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Lecture publique

La France manque encore de bibliothèques

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France

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bibliotheque-une © Flickr CC by Yuri Levchenko

Malgré 40 ans de construction de bibliothèques et 16300 lieux de lecture publique recensés par le ministère de la Culture, la France est encore loin d’avoir atteint un niveau d’équipement satisfaisant. Le dernier rapport de l’Inspection générale des bibliothèques dresse un constat sévère, où il est question de « lacunes » et d’ « inégalités territoriales. »

 

Chiffres-clés

  • 16300 lieux de lecture publique
  • 7100 bibliothèques
  • 9200 points d'accès au livre
  • 2,7 millions de m2 de bibliothèque construits en 30 ans depuis 1986

 

(Source : IGB)

Une idée reçue entendue de colloque en table ronde veut que l’effort d’équipement du pays en bibliothèques soit achevé. Elle repose sur le fait que depuis les années 1970, un nombre considérable de mètres carrés a été construit, y compris dans des petites communes. Pour les seules bibliothèques municipales, et pour la seule période de 1986 à 2014, l’Inspection générale des bibliothèques (IGB) chiffre à 2,7 millions de m2 les surfaces construites ou rénovées avec l’aide de l’Etat, soit une moyenne annuelle de 90 000 m2 pendant 30 ans.

Dans son dernier rapport, intitulé « l’équipement des communes et groupements de communes en bibliothèque : lacunes et inégalités territoriales », l’IGB casse cette illusion d’optique et avance quelques préconisations et champs de réflexion.

1-Des constats saisissants

Zones blanches

La carte de France des bibliothèques présente d’abord de grosses lacunes : 55% des communes, soit 11,18 millions d’habitants, ne disposent d’aucun équipement « propre », c’est-à-dire de bibliothèque dépendant d’une commune ou d’un EPCI. Par ailleurs, seuls 7100 lieux de lecture publique constituent de véritables bibliothèques. 9 millions de personnes n’ont près de chez elles qu’un des 9200 « points d’accès au livre » (1)

Pour l’IGB, on peut « vraisemblablement » penser que le nombre de communes non dotées tend à décroître. Mais l’inspection reste très prudente, « parce que si d’un côté de nouvelles bibliothèques voient le jour chaque année, d’un autre côté, la tendance, parmi les BDP, du fait d’un faible ratio coût/bénéfice dans un contexte budgétaire difficile, est à fermer des dépôts sans qu’il existe nécessairement toujours une solution de substitution. » En outre, à supposer qu’il y ait effectivement une réduction du nombre de zones blanches, l’IGB estime qu’il faut s’interroger sur le rythme de cette décroissance, l’existence de « poches de résistances », et leur « disponibilité réelle » (temps nécessaire pour les rejoindre) et, enfin, de leur qualité.

Déterminisme des petites communes

« Pour des raisons évidentes (communes de petite taille parfois très éloignées les unes des autres), [les] zones [rurales] sont dans l’ensemble moins bien dotées que les zones urbaine », indique l’IGB, tout en observant que les bibliothèques sont « manifestement les équipements les plus présents (les moins absents) dans les zones rurales. » (2)

Ainsi, les tableaux comparatifs entre la taille des communes et le nombre d’habitants ayant accès à une bibliothèque ou un point d’accès au livre conduisent les auteurs au constat, « sans surprise », que « plus une commune est petite, moins ses habitants ont de chances de voir cette commune disposer d’un établissement de lecture publique. » De même, plus la commune est petite, plus ses habitants ont de chance de disposer d’un simple point d’accès au livre et non d’une véritable bibliothèque.

Des grandes villes pas forcément si bien dotées

Cependant, il ne faut pas déduire de ce qui précède, que plus une commune est grande, plus ses habitants disposeront d’une bibliothèque spacieuse et répondant à leurs besoins. En effet, l’IGB met au jour un premier phénomène, qui peut surprendre : plus la commune a une population importante, plus la surface utile par habitant est faible.

m2 pour 100 hab Capture

(Source : IGB)

Autre phénomène pointé par l’inspection : l’inadéquation de nombreux équipements et leur vieillissement. Ce problème pouvant se traduire par :

  • une taille trop réduite par rapport à la population à desservir ;
  • une structuration des espaces ne correspondant pas aux attentes et usages du public et aux résultats que l’on se propose d’atteindre, et/ou peu fonctionnels pour les personnels ;
  • une situation géographique inopportune, défavorable à la fréquentation ;
  • des espaces inaccessibles aux personnes en situation de handicap ;
  • des bâtiments énergivores ;
  • des locaux impropres à la conservation des collections.

