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Radicalisation religieuse

Menace terroriste : les collectivités misent sur la prévention

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la Une prévention-sécurité, Actu experts prévention sécurité, France

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Police Municipale, Ecole, Enghien, France © © Bertrand Holsnyder

Alors que l'état d'urgence est en vigueur depuis novembre 2015, bon nombre de villes font preuve de davantage de vigilance que par le passé et renforcent leurs politiques locales de sécurité. Mais, en parallèle de la réponse sécuritaire mise en œuvre et/ou soutenue par l'Etat, quelques élus et cadres territoriaux tentent d’apporter leur propre réponse. Sans angélisme face à la radicalisation susceptible de conduire à la violence et au terrorisme, ils prônent une prévention globale alliant politique de la ville, renforcement des dispositifs Jeunesse et lutte contre les discriminations.

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Lutte contre le terrorisme : le gouvernement somme les collectivités de prévenir la radicalisation religieuse

 

Chiffres-clés

  • 8 250

individus sont signalés comme islamistes radicalisés, en France, fin janvier 2016, d'après l'unité de coordination de la lutte antiterroriste.
Environ la moitié auraient été identifiés par les services de l'Etat et les acteurs locaux formés au phénomène, tandis que l'autre moitié auraient été signalés par leur entourage via la plateforme téléphonique dédiée (0800.005.696). 

Les attentats de 2015 ayant frappé Paris, Vincennes, Montrouge et Saint-Denis n’ont pas été sans incidence sur les politiques locales françaises. Si toutes les collectivités territoriales n’en sont pas à préparer un « plan communal de prévention du terrorisme », à l’instar de la ville de Cannes (73 300 hab., Alpes-Maritimes) accueillant de prestigieux événements, la plupart ont néanmoins renforcé leurs dispositifs de sécurité.

Outre la multiplication d’affichages préventifs, la déclinaison du plan national Vigipirate a engendré une plus grande surveillance des établissements recevant du public et un barriérage, voire une restriction, des accès scolaires.

« Nous n’avons plus aucun état d’âme : non seulement nous verbalisons les stationnements gênants devant les écoles, mais aussi nous demandons leur mise en fourrière immédiate », confirme Franck Boyer, directeur de la police municipale de Tours (134 800 hab.). « Les patrouilles en trinôme, les fouilles visuelles de sacs ou la vérification d’identité sont devenues quasi systématiques lors des manifestations sensibles », ajoute ce cadre territorial, qui ne peut plus ignorer « la potentialité qu’un uniforme soit la cible d’une agression » depuis l’assassinat, l’année dernière, de la policière municipale Clarissa Jean-Philippe.

Proximité

Si l’adjoint (PS) au maire de Cergy (59 200 hab., Val-d’Oise), chargé de la tranquillité publique et des cultes, dit comprendre que la question des moyens de protection – et, in fine, de l’armement – soit posée à de plus en plus d’élus, il refuse de « prendre pour prétexte les attentats afin d’accepter de vieilles revendications et réviser la doctrine d’emploi de la police municipale : nos agents ne sont pas des primo-intervenants se substituant aux policiers nationaux. Ils assurent un rapport direct, de proximité, avec la population; leur utilité réside bien plus dans la prévention. Le contexte terroriste actuel ne modifie pas tant leurs conditions d’intervention que le climat dans lequel ils évoluent », nuance Michel Mazars.

A Rennes (211 400 hab.) non plus, le renforcement de la sécurité ne s’est pas fait sous le coup de l’émotion. « Nous avons demandé à nos agents de faire preuve d’une extrême vigilance, tout en veillant à ne pas en rajouter par rapport au contexte dramatique que nous vivions, laissant croire de fait qu’il y avait des risques élevés sur notre territoire sans que ce ne soit réellement le cas », témoigne Gildas Le Guernigou, directeur général adjoint chargé de la tranquillité publique.

Car si un tabou semble s’être brisé, faisant rentrer la menace de radicalisation religieuse menant au terrorisme dans les radars des politiques publiques, ce phénomène est aussi sujet à fantasmes. « Des tensions naissent automatiquement, en interne comme dans le secteur associatif. Des comportements considérés jusqu’ici comme anodins deviennent, aux yeux de certains, suspects depuis les attentats », observe Fanny Dupuy, directrice du service « prévention-sécurité » de Clichy-sous-Bois (30 700 hab., Seine-Saint-Denis).

