Risques naturels

Lutte contre les inondations : ces alternatives qui font leurs preuves

Par • Club : Club Techni.Cités

La Gemapi est l’occasion d’identifier des solutions novatrices. Celles-ci intègrent la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, deux problématiques trop longtemps traitées séparément.

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Digues : des ouvrages à utiliser avec modération

C’est un cas d’école ! En 2003, Raymond Courderc, alors maire de Béziers (Hérault), renonçait à endiguer le quartier du Faubourg. Les 3000 personnes qui y vivent sont confrontées, tous les cinq ans en moyenne, aux inondations de l’Orb.

L’Etat avait validé la faisabilité d’un ouvrage de premier rang, haut par endroits de près de quatre mètres, pour protéger le quartier des crues centennales. Mais, hasard du calendrier, une digue a cédé à Aramon (Gard) en septembre 2002, faisant cinq victimes. Le projet a alors semblé trop risqué au maire.

Ainsi, la ville a opté pour des aménagements qui favorisent l’hydraulicité du fleuve et en a confié la maîtrise d’ouvrage au syndicat intercommunal de travaux pour l’aménagement de l’Orb entre Béziers et la mer.

 

Des travaux en deux phases

« La première tranche de travaux (2007-2009) a consisté à dégager cinq arches du pont Vieux, obstruées au fil du temps par l’homme, ce qui a permis de récupérer 130 m2 de surface d’écoulement. La seconde, qui s’est achevée en novembre 2015, a reprofilé les berges du fleuve, détaille l’ingénieur hydraulicien Pierre Enjalbert. Nous avons notamment supprimé les obstacles aux écoulements, optimisé voire agrandi toutes les arches existantes des ponts en place (cinq) et construit des murs de soutènement pour homogénéiser toute la traversée de la ville. »

Coût global des travaux : près de 5 millions d’euros HT, financés par le plan d’action de prévention des inondations (Papi).

 

Réhabilitation

Par le passé, l’eau envahissait le quartier pour une crue de 600 m3/seconde. Les travaux ont permis de pousser les capacités hydrauliques de l’Orb a 1 200 m3 /seconde, ce qui correspond à la crue décennale. « L’Orb a connu plusieurs crues en novembre 2014, on a dépassé les 1 250 m3/s, mais il n’y a pas eu d’eau dans le Faubourg », se félicite Pierre Enjalbert.

Pour une occurrence cinquantennale, le niveau d’inondation dans le quartier devrait être réduit de moitié, mais ces travaux n’auront que peu d’impact en cas de crue centennale, qui mobilise l’ensemble du lit majeur.

« Cette opération a été l’occasion de réhabiliter la rive droite du fleuve, qui s’apparentait jusqu’alors à un no man’s land, et aux riverains de se la réaproprier, ajoute Pierre Enjlabert. Nous avons profité des surfaces dégagées pour créer un cheminement doux sur les berges ainsi qu’un espace de détente, le tout remettant en valeur le pont Vieux, l’un des monuments historiques et emblématiques de la ville. »

 

Sortir de la défense

Une autre stratégie de gestion du risque d’inondation est possible, l’exemple de Béziers en atteste. Sortir de la défense à tout prix est même indispensable car, avec le changement climatique, les digues vont être davantage sollicitées, au risque de rompre, sous l’effet de la hausse du niveau de la mer, de la multiplication des tempêtes et des crues.

Dans la Manche, le territoire de la communauté de communes de la baie du Cotentin est particulièrement exposé au risque de submersion. 17 kilomètres de digues maritimes et, à l’intérieur des terres, un système d’ouvrages de portes à flots le protègent des assauts de la mer.

Entretien coûteux

« Nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe avec des victimes, s’inquiète Pierre Aubril, vice-président de l’interco. Il suffirait d’une tempête, avec un gros coefficient de marée et un fort vent de nord-est, pour qu’une digue cède, alors que des zones sont habitées juste derrière. C’est d’autant plus inquiétant que les gestionnaires de ces ouvrages, des associations de propriétaires privés (ASA), n’arrivent plus à suivre depuis que l’Etat a cessé de leur apporter un soutien financier et en ingénierie. »

Il faut dire que l’entretien d’une digue coûte cher : de 150 000 à 200 000 euros du kilomètre par an.
« Chacun bricole dans son coin et intervient avec les moyens du bord quand il y a une brèche, poursuit Pierre Aubril. La mer occupait ce territoire avant que l’on y construise des ouvrages de défense. Nous ne pourrons pas tenir partout. Nous devons nous saisir de la Gemapi pour créer une instance de décision susceptible de mettre en place une stratégie cohérente de gestion des digues à la fois territoriale, politique, technique et financière. »

 

Gestion différenciée

De fait, cette compétence est l’occasion de changer de mode de défense contre la mer et les inondations.

« Des solutions existent pour résoudre beaucoup d’ennuis liés à l’érosion et aux effondrements de digue, indique Laurent Roy, directeur général de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse [RMC]. Elles intègrent la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, deux problématiques trop longtemps traitées de manière distincte. »
L’agence de l’eau RMC détaille à l’attention des collectivités ces solutions dans un document publié en mai 2015.

