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[ENTRETIEN] Emploi

Formation de 500 000 chômeurs : « la gouvernance pose problème »

Publié le • Par • dans : France

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TUCHSZIRER - Carole-H © GAUTIER Stephane

Face à la demande de François Hollande pour plus de formations proposées aux chômeurs, certaines régions voudraient prendre en charge le service public de l’emploi dans son intégralité. Pour la socioéconomiste au Centre d'études de l'emploi Carole Tuchszirer, elles doivent d’abord gagner leur légitimité quant à la formation professionnelle.

 

Faisant face à la décision de François Hollande de lancer un plan de formation de 500 000 demandeurs d’emploi, les régions posent leurs conditions. Le 2 février, Manuel Valls a accepté de leur confier le pilotage de ce plan exceptionnel mais, certains présidents de région sont prêts à assumer davantage. Christian Estrosi, président (LR) de la région Provence – Alpes – Côte d’Azur, s’est ainsi porté volontaire pour prendre en charge le service public de l’emploi dans son intégralité. Pour la socioéconomiste Carole Tuchszirer, les régions doivent d’abord gagner leur légitimité quant à la formation professionnelle avant de prétendre à un plus large transfert de compétences.

Comment jugez-vous la coproduction entre l’Etat et les collectivités sur le plan de formation de 500 000 chômeurs ?

Cela paraît cohérent avec la décentralisation de ce secteur des politiques publiques et le rôle de chef de file des régions en matière de formation professionnelle des demandeurs d’emploi. On assiste à un jeu de dialogue entre l’Etat, les régions et les partenaires sociaux, ces derniers ayant négocié la mise en place d’un fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels qui est financé grâce à des ressources privées. Cette gouvernance très hétéroclite des politiques de formation professionnelle en France pose problème. Si l’Etat décidait d’un plan au niveau national, certaines régions accepteraient de dialoguer, quand d’autres, comme Auvergne – Rhône-Alpes, ne verraient pas pourquoi elles financeraient une politique décidée unilatéralement par l’Etat.

Quels sont les défis qui attendent les régions pour améliorer la formation professionnelle des demandeurs d’emploi ?

Selon moi, le problème réside dans l’accès à la formation professionnelle : seuls 10 à 12 % des chômeurs entrent dans un dispositif de formation. C’est bien trop peu. On ne prescrit pas assez de formations ! En cause, sans doute, le peu de lisibilité de l’offre de formation pour les conseillers « emploi » qui peinent à avoir une vision globale sur leur territoire. Il revient aux régions de rendre le marché plus lisible.

Ensuite, il existe au niveau infrarégional certains bassins d’emploi où l’offre de formations ne tombe jamais. Il faut que les régions parviennent à mailler correctement leur territoire pour que la formation soit dispensée là où les besoins sont les plus aigus. Enfin, les régions doivent être en mesure d’animer un dialogue social territorial avec toutes les parties prenantes : partenaires sociaux, branches professionnelles, missions locales, conseils départementaux, secteur de l’insertion par l’activité économique…

Pensez-vous souhaitable de territorialiser le service public de l’emploi (SPE) ?

La loi « Notre » suppose que l’emploi reste une prérogative de l’Etat mais il est possible pour les régions d’expérimenter le rôle de chef de file du SPE, hors Pôle emploi. Or le SPE, hors Pôle emploi, se réduit à une portion congrue. Je n’en vois pas très bien l’intérêt, si ce n’est d’accorder un petit plaisir aux régions. Sur le seul champ de la formation professionnelle, pourtant régionalisé depuis plusieurs années, les régions ont déjà du mal à faire valoir une position légitime.

Attendons qu’elles fassent leurs preuves sur la formation professionnelle avant d’étendre leurs prérogatives aux politiques d’emploi. En période de chômage massif, cela serait déstabilisant pour les chômeurs comme pour le personnel en charge du service public de l’emploi. Il y aurait tout un travail de pédagogie à faire. Car beaucoup de petites structures préfèrent dépendre de l’Etat plutôt que des régions.

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  1. 1. Concerné 07/03/2016, 14h34

    Sans vouloir mettre en cause les compétences de Mme Tuchszirer, je souhaiterais faire part d'une expérience concernant les formations.

    Je connais très bien une personne en recherche active d'emploi qui s'est vue refuser une formation au motif que le prix de la journée était supérieur aux frais qui sont considérés "normaux".

    Cette situation est ubuesque. Ne serait-il pas possible que PE conventionne avec les organismes de formation... en demandant une réduction.
    Non, on laisse alors le chômeur faire ce qu'il souhaite; à ses frais.

    Ladite personne voulant absolument trouver du travail a donc décidé de financer les deux semaines de stage qu'elle avait trouvé.
    C'est un peu surréaliste!

  2. 2. BOAZ 04/03/2016, 12h38

    Étonnantes réponses...

    Les régions ont déjà fait leurs preuves en matière de formation. Formation qui relève de leurs compétences depuis de nombreuses années. Il faut souligner la pertinence des actions menées par les Conseils régionaux qui bénéficient d'une vision globale des besoin de qualifiacation.

    L'emploi est directement lié au développement économique qui relève des régions. Aussi, il parait tout à fait intéressant voire souhaitable que le régions intègrent l'ensemble de la logique économie, travail, formation.

    Le service public de l'emploi géré depuis Paris a fait la démonstration de sa totale inefficacité.

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