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Grand Paris

[Exclusif] Grand Paris : les leçons du Grand Londres

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, Dossiers d'actualité, Régions

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Londres © Flickr CC by nd Altug Karakoc

Si la gouvernance resserrée de la capitale britannique constitue un plus pour les investisseurs, son incapacité à maîtriser les prix du logement finit par grever sa croissance. Telles sont les principales conclusions d’une étude menée par des pensionnaires de l’INET pour le compte de la mission de préfiguration de la métropole du Grand Paris. Des travaux dévoilés en exclusivité par La Gazette.

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Cet article fait partie du dossier

Grand Paris : un débat capital

 

Chiffres-clés

Agenda : 22 juin

Ne manquez pas la conférence Grand Paris organisée par la Gazette : comment relever les défis institutionnels, financiers et économiques de la nouvelle métropole.

Programme et inscription

Exit, les collectivités hexagonales. Un sextet d’élèves administrateurs(1) a pris l’Eurostar pour explorer le Grand Londres. Menés sous l’égide de la mission de préfiguration de la métropole du Grand Paris (MGP), leurs travaux embrassent large, de la gouvernance au développement économique en passant par les effets de l’organisation des jeux Olympiques et le logement.

Sans constituer un exercice de benchmarking en bonne et due forme, ils se révèlent riches en enseignements pour la région capitale française. Loin des postures idéologiques, les pensionnaires de l’Institut national des études territoriales (INET) brossent un tableau contrasté du Grand Londres, à la fois conquérant en matière de transport ou de renouveau urbain, mais aussi en proie à une gentrification qui finit par grever sa croissance. Revue de détails.

Une organisation allégée

Là où la capitale française compte cinq couches de gouvernance locale (la commune, l’intercommunalité, le département, la métropole et la région), sa rivale britannique n’en affiche que deux.

A mi-chemin entre les municipalités et les nouveaux établissements publics territoriaux de la petite couronne parisienne, les 32 boroughs et la City of London exercent des compétences de proximité.

Ressuscitée en 2000 après avoir été éradiquée sous Margaret Thatcher en 1986, l’autorité métropolitaine, désormais appelée Greater London Authority, se concentre sur la planification dans sept domaines-clés :

  • transport ;
  • développement économique ;
  • logement ;
  • aménagement ;
  • environnement ;
  • culture ;
  • inégalités d’accès aux soins.

Dotée d’une administration particulièrement agile (pas plus de 650 personnes), le Grand Londres doit cependant œuvrer avec des filiales parfois jalouses de leur autonomie, comme l’agence métropolitaine Transport for London. Par ailleurs, il n’a pas autorité sur les boroughs.

Un maire puissant

Contrairement au président de la nouvelle métropole du Grand Paris, désigné au second degré, le maire du Grand Londres est élu au suffrage universel direct. Son assemblée métropolitaine est composée de seulement 25 élus, contre 209 pour la métropole française.

« Le pouvoir de parler du maire est son pouvoir le plus fort. Les outils sont secondaires », analyse une source des élèves administrateurs de l’INET. Il détient le « megaphone power ». Le premier maire du Grand Londres nouvelle manière, le travailliste Ken Livingstone, possédait une légitimité et une surface politique plus étendue que le président de la métropole du Grand Paris, Patrick Ollier (LR).
Parmi ses réalisations : un péage urbain contesté par les habitants de la périphérie et bien sûr, la candidature victorieuse aux jeux Olympiques de 2012.

Comme son prédécesseur, le conservateur Boris Johnson fait preuve d’indépendance vis-à-vis du pouvoir central, comme en témoigne, ces derniers jours, son soutien au Brexit. Patron d’une métropole mondialisée, il incarne aussi par son audience planétaire une nouvelle forme de dépassement des Etats-Nations.

Une politique business friendly

Comme à Paris avec la CCI et le MEDEF, le discours pro-métropolitain est, avant tout, porté à Londres par les acteurs économiques.

Jadis surnommé Ken le Rouge, Livingstone s’y est montré particulièrement sensible. Il s’est parfaitement fondu dans les standards du New Labour de Tony Blair, nommant des figures de la City à l’agence London First chargée de la promotion des intérêts de la ville.

L’organe principal pour le développement économique, London Enterprise Panel, repose, lui, sur un partenariat public-privé. Parmi ses membres, règne une parité de principe entre les chefs d’entreprise et les fonctionnaires du Grand Londres.