Déjà sensibilisés par leurs préfectures aux « signaux faibles » permettant de détecter tout changement suspect de comportements, certains coordonnateurs de conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) cherchent donc à rassurer et à impliquer leurs collègues : policiers municipaux, éducateurs de rue, travailleurs sociaux, animateurs, responsables associatifs et, plus globalement, tout agent en contact avec un public jeune. Reste alors à déterminer précisément le public-cible – qui parmi les acteurs locaux et municipaux en contact avec les jeunes ? – ou bien encore la forme de cette nouvelle offre de formation : conférences formelles, ateliers pédagogiques, jeux vidéos, etc.

« Construire du contenu pour les agents municipaux, les élus et les partenaires nécessite d’abord de se former soi-même » reconnaît volontiers la coordonnatrice du CLSPD de Cergy-Pontoise, Anne Rossinès, qui a bénéficié de plusieurs sessions organisées par le conseil départemental du Val-d’Oise et le réseau du Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU).

Formation

Pour l’heure, seule la ville de Sarcelles (57 500 hab., Val-d’Oise) – investie sur le sujet dès 2014 – a commencé à former ses cadres municipaux et certains acteurs locaux. « Etant donné que le processus de la radicalisation religieuse est complexe et évolutif, nous avons souhaité l’aborder sous le champ de la sociologie, du droit, de la théologie, ainsi que de la psychologie », raconte Farid Bounouar, directeur « prévention, sécurité et citoyenneté » et responsable du programme de prévention de la radicalisation.

Pour cela, il a lui aussi bénéficié de l’aide du FFSU ainsi que de l’universitaire Gilles Kepel ou du journaliste Mohammed Sifaoui. Son objectif : mettre les agents en capacité d’alerter, par exemple, sur des cas de prosélytisme ou de déscolarisation pour motifs religieux, dans la perspective assumée d’éviter d’éventuels basculements dans la tentation djihadiste.

Qu’elles favorisent la remontée d’informations en imitant l’initiative de Sarcelles ou bien en déconstruisant les a priori des classes populaires sur le numéro vert mis en place par le gouvernement, les stratégies des collectivités diffèrent. Encore faut-il, afin de pouvoir choisir une réponse proportionnée et adaptée aux besoins de sa population, être capable de qualifier et quantifier les cas locaux de radicalisation.

« Nous n’avons aucune visibilité sur l’ampleur du phénomène, dans la mesure où nous ne disposons d’aucune information policière ou judiciaire », regrette Sophie Le Bihan, correspondante « ville-justice » et référente sur le sujet à Montreuil (104 100 hab.).
« Pour des raisons systémiques bien plus qu’interpersonnelles, l’échange d’informations n’a pas été renforcé malgré la menace d’attentats, confirme Frédéric Attal, son directeur. Le clivage sur le niveau d’intervention pertinent perdure. Ignorant la capacité de la municipalité à briser l’isolement et à réinsérer certains jeunes fragiles, nos partenaires de l’Etat local nous disent que les services chargés de la sûreté du pays s’en occupent. »

Complémentarité

Là où l’échange d’informations avec la police nationale, les renseignements territoriaux ou la justice existait au préalable, il semblerait toutefois que le partenariat local se soit quelque peu raffermi. Le sujet est ouvertement abordé, y compris avec des acteurs d’ordinaire réputés peu collaboratifs, tels que l’Education nationale ou les services de prévention spécialisée.

« Nous expérimentons sur dix quartiers lillois une formation des acteurs locaux au diagnostic. Pour ne pas engorger les services de renseignements et ainsi gagner du temps, une évaluation déterminera s’il y a lieu de signaler et de déclencher une action régalienne ou si un accompagnement socioéducatif individualisé suffit », témoigne Slimane Kadri, directeur général d’Itinéraires, une association de clubs de prévention et, à ce titre, formateur du FFSU.

Complémentaire de la réaction purement défensive de l’Etat, une réponse globale – dépassant le simple enjeu de prévention de la radicalisation – semble en train de se structurer sur le terrain.
Au grand dam de la préfecture, « nous n’avions pas jugé nécessaire d’ajouter un tel volet lors de l’élaboration de notre stratégie territoriale de prévention de la délinquance. Et pour cause : nous estimons que la prévention de la violence, du décrochage scolaire, de la récidive comme les modules de citoyenneté ou le soutien à la parentalité y contribuaient déjà », se justifie Anne Rossinès, chargée de mission à Cergy.

