Transport

La politique ferroviaire « a besoin d’un conducteur »

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TGV, départ, arrivée

Phovoir

Villes de France organisait une conférence de presse ce 8 mars 2016. L'objectif : annoncer sa mobilisation contre les suppressions de dessertes ferroviaires, toujours plus fréquentes, selon elle, dans les villes moyennes.

« Nous refusons que les trains des villes moyennes restent à quai ! » En s’exclamant de la sorte, Frédéric Leturque, maire d’Arras, a plutôt bien résumé le point de vue défendu par Villes de France, lors d’une conférence de presse organisée ce 8 mars 2016, à laquelle il participait. Au cours de la rencontre avec les journalistes, l’association d’élus de villes de plus de 15 000 habitants, souhaitait en effet faire part de son ras-le-bol vis-à-vis de la situation du système ferroviaire en France.

Suppression de dessertes

En cause notamment, le « contexte de réorganisation massif et très cloisonné des liaisons ferroviaires », à savoir notamment : une « remise en cause de dessertes LGV, une nouvelle convention TET (1), et un basculement de lignes TET déficitaires en TER ».

Réorganisation qui se traduirait le plus souvent, selon un communiqué daté du même jour, par « la suppression de dessertes journalières, ou bien de la seule desserte subsistante, voire, dans le meilleur des cas, par une substitution de la desserte TGV avec un rabattement organisé par TER, à partir de a métropole la plus proche ».

 

Lire aussi : Trains d’équilibre du territoire : des compromis avec les régions

Villes moyennes pénalisées

Cette situation pénaliserait tout particulièrement villes moyennes. En effet, «cela entraîne des ruptures de charges pour les usagers, et, plus grave, une véritable perte d’attractivité de nos bassins de vie, a assuré Caroline Cayeux présidente LR de l’association. A une époque où l’on parle beaucoup de protection de l’environnement, le train est une des réponses à cette préoccupation qu’il faut encourager ».

Raréfaction des  dessertes TGV

Pour illustrer l’ampleur de ces suppressions, plusieurs élus locaux (LR et UDI), avaient fait le déplacement pour exposer leurs difficultés actuelles, notamment vis-à-vis des TGV. Cela alors que le groupe SNCF, fortement endetté, devrait annoncer cette semaine des pertes record de 12 milliards d’euros liés, selon Les Echos « à des changements d’évaluation comptable ».

Gilbert Meyer, maire LR de Colmar, s’est ainsi plaint la desserte à grande vitesse dans sa ville de 70 000 habitants, qui se raréfie : « Je fus de ceux qui avaient participé aux premières négociations financières pour la mise en place d’une LGV. L’équipe de la SNCF nous avait alors avancé que si nous participions au financement de la ligne [qui s’est finalement élevé à 12 millions d’euros en contribution directe et 15 millions pour les travaux de la gare], cela désenclaverait notre territoire. En contrepartie, la SNCF s’était engagée à desservir Colmar avec quatre arrêts journaliers. Mais courant 2016, trois sont supprimés pendant quatre mois.»

France à deux vitesses ?

Résultat, selon l’élu  colmarien : « Les usagers ne disposent plus de la facilité de transport qui était la leur et qu’ils avaient co-financée. En agissant de la sorte, la SNCF aide à installer une France à deux vitesse », pointant ainsi du doigt la préservation des lignes dans les métropoles au détriment des communes plus petites.

Face à cette situation, la communauté d’agglomération a fait savoir qu’elle envisageait « de se voir restituer, par voie contentieuse, les fonds attribués pour la réalisation de la LGV Est Européenne », indique le communiqué de Ville de France. Pierre Méhaignerie maire de Vitré et Frédéric Leturque (Arras), également présents, ont fait part de problématiques similaires.

Des TET indispensables aux territoires

De même, la question des Trains d’équilibre du territoire (TET), a été abordée, alors que le gouvernement vient de dévoiler le 19 février un bilan d’étape sur l’avenir de ces lignes, et qu’une mission de concertation, confiée au préfet François Philizot, est en cours « pour faire évoluer à la baisse l’offre et la gouvernance des TET », indique Villes de France.

Jean-Pierre Door, maire LR de Montargis, a ainsi expliqué : « Nous avions des huit Intercités [autre nom des TET] qui ont été restreints à cinq ou six par jour et à un ou deux le week-end. A côté de cela, nous voyons passer les trains Teoz [également des TET] entre Paris et Clermont-Ferrand qui ne s’arrêtent pas, et nous avons des trains supprimés sans que l’on nous prévienne nous ou les usagers. Je pense qu’il faut que la SNCF revoit sa copie pour faire vivre les bassins de vie – et d’emploi.»

Alternative

Interpellée sur le fait que cette volonté de l’Etat de réduire de l’offre du réseau TET était principalement due au déficit important de ces lignes (de l’ordre de 300 à 400 millions d’euros) et à la fréquentation en chute libre au cours des dernières années, Caroline Cayeux, a alors rétorqué : « Personne ne monte dans ces trains parce qu’ils circulent à 20 km/h, qu’ils ne sont pas confortables, et qu’ils n’arrivent pas à l’heure. Selon nous, iI faudra que la SNCF redéfinisse ses dessertes et si abandon il y a et qu’elle nous propose une alternative ».

TER sans conducteur

Enfin, la rencontre a été l’occasion pour Villes de France de critiquer les suppressions et retards répétitifs de TER dont pâtissent en ce moment les territoires, à l’image de ceux circulant sur la ligne Beauvais-Persant-Beaumont-Paris, « empruntée par 3000 personnes par jour vers Paris » a indiqué Caroline Cayeux. Cette ligne, sur laquelle circulent « des TER, « bénéficie » [en outre] du 29 février au 16 avril 2016, d’un plan de transports adapté en raison d’un manque de cheminots », indique le communiqué, revenant sur une suppression récente des TER qui a touché plusieurs régions françaises, et qui a été justifiée par la SNCF par des difficultés à recruter des conducteurs.

Accélérer l’ouverture à la concurrence ?

Pour améliorer la situation, l’association a formulé plusieurs demandes, notamment celles : d’élaborer un « schéma national de desserte ferroviaire » pour « appréhender dans sa globalité le schéma de réorganisation ferroviaire en France ; de « donner des garanties sur les dessertes des villes petites et moyennes » ; d’accélérer l’ouverture à la concurrence des Intercités « au-delà de l’appel à manifestation d’intérêt », annoncé par le gouvernement le 19 février, ainsi que « d’ouvrir des concessions de lignes pour les TET abandonnés ». Reste maintenant à savoir si ces doléances seront écoutées.

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