Cependant, l’IGB n’est pas en mesure d’aller au-delà de ce constat empirique : il faudrait d’autres études pour savoir combien d’équipements sont inadaptés et en quoi ils le sont. En tout état de cause, l’IGB tire d’ores et déjà un enseignement de ces constats :

Une chose est sûre : il y a lieu d’en finir avec une vision téléologique(3) du développement des bibliothèques, selon laquelle ce qui a été fait n’est plus à faire. Une forte proportion de bibliothèques demande à être remplacée ou rénovée. Et il continuera à en être ainsi, sauf à bâtir pour l’éternité des bâtiments adaptables aux évolutions de toutes sortes. Même si, de ce point de vue, il est possible de construire mieux.

Des inégalités territoriales criantes

Seuls 7100 lieux de lecture publique constituent de véritables bibliothèques. 9 millions de personnes n’ont près de chez elles qu’un des 9200 « points d’accès au livre ».

D’une région à l’autre, l’effort d’équipement entre 1986 et 2014 est loin d’être homogène. L’IGB a analysé, région par région, et sur la période 1986-2014, le nombre de m2 construits rapporté au nombre d’habitants. Les rapporteurs ont travaillé sur ce ratio, parce qu’il est constitutif du seuil établi par l’Etat pour ouvrir droit au concours particulier des bibliothèques (subventions dans le cadre de la dotation générale de décentralisation pour les bibliothèques), à savoir 0,07 m2 par habitant.

m2 par hab 2 Capture

(Source : IGB)

2-Principales préconisations

Pour l’IGB, il convient de garder à l’esprit deux besoins :

  • la couverture de la France pour qu’aucun territoire ne soit laissé pour compte ;
  • et l’élévation du niveau de qualité des équipements.

1 million de m2 à construire ou rénover

En multipliant le seuil minimal fixé par l’Etat – à savoir 0,07 m2 par habitant – par la population habitant dans des communes dépourvues d’équipement de lecture publique, l’IGB arrive à un besoin minimum de construction de 783 000 m2. A ce calcul s’ajoutent des estimations de m2 à construire ou rénover fournies par 8 Drac. « Soit un total qui devrait tourner autour d’1 million de m2 », calculent les rapporteur

3 types de territoires prioritaires

L’IGB a repéré une cinquantaine de villes de plus de 10 000 habitants sans équipement. Elle pose donc ce principe : « plus aucune ville de plus de 10 000 habitants ne devrait être dépourvue d’une bibliothèque municipale normative. » Mais les rapporteurs veulent aussi attirer l’attention sur d’autres priorités, « dans une perspective de justice sociale » :

  • les zones rurales et périurbaines ;
  • les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

Des priorités que l’IGB justifie par ses constats empiriques et la cohérence avec :

  • d’une part les règles du concours particuliers(4) ;
  • d’autre part les conclusions du rapport de la sénatrice Sylvie Robert, qui propose comme zones prioritaires en lecture publique les territoires ruraux et les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

Des bibliothèques « stratégiques »

Il s’agit d’abord des « bibliothèques clefs pour un aménagement rationnel du territoire ». Ce qui englobe les bibliothèques qui ont vocation à être têtes de réseau, à rayonner au-delà de la commune, les équipements de chefs-lieux de département et de capitales régionales (principales ou secondaires), ainsi que les BDP « compte tenu du rôle qu’elles jouent pour faire émerger des équipements dans les endroits les plus appropriés et faciliter les mutualisations entre communes. »

Viennent ensuite les 54 bibliothèques municipales classées (BMC). L’IGB souligne leur intérêt en termes d’aménagement du territoire, compte tenu, notamment, de leur localisation (aucune ne se situe dans une ville ou un EPCI(5) de moins de 28 000 habitants), et de leurs ressources humaines (conservateurs d’Etat mis à leur disposition).

Des approches thématiques

Handicap

A propos de l’accessibilité du cadre bâti aux personnes handicapées, l’IGB rappelle que l’Etat peut peser sur les délais de mise en ouvre de la loi du 11 février 2005, par le biais du concours particulier, qui prévoit des taux bonifiés pour les opérations de mise en accessibilité.

Patrimoine

Concernant les collections patrimoniales, l’IGB pointe la configuration inadaptée de certains locaux à la conservation de documents patrimoniaux, défaut auquel n’échappent pas certaines BMC. L’inspection suggère donc au Service du livre et de la lecture (SLL, ministère de la Culture) de procéder, avec l’aide des DRAC et de l’IGB, à « un état des lieux complet, servant de base à des initiatives des DRAC auprès des collectivités concernées ». Et de rappeler que le concours particulier prévoit d’ores et déjà un taux incitatif pour les travaux visant à l’amélioration des conditions de préservation et de conservation des collections patrimoniales, détaillé dans la circulaire d’application du 7 novembre 2012 (II.C.3 et III.C.36).

