Risques naturels

Seine : « En cas de crue centennale, les ouvrages de protection auront un effet limité »

| Mis à jour le 03/06/2016
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Préfecture de police de Paris

Un jour, la Seine débordera, comme elle l’a fait en 1910, dernière crue centennale en date. Pour tester la coordination des acteurs de la gestion de crise, la préfecture de police (zone de défense) organise, du 7 au 18 mars 2016, une simulation d’un tel événement. L’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France vient en appui de l’exercice, intitulé « EU Sequana 2016 ». Pour Ludovic Faytre, qui y est chargé d'études sur le risque d’inondation, le retour d’expérience bénéficiera à d’autres villes soumises aux crues d’un grand fleuve.

Digues, murettes, lacs réservoirs, Paris et sa région disposent de nombreux ouvrages pour se protéger des débordements de la Seine et de ses affluents. Permettront-ils d’éviter la catastrophe en cas de crue centennale – dont la probabilité de survenue est de 1 % par an ?

Non. Ces ouvrages ont permis d’éviter les petites et moyennes crues, événements qui participaient à la mémoire du risque. On n’en a pas connu depuis très longtemps en Ile-de-France. Mais ils auront un effet très limité en cas de crue centennale, D’abord parce que les digues, notamment celles qui ont été construites dans les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne, n’ont pas été dimensionnées pour un tel événement. Ensuite, car ces ouvrages n’auront aucun effet sur les remontées de nappes qui accompagnent les phénomènes de débordement. Enfin, les lacs-réservoirs creusés en amont du fleuve sont susceptibles de limiter la hauteur d’eau de 70 centimètres dans certains territoires mais encore faut-il qu’ils ne soient pas déjà pleins.

L’urbanisation ces dernières décennies a entraîné une imperméabilisation massive des sols. Cela ne risque-t-il pas d’aggraver l’inondation par rapport au phénomène observé en 1910 ?

Non, car en février 1910, les sols étaient gelés et du coup imperméabilisés et l’eau a ruisselé. L’aléa n’a pas augmenté, mais la vulnérabilité s’est accrue avec l’interdépendance des réseaux et l’urbanisation croissante. 435 000 logements en Ile-de-France sont exposés aux inondations pour une crue centennale. Environ la moitié sont situés en zone d’aléa fort à très fort où la hauteur de submersion sera supérieure à un mètre. Avec près de 78 % des logements potentiellement exposés, les départements de la petite couronne concentrent les enjeux. Le Val-de-Marne apparaît comme le territoire le plus menacé, mais le département des Hauts-de-Seine l’est aussi. L’exercice de crise cible médiatiquement Paris, mais les territoires en amont et en aval, sont moins protégés et disposent de capacités organisationnelles certainement moindres que la capitale.

Qu’est-ce qui différencie les crues de la Seine des crues éclairs qui frappent le sud-est de la France ?

Plusieurs choses. D’abord, elles touchent de vastes territoires de plusieurs dizaines de milliers d’hectares et sont susceptibles d’impacter directement plus de 800 000 personnes. Ensuite, il s’agit de crues lentes, comme celles de la Loire et de la Somme. L’eau devrait monter de 0,5 à 1 mètre par jour : on a donc le temps de la voir venir et les services de prévisions des crues permettent une vision à trois jours. Le risque de perte de vie humaine est donc moins élevé.

 

Cliquez sur l’image pour l’agrandir :

Zoom sur Paris

Mais l’eau reste. En 1910, le fleuve a monté pendant 15 jours, et il a fallu plus d’un mois pour qu’il retrouve son lit ! Certes tout le monde n’aura pas les pieds dans l’eau. Mais les conditions de vie seront considérablement dégradées même pour ceux qui vivent dans des logements collectifs en étage car pendant plusieurs jours, il n’y aura plus d’eau potable, d’électricité, d’assainissement. Un deuxième point de vulnérabilité consiste dans la dépendance de l’agglomération parisienne aux infrastructures et réseaux structurants : énergie, transports, télécommunications, mais aussi chauffage urbain, climatisation, flux financiers qui vont être impactés. Il n’y aura plus de métro et de RER pendant plusieurs jours, certains grands axes routiers seront fermés ainsi que les ponts qui permettent de franchir la Seine. En fait, une telle crue aura des conséquences bien au-delà de la zone inondée.

L’impact économique d’une telle catastrophe a-t-il été évalué ?

L’impact sera national. Car l’agglomération parisienne concentre sur 2 % du territoire, 20 % de la population et 30 % du PIB. D’autres villes situées près de la Seine seront aussi touchées comme Rouen, le Havre, Troyes …En 2014, une étude de l’OCDE a estimé le coût des dommages directs à 30 milliards d’euros et la perte de PIB à 3 %

 A quoi sert un tel exercice de crise ?

Son premier objectif est de tester la coordination des acteurs de la gestion de crise. Les grands opérateurs (RATP, SNCF, EDF, Orange) ont évalué les conséquences qu’une crue centennale pourrait avoir sur leurs réseaux et leurs équipements. Mais ces grands opérateurs sont interdépendants. EU Sequana 2016, c’est l’occasion de mettre tout le monde autour de la table, de vérifier que les plans de gestion de crise des uns et des autres sont coordonnés et d’entrer dans une voie de progrès. Son but est aussi de sensibiliser d’autres acteurs qui ne le sont pas encore assez. Il n’y a pas de mémoire du risque en Ile-de-France. Il est donc compliqué de mobiliser sur cette question, la population mais aussi les petites entreprises. 90 % des entreprises franciliennes exposées comptent moins de 10 salariés.

Le retour d’expérience de cet exercice devrait bénéficier à d’autres villes exposées elles aussi aux crues d’un grand fleuve, notamment celles situées dans le bassin de la Loire.

Les collectivités sont-elles assez mobilisées ?

Je ne suis pas certain qu’elles aient toutes pris en compte l’impact qu’aura une inondation sur les services publics qu’elles animent comme les écoles, les crèches et services de santé. Le retour d’expérience de la catastrophe Katrina (2) a montré que, pour faire repartir un territoire après une telle crise, il faut que les services publics de proximité redémarrent. Or, si l’on n’a pas anticipé l’événement, le retour à la normale s’avère très compliqué.

 

Près de 435 000 logements franciliens situés en zone inondable

Une petite moitié d’entre eux (48 % soit 205 000 logements) sont exposés à des niveaux d’aléas forts (hauteur de submersion entre 1 et 2 m) à très forts (hauteur de submersion supérieure à 2 m) pour une crue centennale.

Le Val-de-Marne apparaît comme le territoire le plus menacé, avec plus de 123 000 logements, suivi de Paris (107 700) et des Hauts-de-Seine (94 450).

Carte montrant les logements parisiens situés en zone inondable

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Commentaires

1  |  réagir

08/03/2016 08h21 - pasucaru

Et pour compléter sur les niveaux d’eau et la crue de 1910
https://eauterrefeuair.wordpress.com/2016/03/08/reperes-du-niveau-deau-a-paris

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