Risques naturels

Digues : une arme à double tranchant

| Mis à jour le 03/03/2016
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Les digues sont des ouvrages dont la rupture peut s’avérer catastrophique, comme l’ont montré plusieurs drames récents.

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Digues : des ouvrages à utiliser avec modération

René Marratier, l’ancien maire de La Faute-sur-Mer (Vendée), jugé pour homicides involontaires, ira-t-il derrière les barreaux ? La cour d’appel de Poitiers rendra son arrêt le 4 avril prochain. L’avocat général a requis quatre ans d’emprisonnement, dont deux ferme, ainsi qu’une interdiction d’exercer définitivement toute fonction publique.

En première instance, l’élu avait été condamné à quatre ans de prison ferme. « On a les digues, elles sont faites pour ça, pour protéger la population », s’est-il défendu lors de son procès en appel qui s’est achevé le 2 décembre 2015. « Je n’aurais jamais pensé que ça passerait au-dessus, qu’il y aurait une telle submersion ! »

C’est pourtant ce qui s’est produit dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 février 2010, lorsque la tempête Xynthia a frappé le littoral vendéen, tuant 29 personnes à La Faute-sur-Mer.

Mise en danger

D’autres événements dramatiques récents sont eux aussi venus mettre en évidence la dangerosité des digues. Cinq personnes ont été tuées à Cuxac-d’Aude, en novembre 1999, lorsque le remblai SNCF qui jouait le rôle de digue a cédé sous les assauts du fleuve. Un même bilan dramatique est a déplorer à Aramon, dans le Gard, après la rupture d’une digue, en septembre 2002.

La France compte 9 200 kilomètres de digues fluviales et maritimes recensées par l’Etat. « Elles défendent plusieurs millions de nos concitoyens et plusieurs centaines de milliers d’entreprises, des réseaux ainsi que des infrastructures publiques indispensables à la vie des territoires », souligne Stéphanie Bidault, directrice du Centre européen de prévention du risque d’inondation (Cepri).

Arme à double tranchant

Toutefois, elles apparaissent comme une arme à double tranchant. « Elles protègent les terrains lors des crues faibles ou moyennes, mais elles les mettent en danger lors d’événements forts ou extrêmes, ou si elles sont en mauvais état », prévient Gérard Degoutte, ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts, coordinateur de l’ouvrage « Les déversoirs sur les digues fluviales » (1).

« La rupture provoque alors une onde de crue plus brutale que celle qui se serait produite sans la digue », poursuit-il. Le risque est d’autant plus important que l’ouvrage crée un sentiment de sécurité trompeur parmi la population située dans les zones protégées.
Les catastrophes successives ont conduit les pouvoirs publics à renforcer progressivement la réglementation sur les digues, qui sont considérées comme des ouvrages de danger depuis 2007 (2). La structuration d’une maîtrise d’ouvrage chargée de leur gestion permanente est l’un des principaux enjeux de loi « Maptam » du 24 janvier 2014.

Les intercos en première ligne

Ce texte instaure une nouvelle compétence de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (Gemapi) qu’il attribue aux établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre.

Communautés d’agglomération, communautés urbaines et métropoles devront l’exercer obligatoirement à compter du 1er janvier 2018.

« Les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour imposer l’exercice de cette nouvelle compétence », dénonçait l’Association des maires de France (AMF) en février 2015.

Et l’AMF de s’inquiéter notamment « des conditions de mise en œuvre de la responsabilité nouvelle pesant sur les élus locaux et s’ajoutant à la responsabilité du maire au titre de ses pouvoirs de police ».

Le récent jugement prononcé en première instance à l’encontre de l’ancien maire de La Faute-sur-Mer a de quoi inquiéter les élus…

Dossier
Commentaires

2  |  réagir

03/03/2016 02h12 - Rémy PETIOT

L’urbanisation côtière en Vendée derrière les digues est une hérésie totale, pas besoin d’être devin ni du pays pour savoir ce qui risquait de se passer. La seule raison est la plus-value foncière pour les propriétaires et l’intérêt des entrepreneurs pour les aménagements et constructions, avec la bénédiction des élus bien entendu et l’inertie du Préfet.
Depuis la décentralisation, les actions du Préfet sont très faibles, l’élu local n’a aucun mal à maintenir son point de vue et retarder au maximum l’élaboration des PPRI. En attendant l’approbation et la transcription dans les PLU, tout se construit n’importe où et au plus vite.

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02/03/2016 07h25 - sirius

Les maires ,appuyés par l’administration, ont longtemps choisi les digues . Accepter dans les POS de ménager les zones d’expansion des cours d’eau c’était limiter les constructions ,et cette solution ne satisfaisait pas leur ambition de voir leur commune toujours plus importante .
Aujourd’hui encore combien de PLU prennent en compte ce problème majeur ?

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