Par ailleurs, depuis 2011 existe une « Charte de la conservation », élaboré par le SLL et que les collectivités concernées sont invitées à signer.

Projet global

« Il ne suffit pas qu’un équipement central, municipal ou intercommunal, soit réputé desservir toute une ville ou tout un groupement de communes pour les desservir effectivement. », prévient l’inspection. Par ailleurs, les rapporteurs soulignent que leurs préconisations quant à la construction et la rénovation de bibliothèques répondant aux besoins du public interviennent dans contexte budgétaire très difficile. En conséquence, ils conseillent aux collectivités de peser le pour et contre avant de choisir entre différentes options, réflexion jusqu’ici souvent négligée :

  • rénovation, restructuration, extension, ou création d’équipement ;
  • site unique ou répartition des collections patrimoniales et des activités de lecture publique entre deux sites distincts.

Enfin, les rapporteurs invitent les collectivités à penser la desserte du territoire à partir d’un projet global et non à partir du seul cadre bâti, ce qui implique de penser aussi aux services en ligne sur place et à domicile, les services de portage, les dessertes par bibliobus etc.

Intercommunalité : difficultés transitoires en vue

Concernant le « bouleversement du paysage intercommunal » en cours (élargissement des EPCI, Grand Paris, création de communes nouvelles…), l’IGB y voit des évolutions qui tendent « à réduire la frontière entre limites politico-administratives et bassins de vie ». Mais, du moins pendant une phase transitoire, ces évolutions risquent, du fait de l’agrandissement des territoires à prendre en compte, « d’accroître la tension entre les besoins et attentes d’une part, et, d’autre part, des équipements le cas échéant trop peu nombreux ou mal placés ou trop petits, etc. »

Par ailleurs, l’IGB observe que « le développement des équipements intercommunaux, joint à l’extension du territoire des EPCI, accroît la tension constatée à l’échelle communale entre le format et le nombre des équipements, et la dimension des territoires à desservir. »

Un effort d’équipement très hétérogène

D’une région à l’autre, l’effort d’équipement entre 1986 et 2014 présente des disparités régionales spectaculaires. Zoom sur trois régions.

Limousin

Avec 5,9 m2 pour 100 habitants, cette région a fourni le plus gros effort de construction au cours des trente dernières années, bien au-dessus de la moyenne nationale qui s’établit à 3,51 m2 pour 100 habitants (3,56 en métropole). 15 bibliothèques sont sorties de terre et 7 ont été rénovées entre 2010 et 2014. Cependant, selon des informations fournies par la Drac, il reste encore quelque 7000 m2 à construire, l’Etat fixant à 0,07 m2 la surface minimale disponible par habitant dans une « vraie » bibliothèque.

Ile-de-France

Avec 2,77 m2 pour 100 habitants, l’effort de la région capitale est, contre toute attente, largement en-dessous de la moyenne nationale. Elle compte encore des communes et des EPCI sans équipement. Pourtant, pas moins 403 équipements sont sortis de terre entre 2000 et 2010 soit 100 000 m2 de plus. Seulement, malgré ce rattrapage, « le niveau de service y reste très en deçà de ce qu’il devrait être au regard de la densité de population et des enjeux éducatifs, économiques, sociaux et touristiques de la région », notent les rapporteurs. En matière de numérique ou d’accessibilité, beaucoup de bibliothèques franciliennes sont en retard.

Départements d’outre-mer

Avec 2,89 m2 pour 100 habitant, la Réunion occupe la première marche du podium ultramarin. Toutes les communes ont une bibliothèque, et avec le niveau du réseau de lecture publique y est « assez comparable à celui de la plupart des départements de la métropole, observent les rapporteurs. Les bibliothèques municipales des centres-villes sont parfaitement adaptées au contexte urbain local. » A l’inverse, la Martinique fait figure de lanterne rouge avec 0,59m2 pour 100 habitants et des bibliothèques dont la surface « demanderait à être doublée. »

Références

Le rapport

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Mots-clés

Thèmes abordés Aménagement du territoireBibliothèquesPolitiques culturelles

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  1. 1. chroniques cartographiques 30/03/2016, 09h38

    Pour visualiser la carte de France des inégalités territoriales d'accès aux bibliothèques, cliquez sur le lien suivant :
    http://www.chroniques-cartographiques.fr/2016/03/carte-de-france-des-bibliotheques-les-inegalites-territoriales.html

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