A leurs côtés, le patron de la métropole s’affirme comme une tête de gondole. « Les organisations de lobbying communiquent auprès du maire pour que celui-ci défende les intérêts de la ville. Le maire devient le lobbyiste des lobbyistes », éclaire l’étude des élèves de l’INET pour le compte de la mission de préfiguration de la MGP.

Un mode d’organisation érigé en modèle dans le monde français des affaires, mais qui a le don d’agacer le président de la MGP Patrick Ollier. « Si les investisseurs veulent un Grand Londres, qu’ils aillent à Londres », fulmine-t-il dans La Tribune.

Un effet JO

C’est, avant tout, la fin de la fragmentation institutionnelle et la résurrection du Grand Londres qui ont permis, en 2005, à la capitale britannique de décrocher l’organisation des Jeux Olympiques de 2012.

Pour le CIO, il n’y avait pas photo avec la candidature de la capitale française. Celle-ci était jugée passéiste et strictement parisienne pour le village olympique. Une impression renforcée par la relecture des dossiers présentés en 2005.

Là où le petit Paris se contentait de rappeler « la longue relation que la France entretient avec l’olympisme », le Grand Londres mettait sur orbite un projet global visant à transformer la ville et à doper son réseau de transport. En bonne place : la régénération d’un secteur de 200 hectares dans l’Est de la ville- monde.

Malgré la crise de 2008, qui a durement frappé une capitale britannique sous l’emprise du monde de la finance, le Grand Londres a surfé sur l’effet JO. Et su mobiliser l’Etat.
« Les sommes consacrées par le gouvernement au transport de Londres ont augmenté de 800 % en moins de 10 ans », relève l’étude de l’INET. Un effort sans commune mesure avec les montants consacrés à l’amélioration du réseau ferroviaire francilien, jugés insuffisants par la Cour des Comptes elle-même.

Plus globalement, la réussite londonienne de 2005 met en lumière l’absence cruelle de leadership au sein de la métropole parisienne. Si l’autorité de la maire de Paris et première vice-présidente de la MGP en charge des relations internationales et des grands évènements pour porter la candidature de la capitale française aux JO de 2024 ne souffre guère de contestation, sa légitimité politique s’avère précaire.
Anne Hidalgo (PS) doit en effet composer avec des maires de petite couronne et une région majoritairement ancrés à droite.

logements à Londres

1331 euros de loyer en moyenne

Les chiffres donnent le tournis. En dix ans, les prix d’achat d’un logement ont augmenté de 94 % dans le Grand Londres. Le loyer moyen représente, lui, 1 038 livres, soit l’équivalent de 1 331 euros et de la moitié du salaire moyen des Britanniques.

Face à cette crise endémique, les acteurs publics affichent leur volontarisme. Mais leurs moyens se réduisent comme peau de chagrin. De nombreuses agences d’Etat ont plié boutique.
Les dotations d’Etat, qui, dans une Grande-Bretagne encore très centralisée, représentent 75 % des ressources des collectivités, ont diminué de manière drastique : de l’ordre de 20 à 30 % selon les cas.

Résultat, les boroughs se trouvent « en situation de dépendance face aux promoteurs » : « C’est en acceptant les projets les plus rentables pour les promoteurs qu’ils peuvent espérer obtenir des contreparties pour financer la production d’équipements et de services publics », jaugent les élèves administrateurs. « Les politiques nationales actuelles de logement se rapprochent d’un vol public organisé », va jusqu’à lâcher l’un de leurs interlocuteurs.

Rien, ces dernières années, n’est venu sérieusement entraver la gentrification de la capitale britannique. Une situation qui ne laisse pas d’inquiéter les acteurs économiques.

Une enquête réalisée par Confederation of British Industry est, à cet égard, particulièrement éclairante. 70 % des entreprises londoniennes y estiment que le prix du logement est un frein majeur à la croissance. Selon cette étude de 2010, le niveau des prix coûterait « entre 15 et 35 milliards de livres au cours de la prochaine décennie ».

« La crise du logement, analyse les pensionnaires de l’INET, réduit la capacité de la ville à attirer des personnes qualifiées, en particulier dans les domaines moins rémunérateurs que la finance, comme les domaines créatif ou scientifiques. Elle peut peser sur la diversité de l’économie londonienne et sa résilience face aux crises, notamment financières. Les acteurs privés réclament une coordination centrale des pouvoirs publics pour construire davantage de logements. »

Références

L'étude

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  1. 1. Rémy PETIOT 25/02/2016, 21h04

    La gestion du foncier n"est pas plus efficace à Londres qu'en France où rien n'est fait pour que la plus-value foncière soit maîtrisée et attribuée au budget public qui la génère par le classement des terrains constructible.

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