Urbanisme

Google, fournisseur officiel de services publics

| Mis à jour le 13/07/2016
Par
Google kakémono

Flickr CC by sa Jon Russell

Le géant américain, via sa filiale Sidewalk Labs, affiche clairement ses velléités sur le terrain de la smart city. Partenaire ambigu de collectivités américaines, l’entreprise se pose déjà comme une alternative à la puissance publique.

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Smart city : les clés de la ville intelligente

De la part d’une entreprise qui s’attaque à l’immortalité, l’ambition n’a rien de surprenant : Google/Alphabet se positionne sur le terrain des services publics urbains numériques. Via Sidewalk Labs, sa filiale dédiée à “l’innovation urbaine”, il s’attaque à la ville intelligente. Sous couvert de bonnes intentions, sa démarche est, comme toujours avec le géant américain, ambiguë et révèle les lacunes du secteur public sur cet enjeu majeur pour les villes.

Sidewalk Labs a été lancée en juin 2015 avec un programme que résume ainsi Larry Page, le CEO de Google :

Sidewalk se concentrera sur l’amélioration de la ville, au bénéfice de tous, en développant et en incubant des technologies répondant à des problèmes comme le coût de la vie, l’efficacité des transports ou les dépenses d’énergie.

On retrouve le double mantra de la firme : “ne soyez pas malveillants” (“don’t be evil”) – avec la volonté affichée de contribuer au bien de l’humanité – et une croyance en la technologie comme moyen d’y parvenir. Le tout au service d’un business bien rôdé.

Google est bien conscient de ne pas être le premier à se pencher sur ces enjeux et précise, toujours sous le clavier de Larry Page, ce qu’il entend apporter :

Beaucoup de défis urbains sont liés les uns aux autres, par exemple l’accès aux transports a des conséquences sur l’endroit où les gens décident d’habiter, ce qui a des conséquences  sur le prix de l’immobilier, ce qui a des conséquences sur la qualité de vie. Donc, cela aide de partir des fondamentaux et d’avoir ainsi une image d’ensemble des nombreux paramètres qui impacte la vie urbaine. Alors vous pouvez développer des technologies et des partenariats nécessaires pour se différencier.

Sa démarche s’inscrit dans une logique consensuelle de “shared city”, où les ressources sont partagées plutôt que possédées, pour faire face aux défis de la croissance urbaine.

A lire aussi : « L’urbanisme open source, un des enjeux majeurs de la smart city »

Expertise public-privé

Pour parvenir à son objectif, Google a recruté une équipe de choc, mêlant l’expertise du public et du privé.

A sa tête, elle a nommé Dan Doctoroff. Il a été naguère CEO de Bloomberg, une société spécialisée dans l’analyse financière, et l’information économique et financière. La data et les algorithmes, clé des services publics d’aujourd’hui et de demain, sont au coeur de son savoir-faire. Elle tire son nom de son fondateur, Michael Bloomberg, ancien maire de New York de 2002 à 2013, où Dan Doctoroff a officié de 2001 à 2008 en tant que maire-adjoint en charge du développement économique et de la reconstruction (dans le contexte post-11 septembre, ndlr). Il y a entre autres conçu PlaNYC, un plan très ambitieux pour rendre la ville plus durable.

Il est entouré de Craig Nevill-Manning qui s’est occupé de Google Maps, de Anand Babu, qui était impliqué dans des projets sur les transports urbains et l’intelligence artificielle, de Rit Aggarwala avec qui il a collaboré sur PlaNYC…

Le site <re/code> note aussi que la jeune société soigne ses relations publiques : “Depuis sa formation, Sidewalk Labs a placé dans des villes clés des personnes susceptibles de faire bouger les lignes, comme l’ancienne déléguée en charge des transports à New York Janette Sadik-Khan, pour une mission (encore) inconnue. Elle a aussi embauché BerlinRosen, une influente société de relations publiques. »

7500 spots WiFi à New York

Très concrètement, Sidewalk Labs a déjà dévoilé LinkNYC, projet qui consiste à transformer les cabines téléphoniques de la Grosse Pomme en 7500 hotspot WiFi, rechargeurs USB et bornes d’appel gratuit sur tout le territoire américain, pour un coût de 200 millions de dollars.

“Pour Sidewalks Labs, LinkNYC offre un aperçu de son potentiel business, analyse encore <re/code>. La société est à la fois un incubateur et un investisseur. Son intention est de trouver des technologies viables commercialement et pertinentes sur des problématiques urbaines, dans ce cas le WiFi en ville, et de les soutenir ou de s’en occuper elle-même.”

