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Prévention de la délinquance

Les marches exploratoires de femmes, une expertise de l’espace urbain

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la Une prévention-sécurité, Actu prévention sécurité, France

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marche exploratoire mons en barÏul avec raghnia Chabane © Mons en Baroeul

Depuis 2014, une vingtaine de villes expérimentent des "marches exploratoires" de femmes. Objectif : renforcer leur sécurité dans l'espace public. Des femmes volontaires réalisent des diagnostics pointant les risques, dangers et dysfonctionnements urbains rencontrés dans leurs quartiers. Les marches permettent aux femmes de se réapproprier l'espace public. Elles donnent lieu à des préconisations et se concrétisent par des aménagements urbains.

 

Chiffres-clés

12 villes ont expérimenté la démarche en 2014 : Amiens, Avignon, Arcueil, Bastia, Bordeaux, Creil, Lille, Mons-en-Barœul, Montreuil, Paris 20 e , Rennes, Saint-Etienne.

Solliciter l’avis d’habitantes en leur confiant l’élaboration de diagnostics sur la sécurité, le cadre de vie et la circulation dans l’espace public. Tel est l’objectif des marches exploratoires de femmes, apparues timidement en France au début des années 2000. Depuis, une vingtaine de villes se sont lancées dans la démarche dont douze en 2014 dans le cadre d’une expérimentation nationale coordonnée par France médiation. Concrètement, des groupes de femmes volontaires ont sillonné les lieux qu’elles fréquentent afin d’identifier les risques, dangers et dysfonctionnements vécus au quotidien, et proposé à leurs municipalités des aménagements pour y remédier.

Regards différents - Les équipes – projets des villes et les associations de médiation sociale qui ont accompagné le dispositif se sont appuyées sur une méthodologie pour en assurer le succès. Mobilisation des femmes, préparation et conduite des marches, restitution de l’enquête de terrain et présentation des préconisations aux décideurs locaux : chaque étape a été minutieusement préparée.

Dispositif original de participation citoyenne, ces marches exploratoires donnent un rôle actif aux femmes en faisant émerger leur regard sur les micro-agressions et violences qu’elles subissent dans l’espace public. « Les femmes ne vivent pas l’espace urbain de la même façon que les hommes. Leurs avis en tant qu’usagère doivent être entendus », explique Raghnia Chabane, conseillère municipale, déléguée à la politique de la ville, la sécurité et la citoyenneté de Mons-en-Barœul (21 500 hab. Nord), où, l’année dernière, une trentaine de Monsoises ont réalisé huit marches, encadrées par l’association Citéo, dans le quartier du nouveau Mons. « Les marches sont un vrai plus. C’est essentiel que les femmes prennent la parole en dehors des instances participatives existantes. Cela leur a permis de prendre conscience de leur propre valeur », précise Nicole Capon, première adjointe au maire de Creil (34 300 hab., Oise), où une douzaine de femmes ont mené quatre marches de septembre 2014 à fin 2015 sur le plateau Rouher.

A Bordeaux (243 600 hab.), les quatre marches effectuées par une vingtaine de femmes dans le quartier des Aubiers se sont inscrites dans « la dynamique du pacte de cohésion sociale et territoriale mis en place en 2014 pour définir les besoins des habitants des huit quartiers de la ville », indique Alexandra Siarri, adjointe, chargée de la cohésion sociale et territoriale. « Tout sauf une action de marketing, ces marches vont au-delà d’un simple parcours qui prend le pouls du quartier. Les femmes ont un rôle déterminant en termes d’expertise d’usage. Favoriser le recueil de leur parole garantit que ce que nous produirons sera efficace », insiste l’élue.

Un rôle pour chacun - Premier défi des acteurs locaux : convaincre des habitantes de participer. Ils sont allés les rencontrer devant les écoles, par exemple, et ont présenté la démarche lors de réunions organisées avec l’appui des réseaux associatifs eux-mêmes sensibilisés. Une fois le groupe constitué, les participantes ont été formées à réaliser un « diagnostic en marchant » et à le présenter aux élus. Cette formation constitue l’un des intérêts majeurs du dispositif : « Il permet de travailler à la montée en compétence de ces femmes. L’objectif est de poursuivre ce processus de qualification », explique Raghnia Chabane.

Des marches de deux heures se sont donc déroulées en journée et le soir pour tenir compte des différences de fréquentation selon les heures. Chaque participante a endossé un rôle : piloter la marche, maîtriser le temps, prendre des notes et des photos. « Le groupe multigénérationnel était composé de femmes qui ne se connaissaient pas, d’origine et de situation professionnelles différentes. Des liens et une cohésion se sont créés. Les marches ont aussi eu un impact en termes de reconnaissance dans leur famille », indique Djamila Debab, médiatrice et référente des marches à l’association Interm’Aide de Creil. Point d’orgue du dispositif, une dernière marche de restitution a eu lieu dans chaque ville. L’occasion pour les femmes de présenter leurs diagnostics aux élus, adjoints concernés et services municipaux. Tous ont échangé sur les aménagements urbains qu’il était possible ou nécessaire d’entreprendre à court et long termes.

Lever les obstacles - « Ces marches permettent aussi une réappropriation mentale du quartier, celle qui ne nécessite pas d’aménagements techniques et donc sans coût », indique Elodie Longuemart, chargée de mission « égalité femmes-hommes » de Lille (231 500 hab.), où quinze femmes ont réalisé trois marches en mai 2015 au faubourg de Béthune, coordonnées par l’association Paroles d’habitants. « Elles sont une façon de lever les obstacles entre les citoyennes et les institutions publiques », assure Raghnia Chabane, consciente « que les élus sont attendus sur le suivi des préconisations, phase la plus dure à instaurer ». « C’est une manière différente pour les élus d’aborder leur mission, en étant dans l’écoute ultra-active, et peut faire évoluer nos modes de gouvernance », conclut Alexandra Siarri.

« Les participantes objectivent ce qui va et ne va pas dans la ville »

Marie-Dominique de Suremain, consultante et formatrice, collectif « A places égales »

« Nous préparons et formons les femmes aux marches exploratoires dont le rôle est de mieux faire partager l’espace public en y favorisant une mixité entre femmes et hommes qui apporte du bien-être collectif et fait régresser les violences. Un atelier de cartographie sociale leur permet d’abord d’échanger sur leurs déplacements réels dans la ville et de délimiter le parcours des marches au cours desquelles, guidées par un questionnaire, elles objectivent ce qui va et ne va pas dans la ville concernant leur sécurité et l’aménagement urbain. Le diagnostic et les préconisations figurent dans un rapport présenté aux élus et discuté avec eux lors d’une réunion de concertation à laquelle ils se sont engagés au départ. Pour cet échange avec les élus, elles sont formées à la gestion du stress et à la prise de parole en public. »

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