’Observatoire national de la politique de la ville : la comparaison des taux de délinquance entre les quartiers prioritaires et leurs circonscriptions de sécurité publique respectives, ainsi qu’entre le sentiment d’insécurité ressenti par les habitants des ZUS et leurs voisins de l’agglomération environnante

Deux phénomènes que mesurait, pour sa part, le défunt Observatoire national des zones urbaines sensibles qu’il a remplacé. Et pour cause : l’objet de la politique de la ville demeure la réduction des écarts entre les territoires prioritaires et leurs environnements proches…

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    Notes

    Note 01 - à savoir les vols avec armes, les vols violents sans armes, les vols sans violence contre des personnes, les coups et blessures volontaires, les cambriolages, les vols de véhicules et les vols dans ou sur véhicules - Retourner au texte

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