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Quartiers prioritaires

Des « Molenbeek » en France ? Les acteurs locaux réagissent

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu prévention sécurité, France

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education-politique-de-la-ville-une © Flickr by CC Francisco Gonzalez

Les similitudes que Patrick Kanner entrevoit entre la commune de Molenbeek et une centaine de quartiers français ne laissent pas insensible. Elus concernés par la politique de la ville, acteurs locaux et universitaires oscillent entre le besoin de fermeté face aux dérives liées à la radicalisation islamiste, et le souci de ne pas stigmatiser davantage l’ensemble des quartiers prioritaires.

 

Existe-t-il, oui ou non, une centaine de quartiers tellement déconnectés de la République française et communautarisés que des groupes islamistes seraient parvenus à en prendre le contrôle ? Une chose est sûre : la polémique lancée le 27 mars dernier par le ministre en charge de la Ville, sans avancer de données précises, ne fait pas seulement réagir la classe politique nationale… Lorsqu’il lui sera reproché sa petite phrase lors de prochains déplacements sur le terrain, Patrick Kanner pourra se satisfaire d’avoir reçu le soutien du président de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU).

« Il a eu le mérite de dire les choses telles qu’elles sont. On s’aperçoit qu’il y a, en France, des quartiers où les choses peuvent se passer de la même manière, de manière souterraine. Une mosquée qui ouvre sans autorisation, une école coranique qui ouvre, des tentatives de prise de pouvoir dans les mosquées existantes, etc… On sent que les choses bougent » a réagi François Pupponi sur RTL. Le maire (PS) de Sarcelles estime que ces territoires accueillent des individus « qui peuvent basculer de la délinquance au terrorisme. »

Repli et vulnérabilité

Un propos qui se recroise également avec celui de la maire (LR) de Chanteloup-les-Vignes, Catherine Arenou, interviewée par La Croix en début de semaine : « dans nos villes frappées par la pauvreté et le chômage, il y a plus de souffrance et de désespoir qu’ailleurs. Les dérives ont tendance à s’y installer plus tôt et plus vite. Les réseaux terroristes viennent y trouver des jeunes très vulnérables, car repliés sur eux-mêmes, sans projet d’avenir, et pour qui les valeurs de notre société n’ont plus grand sens. » Pour autant, la vice-présidente de l’association Ville & Banlieue rejette clairement toute comparaison avec Molenbeek : « je n’aime pas les déclarations excessives. C’est un peu brutal de présenter les choses comme cela alors que nos quartiers populaires sont trop souvent stigmatisés. »

Dans une lettre ouverte publiée sur le site de L’Opinion, Gérald Darmanin rappelle, lui aussi, qu’un « ministre de la Ville ne doit pas stigmatiser les quartiers mais au contraire les aider. » Désireux de supprimer les « ghettos communautaires », le maire (LR) de Tourcoing dénonce que le gouvernement ne prenne pas autant qu’il le prétend « le taureau par les cornes. » Il s’étonne ainsi de la baisse de 65% de l’enveloppe publique allouée au plan national de renouvellement urbain (PNRU 2) comparé au plan Borloo, ou bien encore la baisse de 30% d’aides d’Etat accordées aux dispositifs de réussite éducative.
A contrario, le député (PS) de l’Essonne, Malek Boutih est, pour sa part, persuadé que « lâchetés » et « langue de bois » masquent un problème plus global : l’échec de la politique de la ville. « Tous ceux qui nuancent les propos de Patrick Kanner n’osent tout simplement pas dire la vérité sur une réalité. Beaucoup d’élus locaux ferment les yeux » explique-t-il.

Lire notre article : « Radicalisation islamiste : montrés du doigt, les maires ripostent »

Débat anxiogène

Au-delà des réactions politiques, plusieurs questions se posent aux acteurs locaux : Patrick Kanner aurait-il pu alerter sur les risques existants et la nécessaire vigilance à avoir dans certains quartiers prioritaires, sans alimenter un débat politico-médiatique anxiogène ? Etait-ce vraiment au ministre en charge de la Ville, ou bien plutôt à celui de l’Intérieur, de se faire le relais du syndicat de police Synergie-Officiers – dont le secrétaire général, Patrice Ribeiro a affirmé que « des Molenbeek, il y en a partout en France : Trappes, Roubaix, le Mirail à Toulouse, etc… » ?