Sur un des enjeux majeurs de la smart city, la mobilité, Sidewalk Labs déploie Flow, en partenariat avec le ministère des Transports américains et sept villes lauréates du Smart City Challenge. Cette plate-forme d’analyse de données, décrit TechCrunch, servira aux villes à “à identifier les zones où la circulation a tendance à être dense et les quartiers qui sont mal dotés en transports publics, tout cela en utilisant les modèles de circulation basés sur des données anonymisées agrégées.”

Il sera déployé gratuitement dans les villes en question, pour le moment. Et la société le relie à LinkNYC, relève TechCrunch : “C’est aussi une façon possible, pour  Sidewalk Labs, de déployer LinkNYC dans d’autres villes du pays. Comme à New York, Sidewalk Labs perçoit un réseau de kiosques qui fournissent des données valables sur l’environnement en temps réel de la ville. (…) Par-delà le trafic, ces hubs sensibles pourraient collecter des données sur la qualité de l’air, le temps et même des modèles de déplacement piéton.”

Plus encore, Google n’a pas écarté l’idée de bâtir sa propre smart city à partir de zéro, comme un terrain de jeu grandeur nature pour tester ses solutions.

Déjà (omni)présent

Sidewalk Labs part sur une base modeste, a expliqué Larry Page. Il y voit “un pari sur le long terme”, comme celui de Calico et Google X, des sociétés de Google dédiées la voiture autonome. Et le risque est dans tous les cas minime. Au pire, la firme multi-milliardaire aura dépensé quelques millions de dollars. Essayer, quitte à échouer, est au cœur de sa stratégie et de sa réussite : son cimetière regorge d’innovations mortes-nées.

Google paraît légitime pour prôner cette approche holistique et surtout pour la mettre en oeuvre. Elle n’a pas attendu Sidewalk Labs pour devenir une alternative crédible à des services publics, existants ou non.

Google Maps en est un exemple frappant, qui fait office pour des millions d’usagers de calculateur d’itinéraire trans-territoire.

Elle a racheté en 2013 Waze, une application d’aide à la circulation, qui noue des partenariats avec des villes sur l’échange de données pour améliorer son service, et celui de la ville au passage.

En s’appuyant sur les données des smartphones, elle propose depuis peu les horaires d’affluence des magasins et services publics.

A Seattle, elle a pris le relais de la collectivité locale, incapable de tenir ses promesses en terme d’équipement des plus démunis. Elle n’est pas la seule : Google s’est associé au programme ConnectHome du gouvernement américain pour apporter son service Google Fiber à des populations défavorisées.

Les visées de sa filiale sont aussi à mettre en regard de ses ambitions sur la voiture autonome, une technologie qui requiert une compréhension fine des villes et donc des pétaoctets de données et des algorithmes à la pointe.

Sa volonté d’embrasser le terrain de la ville intelligente et de ses services publics peut effrayer : sous ses abords sympathiques, Google est un acteur omniprésent, voire omniscient estiment certains. Il possède des quantités de données sans précédent sur les citoyens et les villes. Et semble en bonne place pour s’installer sur ce sujet.

Gabriel Plassat, ingénieur à l’Ademe, s’interroge : “Le Grand Lyon a développé Optimod’Lyon, un outil en temps réel, multimodal, mais ils ont du mal à ce que les gens l’utilisent, car Google est déjà opérationnel sur tout le territoire. L’économie de l’attention fait qu’il est quasiment déjà trop tard.”

Si sa tonalité est pessimiste, il n’en a pas moins développé La Fabrique des Mobilités, qui mise sur les biens communs comme alternative. Elle réunit acteurs publics et privés, gros et petits, dans une optique de partenariat où chacun met au pot commun. Parmi les entreprises, on retrouve Transdev, filiale de La Caisse des dépôts sur le transport public, un acteur moyen que des sociétés comme Google challenge.

Transdev croit à cette approche, comme l’explique Yann Leriche, directeur de la performance : “La seule solution, c’est l’open data, les solutions ouvertes, sans monopole sur la donnée d’entrée.” Une piste toutefois encore embryonnaire.

Bruno Marzloff, co-fondateur du groupe Chronos, spécialisé sur la mobilité, se montre optimiste :

C’est vrai que Google propose des services qui marchent. Toutefois, Waze n’est pas si intelligent car il ne résout pas le problème de base, les problèmes de transport. Les politiques publiques ont toujours la main dessus.

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