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Numérique : la France « en retard »

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Un classement européen range les performances numériques de notre pays sous la moyenne de l’UE. La France y occupe une médiocre 16ème place sur 28. Antoine Darodes, le directeur de l’Agence du Numérique, réagit au classement pour La Gazette.

A quel point la France est-elle numérique ? Peu, pour le moment, si l’on en croit l’édition 2016 de l’Indice relatif à la société et l’économie numérique (DESI), dont la Commission européenne a révélé les résultats le 24 février 2016. Un classement qui fait mal : avec une note générale de 0,51/10, notre pays occupe la 16ème place sur les 28 Etats de l’UE, en recul de deux positions par rapport à l’année dernière. La classe européenne est dominée par le Danemark, les Pays-Bas, la Suède et la Finlande, alors que la France est rangée dans la catégorie des pays « en retard ».

Bigre, est-on si mauvais ? Antoine Darodes, directeur de l’Agence du Numérique, nuance (lire ci-dessous) : « Les outils [pour rattraper notre retard] ont essentiellement été mis en place l’année dernière. On ne peut pas encore en voir les effets. » Pour lui, le vrai test, ce sera l’année 2017.

Très haut débit : très en retard

Sans surprise, le classement met en évidence le retard de la France en matière de très haut débit. Si le pays peut afficher une couverture intégrale pour le haut débit fixe, il tombe à la 26ème position pour le très haut débit, où ses 45% du territoire couvert sont largement sous la moyenne européenne de 71%. Idem si l’on regarde la proportion de ménages qui choisissent la grande vitesse : seulement 15% des abonnés au haut débit, soit à peine la moitié de la moyenne de l’UE.

Pas de « culture » Internet

Interpellant aussi : le recours aux technologie numériques par les entreprises. C’est « le domaine dans lequel les résultats de la France sont les moins bons », souligne la Commission. Même si elle s’est améliorée, la situation des PME est plus précisément pointée. Elles « doivent mieux exploiter les possibilités offertes par les ventes en ligne et les ventes transfrontalières ».

C’est, ceci dit, un constat qui vaut de manière générale pour toute l’Europe puisque la France est ici en plein dans la moyenne de l’UE. La Commission annonce d’ailleurs qu’elle présentera en mai prochain un paquet de mesures destiné à « dynamiser le commerce électronique ».

Concernant les ménages, le constat est le même. « Les Français semblent très réticents à utiliser Internet pour communiquer, comme le montre leur retard en matière d’appels vidéo et d’utilisation des réseaux sociaux », note la Commission. De fait, le France est carrément dernière du classement pour les réseaux sociaux, et 26ème sur les appels vidéo. Les Français sont également beaucoup plus réticents que les autres à consulter les médias en ligne, où ils pointent à l’avant-dernière position. Mais pas d’inhibition pour regarder la télévision et les vidéos en ligne. « Ils occupent d’ailleurs la première place dans ce domaine », indique la Commission.

Services publics : on tient la route

Le classement confirme par ailleurs que nos services publics en ligne se portent plutôt bien, même si notre 13ème rang – en recul de deux places par rapport à l’année dernière – ne nous classe pas parmi les champions européens. Cocorico cependant si l’on considère le nombre d’internautes qui utilisent les services en ligne des administrations : la France fait là partie des « top performers » (une moyenne de 48% contre 32% au niveau de l’UE).

Trois questions à Antoine Darodes, directeur de l’Agence du Numérique

 

Objectivement, ce classement n’est pas terrible, non ?

 

On n’en contredit pas les arguments mais la méthodologie est quand même discutable. Certes, on a peut-être en France une connectivité un peu plus faible que dans d’autres pays. Par contre, on paie aujourd’hui son abonnement Internet à moins de 40 euros, là où l’on doit débourser entre 60 et 70 euros en Allemagne par exemple. Cela est quand même un élément important dans l’accès à la connectivité. Mais le facteur « prix » ne s’est vu accorder qu’une toute petite pondération pour ce classement.

Après, c’est vrai que le niveau de connectivité est encore trop faible en France, et c’est bien la raison pour laquelle on a engagé le plan « France Très Haut Débit » (THD). Il nous a quand même déjà permis de passer de 27% de THD en 2012 à 45% fin de l’année dernière. Mais c’est un fait : il se passe beaucoup de temps entre le moment où l’on sème et le moment où l’on récolte. L’on sait très bien que tout ce qui a été engagé comme projets ces dernières années va commencer à produire ses fruits cette année. C’est le cas avec les prises FTTH [“Fiber to the Home”, Fibre optique jusqu'au domicile, Ndlr] en zones rurales. En Alsace, on a un projet à 450 000 prises, dans le Nord-Pas-de-Calais un projet à 600 000 prises.

 

Pourquoi la France progresse-t-elle moins vite que les autres pays européens ?

 

D’abord il y a la réalité du terrain. La dispersion de l’habitat est très différente dans d’autres pays. En France, on peut avoir un émiettement extraordinaire de l’habitat, alors que la ruralité en Allemagne, par exemple, se fait autour de bourgs assez densément peuplés. C’est une différence fondamentale.

