[ENTRETIEN] Biodiversité

« Elus, emparez-vous de l’Agence de la biodiversité » – Barbara Pompili

Par
barbara pompili

fabien calcavechia

L’Agence française de la biodiversité se prolongera d’antennes en régions et créera aussi des structures conjointes avec les conseils régionaux… si ces derniers le souhaitent. Le quadrillage du territoire risque donc d’être fort disparate. Un déséquilibre qui ne durera qu’un temps, assure la secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité, Barbara Pompili.

Le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages vient d’être adopté en seconde lecture par l’Assemblée nationale et doit revenir devant les sénateurs le 10 mai. Du texte, qui rafraîchit une législation datant de 1976, émerge une jeune pousse institutionnelle : l’Agence française de la biodiversité (AFB), qui réunira l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), l’Atelier technique des espaces naturels, l’Agence des aires marines protégées et Parcs nationaux de France. Cette nouvelle agence sera appelée à collaborer étroitement avec les régions. Selon des partenariats « à la carte », expose Barbara Pompili, secrétaire d’Etat à la Biodiversité.

Pour certains, l’AFB sera « unijambiste » car amputée de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, compétent sur la biodiversité terrestre. Fonctionnera- t-elle à moitié ?

Il faut que l’Agence soit en ordre de marche au 1er janvier 2017. A ce stade, elle n’intègre pas l’ONCFS. On doit avancer avec ce choix. Mais rien n’est immuable. Le travail de l’Agence donnera peut-être envie à l’Office de la rejoindre. Sur le terrain, la collaboration entre les agents de l’Onema et de l’ONCFS se poursuivra.

De quels moyens disposera l’AFB ?

En additionnant la contribution de l’Etat aux quatre organismes fusionnés (35 millions d’euros), celle des agences de l’eau à l’Onema (150 millions) et les crédits alloués par le programme Ecophyto (41 millions), on atteint 226 millions d’euros par an. S’y ajoutent 60 millions issus du programme Investissements d’avenir, axé sur le financement de projets pour la biodiversité – qui restent à stimuler. L’AFB comptera environ 1 100 agents.

Les 175 millions prélevés en 2015 sur les agences de l’eau ont-ils financé une « AFB qui n’existe pas », comme l’affirment certains députés ?

Il y a des légendes budgétaires, comme il y a des légendes urbaines ! Ce prélèvement sur les agences (475 millions d’euros de 2015 à 2017) ne finance nullement l’AFB mais le désendettement de l’Etat. D’autres organismes et programmes sont aussi mis à contribution. Ceux qui propagent la fable du financement d’une agence non encore créée portent atteinte à l’AFB comme à la volonté de sérieux budgétaire. Ce sont souvent les mêmes qui réclament des coupes de plusieurs dizaines de milliards d’euros dans les dépenses publiques : c’est peu cohérent, juste politicien.

De 2014 à 2017, les agences de l’eau auront soutenu le redressement des finances publiques à hauteur de 685 millions. L’aide aux collectivités s’en ressent, Artois-Picardie se voit « exsangue » en 2017…

Les informations dont je dispose sont plus nuancées… J’entends bien que la situation peut être difficile pour les établissements publics. Mais il nous faut réduire le déficit, pour respecter nos engagements européens et ne pas léguer aux générations futures une dette non soutenable. En tant qu’écologiste, je combats l’idée d’une dette écologique transmise à nos enfants. Il en est de même au plan financier. On ne peut vivre à crédit et confier à nos descendants le soin de payer à notre place.

Comment sera déployée l’AFB ?

L’agence aura des antennes sur tout le territoire. En outre, elle pourra monter des structures conjointes avec les régions (établissements publics de coopération environnementale, par exemple), associant les départements qui le souhaitent. Outre-mer, ces délégations territoriales pourront être créées à la demande de plusieurs collectivités.

Nord-Pas-de-Calais – Picardie et Rhône-Alpes – Auvergne n’ont pas l’intention de coopérer ainsi avec l’AFB. La carte des agences régionales ne risque-t-elle pas d’être très ajourée ?

Il serait paradoxal de défendre la biodiversité sans, dans le même temps, reconnaître la diversité des acteurs, des enjeux, des structures déjà existantes dans les territoires ! Il s’agit de ne surtout pas imposer d’en haut un modèle unique qui ferait fi des spécificités territoriales. Il revient aux collectivités de s’emparer de cet outil, en fonction des entités en place (l’Ile-de-France et l’Aquitaine ont un temps d’avance car elles ont déjà créé une agence) et des sujets prioritaires (eau, milieu maritime, espèces menacées, etc.). L’outil est conçu pour être décliné à la carte, en fonction des spécificités de chaque territoire. La construction du partenariat sur le terrain sera progressive. Nous collaborons déjà avec certaines régions particulièrement allantes. Leur expérience pourra en inciter d’autres à se mettre en mouvement. Je crois à la valeur de l’exemple et à son effet d’entraînement. A terme, j’espère bien que la carte sera complète. Hormis la police de l’environnement, les agences régionales pourront assumer l’ensemble des missions de l’AFB.

Quel sera l’apport concret de l’AFB aux collectivités ?

Par exemple, son expertise et ses moyens appuieront la finalisation des schémas régionaux de cohérence écologique, adoptés partout sauf en Picardie – « ma » région ! Cela permettra la poursuite de la réalisation de la trame verte et bleue, que les élus locaux se sont bien appropriée. Je fais confiance aux élus, qui ont intégré les enjeux de la biodiversité, en particulier après la COP21 qui a mis en avant les solutions fondées sur la nature pour lutter contre le dérèglement du climat et en atténuer les impacts.

Bio express

1975 : Naissance dans le Pas-de-Calais.

2000 : Adhésion aux Verts.

2002 : Chargée des relations avec la presse du candidat à la présidentielle Noël Mamère puis collaboratrice parlementaire d’Yves Cochet jusqu’en 2007.

2007-2012 : Secrétaire générale adjointe du groupe de la Gauche démocratique et républicaine de l’Assemblée nationale.

2012 : Députée de la Somme, coprésidente du groupe écologiste.

2015 : Quitte Europe Ecologie – Les Verts.

2016 : Secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité.

Commentaires

1  |  réagir

12/04/2016 10h21 - lambda

Top ! clair, limpide et soutenable !

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