Dans un communiqué intitulé « Trop, c’est trop », la coordination nationale « Pas sans nous » – qui regroupe une centaine d’associations des quartiers populaires – s’indigne des « amalgames qui ne cessent d’être portés à l’encontre de leurs habitants […] injustement montrés du doigt. » Plus que des petites phrases, les militants associatifs attendent un renforcement de la politique de la ville. « Ces déclarations simplistes sont dangereuses et irresponsables, car elles manient la peur et la tension sociale et ethno-raciale. Faut-il rappeler au ministre en charge de la politique de la ville que sa mission est de travailler à la solidarité et à la justice spatiale pour les populations des quartiers populaires qui vivent au quotidien les injustices sociales et économiques, et non de les montrer du doigt, de les présenter comme des coupables potentiels et des creusets du terrorisme ? »

Un cercle vicieux ?

Estimant que « le temps médiatique n’est pas le meilleur chemin pour trouver des réponses durables », l’association d’élus Ville & Banlieue s’interroge dans un communiqué commun apolitique « sur l’intérêt de telles déclarations publiques qui, à nos yeux, jettent le trouble dans la population – quels sont ces 100 quartiers ? – et ne  contribuent pas à mobiliser l’ensemble des partenaires sur le terrain. Nous sommes conscients des dérives existantes dans tel ou tel secteur, mais pensons que la réponse devrait passer par un étroit travail entre l’Etat, les collectivités, les associations et les citoyens. »

Plusieurs universitaires ont également pris la parole dans ce débat national à l’accent très local. « A travers la dénonciation des amalgames, ce qui s’exprime, c’est surtout la peur que les attentats renforcent encore un peu plus la suspicion, la stigmatisation et la dévalorisation globale dont les habitants des quartiers populaires se sentent l’objet dans le débat public, ainsi que les multiples formes plus ou moins visibles de discriminations qui en découlent dans leur vie quotidienne » décrypte Laurent Mucchielli, sociologue spécialiste de la délinquance, dans la revue des Possibles. Interrogé par l’AFP, son confrère Renaud Epstein va encore plus loin : « Patrick Kanner a finalement renvoyé ce contre quoi la politique de la ville lutte, c’est-à-dire la construction d’une représentation des quartiers populaires comme menace. »

Mixité sociale, échange d’informations : des solutions face à la radicalisation ?

Dans une interview accordée à Challenges, le maire (PS) de Sarcelles François Pupponi dépasse le stade de la polémique politicienne, et revient sur son idée de systématiser l’échange d’informations entre l’Etat et les collectivités territoriales. Objectif : résister à l’entreprise de déstabilisation de certains groupes salafistes radicaux dans les quartiers où ils sont actifs sur le plan politique.

« Notre plus grande difficulté, c’est que les islamistes ont identifié nos quartiers difficiles comme un terreau pour y recruter de potentiels terroristes. Il faut créer une « task force » associant les administrations centrales et les élus locaux afin d’échanger les informations de façon systématique. Par exemple, à Sarcelles, deux écoles coraniques viennent d’ouvrir en toute légalité. Il faut que toutes les informations sur ces écoles, que certains soupçonnent d’abriter des réseaux salafistes, soient partagées. Les échanges existent, mais ils sont liés aux relations amicales entre élus et responsables d’administrations. Il faut les systématiser. »

Un souhait qui se heurte, pour l’heure, au mutisme des services de l’Etat… et du gouvernement, d’après Ville & Banlieue. « A chaque rencontre avec Patrick Kanner, les maires présents lui ont demandé de pouvoir bénéficier de renseignements sur des actes de radicalisation concernant leur territoire. En effet, seules la police et la justice – donc l’Etat, via ses préfets et ses procureurs – disposent des éléments d’information sur la radicalisation. »

Toujours dans Challenges, François Pupponi, qui est aussi président de l’ANRU, revient sur l’ambition gouvernementale de lutter contre la « communautarisation », qui tarde à se concrétiser. Il rappelle à quel point il est complexe de bâtir une politique de peuplement permettant d’enrayer définitivement la spécialisation sociale de certains territoires.

« Manuel Valls a bien compris qu’il faut arrêter de concentrer les ménages les plus pauvres dans les villes en difficulté. Mais les préfets appliquent encore le Droit au logement opposable (DALO), et ils affectent les ménages les plus modestes dans les cités qui ont le plus de logements sociaux. On ne change pas des habitudes prises pendant 30 ou 40 ans aussi vite. Parallèlement, les préfets ont réquisitionné 70 terrains dans les communes qui refusaient d’appliquer la loi qui leur impose 25% de logements sociaux. Mais si les communes riches construisent des logements pour classes moyennes, cela risque de siphonner ces populations qui restent encore dans nos banlieues difficiles. Il faut imposer aux villes riches d’accueillir les ménages les plus en difficulté. »

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