Risques

Nucléaire : les CLI dénoncent une impréparation française à l’accident

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Centrale nucléaire en activité

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La France n’est pas prête à affronter un accident nucléaire, a vivement critiqué l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (ANCCLI), le 5 avril 2016 à Paris. Son président, Jean-Claude Delalonde, s’étonne en particulier d’une forme de double langage consistant à, d’une part, affirmer prendre en considération le retour d’expérience de la catastrophe de Fukushima, d’autre part, ne rien changer aux dispositifs actuels.

Vous dénoncez des « contradictions » dans la politique de la France en matière de gestion d’un accident nucléaire. Plus précisément ?

Il y a un peu plus de deux ans, en février 2014, le gouvernement a publié un Plan national destiné à répondre à un accident nucléaire ou radiologique majeur. Ce document affirme prendre en compte le retour d’expérience de Fukushima (Japon), dont on a commémoré le cinquième anniversaire le 11 mars. Or, 26 mois après la sortie de ce Plan national, les mesures qu’il prévoit n’ont toujours pas été intégrées aux Plans particuliers d’intervention (PPI) des zones accueillant une centrale. Autrement dit, on nous sort un texte au nom d’un principe de précaution mais on ne donne pas d’instructions aux préfets pour qu’ils le transcrivent dans leurs dispositifs locaux. Et, si demain, le pire devait arriver, les autorités viendraient sûrement nous dire qu’elles ne sont ni responsables ni coupables puisqu’elles avaient élaboré un plan. Ce genre d’attitude nous énerve…

Ce n’est pas la première fois, loin de là, que vous interpellez un gouvernement sur, selon vous, le manque de préparation de la France à un éventuel accident. Que vous répond-on alors ?

Soyons clairs, au niveau de l’Etat, on nous ignore. Alors que les CLI et leur Fédération, l’ANCCLI, travaillent très bien avec l’Autorité de sûreté (ASN), ce n’est pas le cas avec le ministère de l’Intérieur. Qu’il s’agisse de l’actuel ministre, Bernard Cazeneuve, de son prédécesseur, Manuel Valls, ou de ceux qui les ont précédés, la société civile que nous représentons n’est pas associée. Et lorsque nous demandons à rencontrer un ministre de l’Intérieur, ou son directeur de cabinet ou même un simple conseiller, il nous est aimablement répondu que le message sera transmis à qui de droit, sans qu’il y ait jamais de retour. Or, nous sommes nées de la volonté du législateur, par la loi Transparence et sécurité nucléaire (TSN) de 2006 qui nous a confié un rôle et des missions. Nous avons donc une légitimité à intervenir sur les sujets que nous portons : la sûreté et la sécurité nucléaires.

Concrètement, quels sont vos griefs actuels à l’égard des pouvoirs publics ?

Ils sont nombreux et s’appuient sur deux rapports que nous avons commandés concernant la mise en œuvre de mesures d’urgence en cas d’accident nucléaire : l’un à notre comité scientifique ; l’autre à une association réputée pour sa connaissance du sujet, l’ACRO (association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest), Pour illustrer, prenons l’évacuation de la population. Il n’existe pas de vrai plan en France, contrairement aux Etats-Unis. Or, dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Bugey (Ain), on compte près de 1,3 million de personnes. Comment procède-t-on ? Les Centres d’accueil et de regroupement (CARE) ne sont souvent pas clairement identifiés… ou alors ils se trouvent dans le périmètre du PPI, alors qu’ils devraient être situés hors de la zone de risque. Le PPI de Flamanville avait, lui, dressé une liste de lieux d’hébergement… lesquels ont disparu du nouveau PPI.

Vous qualifiez les personnes qui seraient évacuées de « réfugiés », terme que vous n’employiez pas jusqu’à présent…

C’est exact. Car si un accident nucléaire se produisait demain, les personnes à qui on aurait demandé d’évacuer leur territoire deviendraient des réfugiés, et la question se poserait de savoir non seulement où on les met mais aussi comment on les traite. Notre propos n’est pas de faire du catastrophisme, il est de pointer le doigt là où ça ne va pas et alors de tirer la sonnette d’alarme. Autre exemple, le Plan national estime nécessaire d’harmoniser les consignes avec le pays voisin lorsque la centrale se situe en zone transfrontalière, jugeant même une telle coopération « impérative ». La France a sept centrales riveraines de pays étrangers (Belgique, Allemagne, Luxembourg, Suisse, Royaume-Uni, ndlr). Il existe une forte disparité entre ces pays, entre autres dans la distribution préventive de comprimés d’iode. Et on ne voit pas le gouvernement prendre d’initiatives en la matière…

Vous posez de nouveau le problème du périmètre des PPI, sujet récurrent de vos revendications…

Nous souhaiterions une réflexion en termes de bassin de vie. Mais, s’il faut fixer une distance, nous réclamons que le rayon d’un PPI soit porté de 10 à 80 km. La Ville de Bordeaux (Gironde) a aussi émis un vœu en ce sens, de même que Cherbourg-Octeville (Manche). Ce que l’ancien député-maire de Cherbourg et ex-président de la CLI… Bernard Cazeneuve n’entend pas. Je rappelle aussi que les autorités de sûreté et de radioprotection européennes Wenra et Herca, unanimes, ont envisagé l’extension de ce périmètre jusqu’à 100 km.

Vous annoncez la sortie au deuxième semestre 2016 d’un Livre blanc sur le post-accident, pour « éclairer les esprits et alerter une nouvelle fois les autorités françaises ». Qu’en attendrez-vous ?

Je suis d’un naturel optimiste. Si nos revendications n’étaient pas satisfaites, j’aurais au moins, avec mon conseil d’administration et l’ensemble des membres des CLI, fait le job pour lequel on nous a créées. On a en France la chance d’avoir cette représentation de la société civile. Je regrette que le législateur et l’exécutif mettent en place des outils mais n’aillent pas jusqu’au bout de ce qu’ils ont décidé. Je rappelle ainsi que nous ne percevons toujours pas pour notre financement le pourcentage de 1% de la taxe sur les installations nucléaires de base (INB) prévu par la loi TSN, soit six millions d’euros. Cela multiplierait notre budget actuel par six et nous permettrait de mieux exercer nos missions. Donc je ne comprends pas et je suis en colère.

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