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Politique de la ville

Une centaine de « Molenbeek » en France ? Pas si simple…

Publié le • Par • dans : Actu prévention sécurité, France

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VaulxEnVelin_CCfral-torqui © Fral-torqui (Creative commons)

Le ministre de la Ville, Patrick Kanner, a suscité la polémique en évoquant dans les médias nationaux l'existence d'une centaine de "Molenbeek" en France, en proie à la radicalisation islamiste. Un chiffre que ne recoupe pas forcément la géographie prioritaire de la politique de la ville, les zones de sécurité prioritaire ou les divers signalements des bailleurs sociaux.

 

« Il y a aujourd’hui une centaine de quartiers en France qui présentent des similitudes potentielles avec Molenbeek. » La petite phrase du ministre de la Ville, dimanche 27 mars sur Europe 1, n’en finit pas de susciter la polémique. Et pour cause : Patrick Kanner ne précise s’il compare le mode de gestion jugé clientéliste de certains élus locaux, la situation en matière de communautarisme, le faible niveau de services publics assurés dans ces territoires, le poids important de l’économie souterraine, le nombre de pauvres, de chômeurs ou bien, donc, de fondamentalistes et de terroristes.

Pour certains sociologues,  professionnels de la politique de la ville ainsi que l’association d’élus Ville & Banlieue, ce flou alimente les amalgames poussant à voir des foyers de radicalisation dans tous les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
A toutes fins utiles et faute d’une étude publique sur le phénomène spécifique de la radicalisation islamiste, le Club Prévention-Sécurité de la Gazette des communes reprécise les «listes» existantes relatives aux territoires en difficulté et notamment ceux en proie à l’insécurité.

1 500 quartiers prioritaires de la politique de la ville

Sélectionnés sur le critère unique de la pauvreté, les 1 500 quartiers prioritaires remplacent depuis peu les 751 « Zones urbaines sensibles » (ZUS) et les 2 492 quartiers ayant fait l’objet d’un contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) par le passé.
Renouvelée début 2015 à partir donc de la faiblesse de revenu des habitants, cette liste de 702 communes ne prend pas en compte les indicateurs jusqu’ici classiquement utilisés, comme le taux de chômage, de décrochage scolaire, d’accès à la santé, de concentration de logements sociaux ou encore le nombre de jeunes, de familles monoparentales ou de population immigrée. Autrement dit : à moins de voir dans ces potentiels handicaps sociaux des déterminismes du passage à l’acte terroriste, les 1 500 QPV ne peuvent en aucun cas être assimilés à la « carte de la radicalisation islamiste » en France.

En temps normal, Patrick Kanner ne fait d’ailleurs pas, lui-même, la comparaison entre la politique de la ville et la radicalisation islamiste. Dans un entretien accordé à la Gazette après le 13 novembre 2015 ou dernièrement au Parisien, il évoquait déjà le cas d’une « centaine de quartiers qui subissent des difficultés particulièrement lourdes » dans le lot des 1 500 dont il a la charge.
Mais le ministre de la Ville précise aussi que « s’il y a des cas qui dérapent dans ces quartiers, l’immense majorité des jeunes n’est pas concernée […] Les parcours d’Amedy Coulibaly, de Mehdi Nemmouche et de Mohammed Merah ne peuvent se réduire à leur adresse : ce sont des trajectoires plus complexes. »

Cependant, refusant tout « angélisme », il assume en parallèle porter à leur égard une extrême vigilance. Le ministre de la Ville alerte en effet sur « la volonté claire des salafistes de prendre le pouvoir dans certains de ces quartiers. » Ces projets et/ou tentatives de déstabilisation de certaines associations par des musulmans radicaux lui ont été confirmés par la cellule de veille de son ministère, ainsi que par un rapport policier faisant état de 80 à 90 clubs sportifs situés dans les quartiers prioritaires et concernés par la problématique de la radicalisation islamiste.

80 zones de sécurité prioritaires

Alors qu’il était encore ministre de l’Intérieur, Manuel Valls avait pour sa part créé 80 zones de sécurité prioritaires (ZSP). Objectif ? Concentrer l’effort policier sur les «  territoires ciblés dans lesquels des actes de délinquance ou d’incivilités sont structurellement enracinés », expliquait alors le futur premier ministre.
Dispositif de discrimination positive territoriale du ministère de l’Intérieur, et non du ministère de la Ville, les ZSP ne sont pas obligatoirement des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Même si, dans les faits, 77 des ZSP sont aujourd’hui installées dans des communes faisant partie de cette géographie prioritaire.

Choisies par les préfets, parfois en concertation avec les élus locaux, elles ne sont pas forcément le reflet d’une radicalisation. Méconnu à l’époque et ne faisant surtout pas l’objet d’une politique publique spécifique, ce critère n’a en effet pas été décisif au moment de leur constitution. Les indicateurs utilisés dans la définition des ZSP correspondait plutôt au nombre de cambriolages, de nuisances de voie publique, d’épisodes de violences urbaines ou encore à l’implantation des trafics de stupéfiants et leurs conséquences en matière de règlements de comptes, etc.

60 à 80 quartiers très sensibles (USH)

Longtemps taboues, les questions de délinquance et de fait religieux sont aujourd’hui ouvertement abordées par l’Union sociale pour l’Habitat (USH). Mais pas forcément de front ni de façon liées, comme l’ont précisé Marie-Noëlle Lienemann et Béatrix Mora au Monde. Les 60 quartiers signalés par l’organisation représentative des bailleurs HLM comme étant « gangrénés par le trafic de drogue et l’économie parallèle » ne se recoupent pas automatiquement avec les territoires où « la présence salafiste » les inquiète.

En 2012 puis en 2013, l’Union sociale pour l’Habitat (USH) comptabilisait déjà 80 quartiers « en situation très sensible », selon une enquête interne confidentielle que le Club Prévention-Sécurité de la Gazette des communes avait obtenue. A ses yeux, ce chiffre correspondait à des territoires entiers sur lesquels les propriétaires-bailleurs avaient perdu tout contrôle. Des zones qui étaient ni plus ni moins passés sous la coupe des dealers, au détriment des habitants. Là encore, et bien que ce soit un axe de travail de certains bailleurs sociaux, aucune donnée ne mentionnait cependant les problématiques que soulève le prosélytisme religieux.

12 quartiers très prioritaires

Enfin, une instruction du Premier ministre datée du 11 mars dernier évoque une liste de « douze quartiers très prioritaires », se recroisant à la fois avec la géographie prioritaire de la politique, du ministère de l’Intérieur (ZSP) et du ministère de l’Education nationale (REP+ ou REP). De source ministérielle, cette sélection a, cette fois-ci, été constituée sur la base de renseignements préfectoraux ainsi que des remontées du numéro vert de signalement de cas de radicalisation et d’assistance aux familles.

De Marseille à Trappes en passant par Mulhouse, Sevran, Vénissieux ou Cayenne, ces territoires recevront l’appui de « délégués du gouvernement » à partir du 4 avril prochain. Ils auront 12 à 24 mois pour travailler sur deux ou trois priorités maximum, parmi lesquelles la réussite éducative, la mixité sociale dans le logement, l’accompagnement personnalisé vers l’emploi, l’accès au soin… et la prévention de la radicalisation.

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