On a aussi un historique différent. Le réseau cuivre qui a été déployé dans les années 70 en France est de bonne qualité. Ce qui a pu conduire à ne pas voir la nécessité de passer à de nouvelles technologies avant ce grand plan « très haut débit ». Au fond, ce bon débit nous a retardé pour basculer sur le THD. Si l’on cite souvent la Lituanie en exemple pour sa connectivité, c’est aussi parce qu’il y avait là un réseau de cuivre pitoyable qui a obligé à passer à la fibre optique dès les années 2000.

Alors c’est vrai, ils ont une étape d’avance. Mais on est sur un rattrapage progressif qui, finalement, grâce aux choix technologiques qui ont été opérés, nous fera passer à l’avant du classement. Dans d’autres pays, le « très haut débit » repose essentiellement sur un vieux réseau de cuivre. En France, sauf pour quelques opérations de montée en débit qui restent très minoritaires dans le cadre du plan THD, on va très majoritairement basculer sur le FTTH. Plus long, plus coûteux, plus complexe à déployer, mais un choix assumé. On n’est pas dans du bricolage, c’est un plan ambitieux qui verra se déployer partout, y compris dans les zones rurales, des infrastructures de pointe.

 

Un des gros points faibles, c’est l’usage des technologies numériques, spécialement par les PME. On est frileux en France ?

 

C’est un point que l’on a bien en tête – c’est pour cela que l’Agence du Numérique a été créée et ce n’est pas pour rien qu’un de nos pôles est dédié à la « société numérique ». On est assez convaincu que l’on ne pourra réussir cette révolution numérique que si l’ensemble de la population bascule, s’approprie, n’a plus peur de ces outils. C’est un programme que l’on est en train de préparer avec Axelle Lemaire [la secrétaire d’Etat chargée du numérique], qui sera lancé au printemps et qui vise l’acculturation au numérique de l’ensemble de la société. Pas que les jeunes, mais aussi les cadres, les retraités, la ménagère de 50 ans. Pour les entreprises, la DGE [Direction Générale des Entreprises du ministère de l’Economie] a lancé l’année dernière un programme qui vise justement à diffuser cette culture, y compris au sein de nos très petites entreprises. Il faudra encore probablement quelques mois avant qu’il ne produise ses effets, mais aujourd’hui le sujet est bien identifié et les mesures sont mises en œuvre.

Au sein de l’Agence, on réfléchit aussi à la mise en place d’un observatoire beaucoup plus fin pour bien comprendre où sont encore les freins à cette adoption généralisée de la révolution numérique. Sur quelles catégories d’âge, sur quelles catégories socio-professionnelles, quel type d’administration, localisation géographique, etc. Avec ce classement européen, l’on a une espèce de grosse photographie – pas inintéressante mais on n’a pas forcément les outils de compréhension des éventuels retards.

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Commentaires

2  |  réagir

10/03/2016 05h20 - Marc Duchesne

Pour qui, comme moi, baigne dans l’aménagement numérique du territoire, les explications données par le patron de l’Agence du Numérique sont quelque peu « légères ».
Ainsi, le faible taux de pénétration du #THD dans les entreprises françaises est peut-être dû à la tarification pratiquée par les opérateurs de service, dont l’opérateur historique lui-même…
De même, la diversité de l’habitat Français a bon dos, quand on sait que le dégroupage sur le Cuivre permet à Orange d’encaisser 8 euros par mois sur chaque abonnement ADSL souscrit chez ses concurrents. Dégroupage de la Fibre, quelqu’un ?…
Enfin, le Plan THD fixe l’objectif d’une couverture du territoire national à… 8-Mbps à horizon 2020. Pendant que la plupart des collectivités locales de taille moyenne (150.000 hab.) américaines déploient leurs propres réseaux FTTH Public à… 1-Gbit/s à l’Abonné…

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08/03/2016 02h59 - Henri Tanson

Bonjour;
pour vous suivre, il faut être convaincu que le progrès technologique, en l’occurrence numérique, est bon pour nous.
Economiquement, pas de doutes : le marché est juteux.
En ce qui concerne le progrès humain, on peut être un peu plus hésitant…
Les retombées sur la santé des rayonnements, sur le développement cognitif des enfants, sur la capacité de concentration des individus, etc…, sont à prendre en compte, il me semble…
Au risque de passer pour un réactionnaire, ne serait-il pas sage de réfléchir avant de s’engouffrer dans la brèche technologique qui oublie des éléments essentiels.
Quand je vois des tablettes wifi envahir les maternelles, je prends peur… Les enfants qui ont tous leur portable…
Pourrions-nous étudier, chaque fois que possible, des solutions qui permettraient de se passer du numérique, ou de minimiser son recours ?
Que ferons-nous si le soleil se décide à anéantir toutes nos installations numériques, en une seule éruption solaire ? Elle est où la sagesse humaine ? Pas là, certainement.
Il est trop tard, nous ne ferons jamais marche arrière, sans d’énormes problèmes; nous pourrions au moins avancer en sachant où nous allons…
Dommage qu’Isabelle Smets n’ait pas essayé, en une ou deux phrases, d’amener un minimum de réflexion dans son article.
Qui le fera ?
Je dis ça…

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