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Recyclage des eaux épurées : comment desserrer le robinet ?

Par
station d epuration

Matteo NATALE-Fotolia

Alors que les pratiques de réutilisation des eaux usées traitées ont le vent en poupe à l’étranger, la France, malgré une volonté politique affichée, peine à instaurer un cadre juridique favorable. Et les opérations existantes pourraient être compromises.

Réutiliser les eaux usées épurées pour satisfaire des usages ne nécessitant pas de l’eau potable relève du bon sens. La pratique est d’ailleurs en plein essor partout dans le monde, en particulier en Espagne, en Tunisie, en Californie, en Australie. Mais elle stagne en France, où le potentiel de « recirculation » de ces eaux est pourtant important : nombre de zones souffrent de stress hydrique et manquent de ressources, en quantité et en qualité suffisantes.

Ainsi, à Noirmoutier-en-l’Ile (4 600 hab., Vendée), où l’eau potable est importée, la célèbre pomme de terre primeur aurait disparu depuis longtemps sans la réutilisation des eaux usées traitées. En outre, de plus en plus de collectivités, notamment littorales, disposent aujourd’hui d’un dispositif d’épuration (souvent par traitement membranaire) à même de respecter des normes sanitaires draconiennes. Elles souhaitent logiquement pouvoir mettre à profit cette performance pour laver des véhicules, nettoyer la voirie ou du mobilier urbain, restaurer des zones humides, etc.

Le problème réside dans le fait que, malgré quelques évolutions récentes, la réglementation n’est toujours pas adaptée. Pire : la pérennité d’une quarantaine d’opérations, qui fonctionnent avec succès depuis plus de vingt ans, est en jeu. Elles sont en effet censées respecter, à partir de juin 2016, de nouvelles règles (arrêté du 25 juin 2014) pour lesquelles elles n’ont pas du tout été conçues.

 

Les pionniers menacés

Historiquement, en l’absence de vrai cadre juridique, les opérations ont d’abord été autorisées au coup par coup. Une clarification réglementaire est enfin intervenue avec l’arrêté du 2 août 2010, mais ce texte a bloqué la situation au lieu de la libérer. Il autorisait bien l’irrigation gravitaire ou par goutte à goutte, en fixant des possibilités d’usage des eaux selon leur qualité sanitaire. Toutefois, en pratique, il empêchait l’irrigation par aspersion, la plus adaptée aux espaces verts, mais aussi aux golfs et aux zones de grande culture agricole (obligation de six mois d’études préalables, protocole expérimental, analyses quotidiennes…).

Aucun projet n’a plus vu le jour, jusqu’à ce que l’arrêté modificatif du 25 juin 2014 encadre cette fameuse irrigation par aspersion. « Ce texte a insufflé un peu d’air frais sur une filière au point mort, estime Nicolas Condom, directeur du cabinet de conseil Ecofilae. Certes, les prescriptions réglementaires sont lourdes (contraintes de distance, de terrain, de vent, de restriction de l’accès du public…), mais les obstacles insurmontables ont été levés. Cela constitue un signal positif pour ceux qui veulent avancer. »

 

Appui ministériel

A Cannes (73 300 hab., Alpes-Maritimes) et à Bonifacio (3 000 hab., Corse), ce signal a été entendu. Le syndicat intercommunal d’assainissement unifié du bassin cannois (SIAUBC, 8 communes, 175 300 hab.) veut recycler l’eau sortant de sa station d’épuration, d’un niveau de qualité “baignade” et aujourd’hui rejetée au large. Le maire (LR) de Cannes, David Lisnard, considère qu’il faut « voir les eaux usées comme une ressource ». Le syndicat a mandaté Ecofilae pour dresser un état des lieux des usages potentiels, identifier des scénarios viables sur les plans technique et économique, évaluer le rapport coûts/bénéfices. Il espère être soutenu par l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, qui a lancé un appel à projets, doté de 7 millions d’euros, sur la réutilisation des eaux usées traitées.

La ville de Bonifacio souhaite irriguer le golf de Sperone avec les eaux de sa station. A l’été 2015, Ségolène Royal, en déplacement en Corse, a mis un coup de projecteur sur cette opération, annonçant sa volonté d’appuyer le dossier.

 

La révision de la réglementation à nouveau sur le tapis

La volonté politique de progresser sur le sujet de la réutilisation des eaux usées est affichée. Mais le basculement n’aura pas lieu sans l’assouplissement des règles ni l’élargissement des usages autorisés. En effet, la réglementation ne se penche, pour l’instant, que sur le sujet de l’irrigation et non sur les usages intéressant les collectivités (propreté, lutte contre les incendies…). Depuis avril 2015, des discussions ont lieu entre les parties prenantes sur une possible remise à plat des textes. Plusieurs propositions sont sur la table. Outre la nature des précautions sanitaires à maintenir, l’un des enjeux concerne le coût de ces opérations : celles-ci ne se développeront que si l’eau récupérée reste moins coûteuse que l’eau potable.

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