Elle préconise d’abord de limiter l’usage des ouvrages de protection contre les crues aux secteurs où les enjeux humains sont importants ainsi que d’accroître les champs d’expansion de crue dans les secteurs peu aménagés pour stocker l’eau et limiter l’impact des inondations en aval. Cette gestion différenciée des digues exige d’agir à l’échelle du bassin versant.

 

Recul des ouvrages

Ensuite, dans les zones à aléa moyen déjà endiguées, les auteurs de cette note proposent de reculer les ouvrages par rapport à la rivière : « Les aménagements nécessaires de protection sont de taille inférieure, les eaux et les sédiments peuvent circuler dans un espace élargi : le niveau de l’eau et la vitesse du courant sont ainsi réduits. Les contraintes subies par les digues, sollicitées uniquement en période de crue, sont amoindries, tout comme les coûts d’entretien. »

A Taninges (Haute-Savoie), le coût de la réfection de la digue actuelle des Thézières a été estimé à 3 millions d’euros contre 1,2 pour un recul de l’ouvrage, soit une économie de près de 2 millions d’euros.

Reste à faire accepter cette solution par la population. A Béziers, les habitants du Faubourg, habitués à vivre avec les crues, ont approuvé le projet.

 

L’expert

Jean-Baptiste Butlen, sous-directeur de l’action territoriale et de la législation de l’eau au ministère de l’Environnement : « Des syndicats mixtes de bassin versant pour organiser la solidarité territoriale »

« L’exercice de la compétence Gemapi, dévolue au bloc communal, doit être appréhendé à l’échelle du bassin versant, au-delà des seules limites administratives. Le législateur encourage à ce titre les EPCI à fiscalité propre à se regrouper au sein de syndicats mixtes de bassin versant pour garantir la cohérence hydrographique des interventions et la gestion des équipements structurants du territoire, et organiser la solidarité territoriale : les établissements publics d’aménagement et de gestion de l’eau (Epage), à l’échelle du sous – bassin versant, et les établissements publics territoriaux de bassin (EPTB), à l’échelle des groupements de sous – bassins versants. Ils pourront, ce faisant, leur transférer tout ou partie de cette compétence sur tout ou partie de leur territoire. »

 

Quand la création d’une zone d’expansion de crue protège des inondations un village en aval

La rivière de la Bourre, dans le Nord, provoquait des inondations récurrentes sur l’aval de son bassin versant et notamment à Merville, où 500 personnes avaient régulièrement les pieds dans l’eau. Afin de limiter ces débordements, l’union syndicale d’aménagement hydraulique du Nord (Usan) est devenue maître d’ouvrage pour la réalisation d’une zone d’expansion de crue d’environ 550 000 m3 en amont de la rivière, où elle était endiguée. Les travaux, lancés en 2013, se sont achevés en octobre 2015. Les digues existantes ont été arasées sur plus de 1,5 km pour laisser la rivière déborder. D’autres ont été construites autour du champ d’expansion de crue afin de contenir l’inondation.

« Cet aménagement annule les débordements lors des crues courtes (1 jour) d’occurrence centennale, expose Valérie Lorenski, directrice de la stratégie environnementale et foncière à l’Usan. Il supprime aussi les inondations dues à des crues longues (4 ou 5 jours) d’occurrence vicennale. » Les travaux (6 millions d’euros) ont été financés par l’Europe (50 %), l’Usan (20,6 %), la Dreal, l’agence de l’eau Artois-Picardie et la région Nord – Pas-de-Calais.

 

La suppression de remblais pour limiter les débordements dans les zones urbanisées

Pour protéger des terres agricoles situées dans son lit majeur, la rivière de la Garde, dans le Var, a été corsetée par des remblais il y a une trentaine d’années. Depuis, des habitations, un complexe sportif et une zone artisanale ont colonisé ces espaces inondables. « Les digues empêchent le cours d’eau de gagner ses zones d’expansion de crue y compris sur des secteurs à faibles enjeux agricoles ou naturels, note Benjamin Van Lunsen, chef du service cours d’eau de la communauté de communes du golfe de Saint-Tropez. Il déborde sur la rive opposée, où sont installés les espaces urbanisés, inondés à chaque crue décennale. » L’interco a lancé une étude afin de déterminer un scénario d’aménagement pour rétablir le bon fonctionnement de la Garde. Ont été prises en compte l’efficacité hydraulique et morphologique, la vulnérabilité et l’analyse coûts-bénéfices.
« Nous avons choisi de supprimer les remblais empêchant le cours d’eau de gagner ses zones d’expansion de crue et de construire sur la rive opposée une digue en retrait pour protéger les zones urbanisées jusqu’à une crue centennale », précise le chef de service. Les travaux, qui devraient débuter en 2018, coûteront 6 millions d’euros, dont 3,2 financés par l’agence de l’eau RMC.

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