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Tiers-lieux

Les fab labs cherchent leur modèle économique

Publié le 25/02/2016 • Par Margaux Lannuzel • dans : France

fab lab
Flickr CC by Maciej Wojnicki
Ces espaces d’innovation et de fabrication numérique que soutiennent certaines collectivités peinent parfois à perdurer. La clé de leur survie ? Plus d’autonomie, grâce à la diversification des sources de revenus : aides publique et privées, formations payantes, services aux entreprises locales…

Le 4 janvier, l’Atelier de Beauvais fermait ses portes, treize mois après son ouverture. Équipé de nombreuses machines numériques, ce fab lab – de l’anglais “fabrication laboratory” – devait sensibiliser le public aux enjeux de la fabrication numérique et permettre aux entrepreneurs d’innover, en créant de nouveaux objets.

Mais l’état des finances du conseil départemental de l’Oise, jugé “désastreux” par son président Edouard Courtial (LR), élu en mars 2015, a fait basculer le sort de cet espace de fabrication numérique. En 2014, la collectivité avait pris en charge l’intégralité de son financement : 300 000 euros. Totalement gratuit, employant six salariés, il figure un an plus tard au rang des projets abandonnés par la nouvelle majorité, car considéré comme trop peu efficace.

« Ne pas dépendre d’un coup politique ou d’un effet de mode »

Comme l’Atelier, certains fab labs sont soutenus par les collectivités locales lors de leur création. Carole Thourigny, directrice du 8 Fab Lab, dans la Drôme, explique : “Au lancement du projet, en mai 2014, nous étions à 80 % de financement public et 20 % d’autonomie.”

Ce financement public était assuré pour un tiers environ par les collectivités, principalement le conseil départemental, et, pour le reste par l’Etat. En 2013, le 8 Fab Lab faisait en effet partie des quatorze ateliers de fabrication numérique retenus par le gouvernement pour bénéficier d’une aide au développement, d’un montant global de 2,2 millions d’euros. Carole Thourigny affiche un objectif : inverser le ratio d’ici 2019 et atteindre 80% d’autonomie, grâce à un modèle économique sur cinq ans.

Philippe Garenc, responsable du Fab lab du Centre européen de recherche et de formation aux arts verriers (Cerfav), en Meurthe-et-Moselle, abonde : “La clé d’un modèle économique qui perdure, c’est le multi-financement, pour ne pas dépendre d’un coup politique ou d’un effet de mode.

« Formation, mises à niveau ou prestations spécifiques »

Reste à trouver les bons moyens d’autofinancement. “Au départ, on imaginait proposer aux entreprises de louer le fab lab pour une journée ou deux”, raconte Romain Chefdor, chef de projet au sein de Manche numérique, qui gère le Manche Lab, un fab lab itinérant installé dans une caravane. “Mais elles n’étaient pas prêtes, il n’y avait pas de dynamique.” C’est finalement en proposant ses services aux collectivités, pour sensibiliser le grand public aux outils  numériques, que Le Manche Lab a atteint équilibre.

D’autres parviennent néanmoins à travailler avec les entreprises locales. “En collaboration avec l’agence de développement économique territorial, nous les recevons pour des séances de formation, des mises à niveau ou des prestations spécifiques”, expose Philippe Garenc, du Cerfav.

Au-delà de ces prestations ponctuelles, des PME peuvent prendre part au financement des projets. Le 8 Fab lab est ainsi géré par une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), qui compte 65 membres, dont plusieurs entreprises. L’une d’entre elles  lui a même fait don de trois machines.

En outre, contrairement à celui de Beauvais, la plupart des fab labs facturent l’accès des machines aux particuliers, via un système d’abonnement, ou à chaque usage. La semaine est alors divisée entre des plages d’ouverture au public et d’autres réservées à la formation ou aux prestations privées.

Subventions de fondation

À Brest, le fab lab Les Fabriques du Ponant” a reçu 120 000 euros de la part de la région Bretagne lors de sa création. De quoi couvrir l’investissement de départ, mais pas le budget de fonctionnement du lieu, qui s’élève à 100 000 euros par an, dont 10 % sont couverts par la métropole brestoise.

“Ensuite, nous recherchons les appels à projets des collectivités territoriales et des fondations”, explique le responsable de cet espace, Antony Auffret. “Il faut aller voir les partenaires à chaque fois, les convaincre. En 2014 et 2015, on est arrivé à l’équilibre comme ça, même si le modèle n’est pas très stable.”

D’autres financements émanent de fondations privées, comme le programme FabLabs solidaires de la fondation Orange, qui aide des jeunes en situation de décrochage scolaire en les sensibilisant aux enjeux du numérique. En Meurthe-et-Moselle, le fab lab du Cerfav a ainsi reçu 30 000 euros.

S’inscrire dans un écosystème

“L’une de nos forces est l’intégration du fab lab au Cerfav”, affirme Philippe Garenc. Lorsque le centre de recherche est sollicité pour la création d’un prototype en verre, cela passe désormais par le fab lab. “Nous sommes montés en compétence grâce à lui. Il est intégré dans une structure, ce qui le rend durable.”

La gestion du personnel peut aussi être un facteur de pérennité. En formant des “fab managers” au sein de chaque espace public numérique (EPN) du département, qui ne sont mobilisés que lorsque la caravane fait halte dans leur zone, le syndicat Manche numérique s’est ainsi évité tout salaire fixe. Si aucun ne peut prétendre détenir la recette économique miracle, une certitude : l’avenir sourira aux fab lab plus ingénieux.

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Commentaires

Les fab labs cherchent leur modèle économique

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José Relland

26/02/2016 10h23

Merci de cette excellente vision et synthèse. Cette vision nous inspire dans la création de notre fablab (Troyes Aube Fablab) et aussi pour sa pérennité.
Par exemple, nous cherchons à proposer des animations (indemnisées) auprès de structures recevant le grand public (comme les bibliothèques, médiathèques…). Nous espérons ainsi faire connaître le numérique au plus grand nombre, augmenter notre visibilité et peut-être recruter nos futurs membres et animateurs.

Omar Mottège.

26/02/2016 07h42

Très bon article. Intéressant et riche d’exemples concrets, aucun doute qu’il est inspirant pour ceux qui vont de l’avant.

Merci à vous, je vous relirai avec plaisir.

Michel Nizon

08/03/2016 09h09

Ces imprimantes 3D ont trouvé leurs limites auprès du grand public, malgré des prix de plus en plus abordables de quelques centaines d’euros. Le fossé en terme de valeur d’usage est encore trop grand, entre l’objet en plastique sorti de l’imprimante 3D, et son original fabriqué en série dans une usine chinoise.

Le seul réel débouché de ces imprimantes 3D, est pour l’instant la réalisation de prototypes, avant la production en grande série. C’est plus un usage d’expérimentation que de substitution. Les objets ainsi réalisés, dans un plastique peu agréable à l’odeur ou au toucher, restent le plus souvent dans un tiroir, et n’ont pas réussi à s’insérer dans notre vie quotidienne, comme espérés par ses promoteurs enthousiastes.
La survie puis le développement des fablabs pourraient venir des nouvelles imprimantes 3D laser qui utilisent les matériaux de la vie quotidienne.
Mon analyse complète à travers la campagne de Crowdfunding de la glowforge :
http://www.michelnizon.com

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