« Les collectivités et l’Etat ne parlent pas le même langage. La réaction défensive, sécuritaire, afin de protéger la population contre de potentiels actes terroristes, peut se comprendre. Elle n’est pas incompatible avec l’objectif des maires de redonner de l’espoir et redynamiser le vivre-ensemble pour prévenir autant que possible ce phénomène. Mais il ne faut pas croire que les jeunes en voie de radicalisation viennent se déclarer en mairie ! Nous n’ordonnerons pas à l’imam bordelais Tariq Oubrou de réformer l’Islam, tout juste tenterons-nous de faire sortir certaines mosquées des caves et orienterons les jeunes déjà radicalisés que nous n’arrivons pas à réinsérer vers le Capri que nous avons co-fondé avec lui » explique Guy Hengen, directeur adjoint du développement social urbain et coordonnateur du CLSPD à Bordeaux.

C’est pourquoi un certain nombre de directeurs « prévention-sécurité » accueillent avec vigilance les nouvelles orientations 2016 du fonds interministériel de prévention de la délinquance, se méfiant des associations s’improvisant du jour au lendemain spécialistes de la prévention de la radicalisation. A l’habillage artificiel d’actions se contentant de répondre aux nouvelles consignes de l’Etat, eux privilégient un travail au long cours s’attaquant au fond des problèmes.

Résilience

Outre un renforcement des dispositifs classiques de prévention de la délinquance, un renouvellement de leurs politiques « jeunesse » contribuant à la résilience des individus fragiles ou une revivification du dialogue interreligieux, certains appellent également à lutter plus résolument contre le racisme et les discriminations. Objectif : ne pas donner de prise aux extrémistes victimisant les futurs candidats au djihad.

« Sans nier les problèmes ni dépeindre un monde de bisounours, il nous faut éviter de tenir des discours anxiogènes sur l’échec scolaire, le contexte économique désastreux ou la montée de l’intolérance. Alimenter le désespoir de jeunes déjà fragilisés est susceptible de favoriser une radicalisation », met en garde Anny Flacher, responsable du service « jeunesse » et coordonnatrice du CLSPD de Givors (19 600 hab., Rhône).

« Le meilleur programme contre la délinquance ou la radicalisation consiste effectivement à lutter contre toutes les failles et fêlures traversant nos sociétés », considère Mouloud Haddad, adjoint (FG) au maire de Bagneux (38 500 hab., Hauts-de-Seine), chargé de la tranquillité publique, de la citoyenneté et de la vie des quartiers.

Le faible nombre d’individus radicalisés à Bordeaux (243 600 hab.) serait « le fruit des différentes politiques menées depuis des années en matière de cohésion sociale ou de lutte contre les préjugés », affirme Isabelle Amicel, chargée de mission « égalité et citoyenneté » à la mairie.

Ce qui fait dire à Guy Hengen que la France parviendra à arrêter de former ses propres djihadistes en « redonnant de l’espoir à notre jeunesse. Trouver un sens positif à sa vie est la prévention de tous les mal-être, où qu’ils conduisent ».

Attentats 2015 : un virage pour la police municipale

Pour les policiers municipaux aussi, il y aura eu un avant et un après-attentats. Dès le mois de janvier 2015, au lendemain de l’assassinat de leur collègue de Montrouge, Clarissa Jean-Philippe, tombée sous les balles d’Amedy Coulibaly, les policiers municipaux obtiennent une série de mesures destinées à mieux les protéger.
Au programme : le cofinancement des gilets pare-balles, la mise à disposition de 4 000 revolvers de la police nationale, la généralisation du partage des fréquences radios et, seule mesure en attente, l’accès aux fichiers de police.

Vers une généralisation de l’armement ?

Sujet sensible, la revendication syndicale de généraliser l’armement est retoquée par l’Association des maires de France mais le ministère de l’Intérieur décide en juin d’en faciliter l’équipement dans une instruction aux préfets.
Certaines municipalités de droite qui n’étaient pas encore équipées d’armes à feu franchissent le pas. Tel est le cas de Marseille (855 400 hab.), dont la police municipale (PM) devient la première de France avec plus de 400 agents. Le mouvement gagne aussi – dans une moindre mesure – quelques villes de gauche, comme Lyon (330 agents, 500 700 hab.).

Au-delà des événements dramatiques de l’année 2015, qui ont sans doute joué un rôle catalyseur, l’évolution des PM est le reflet d’un renforcement des politiques locales de sécurité.
Selon le « baromètre des bourses de l’emploi public local » (FNCDG/ANDCDG), révélé en février 2016 par « La Gazette », le recrutement de policiers municipaux aurait augmenté de 24,2 % entre 2014 et 2015. Des chiffres jamais atteints par aucune autre filière de la FTP.

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