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Prévention spécialisée

Les éducateurs de rue menacés de disparition

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, Actu experts prévention sécurité, France

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educateurs prevention specialisee © France 3

Parents pauvres de la protection de l’enfance et victimes de la saignée des départements, les associations de prévention spécialisée subiront en 2016 des coupes budgétaires qui pourraient leur être fatales. Une disparition programmée qui entre en contradiction avec la volonté du gouvernement de s’appuyer sur cette forme originale de travail social pour prévenir la radicalisation religieuse.

 

Chiffres-clés

  • 3 000 éducateurs de prévention spécialisée

Le métier souffre depuis plusieurs années d’une crise des vocations, en raison de l’incertitude des débouchés.

  • 250 associations ou clubs 

Ce sont les principaux employeurs des éducateurs. Quelques rares conseils départementaux ont créé un service dédié.

  • Des baisses supérieures à 20% lors des budgets 2016

Dans l’attente du vote des budgets, prévu dans les prochaines semaines, les associations estiment qu’une dizaine de départements prévoient de baisser leur enveloppe « prévention spécialisée » de 20 % au moins par rapport à 2015. Ce pourrait être le cas, notamment, des Alpes-Maritimes, de la Côte-d’Or, de la Drôme, du Finistère, du Gard, de Maine-et-Loire, de la Seine-Maritime, ou encore des Yvelines.

La prévention spécialisée en danger de mort ? A entendre les éducateurs de rue, qui l’incarnent au quotidien auprès des jeunes en danger, la « prèv’ » – comme on dit parmi les professionnels – n’en finit pas d’encaisser des baisses à répétition de budgets et des licenciements en série. Au point de menacer l’existence même de cette intervention sociale et éducative, qui entretient depuis longtemps une relation orageuse avec les élus.

En réalité, le tour de vis ne date pas d’hier. Au milieu des années 2000, le département d’Eure-et-Loir est l’un des premiers à remettre à plat les moyens dévolus à la prévention spécialisée : de 36, le nombre de postes d’éducateurs passe à 6. En 2011, c’est la Seine-Maritime qui engage une réduction de la moitié des financements, de même que les Alpes-Maritimes. En 2014, les services de prévention spécialisée du Loiret et de l’Yonne sont ni plus ni moins supprimés.

Coupes sombres

Mais un palier pourrait bien être franchi en 2016, dû au resserrement budgétaire des conseils départementaux intervenu à la suite de la baisse des dotations et aux coupes sombres qui s’annoncent dans les subventions aux associations. Et ce, dans près de la moitié des départements. Pour le Comité national des acteurs de la prévention spécialisée (CNLAPS), le tableau n’a jamais été aussi noir.

« Entre 2015 et 2016, nous estimons que 26 départements déployant une action de prévention spécialisée, soit environ 40 % d’entre eux, sont sur le point de revoir leurs subventions à la baisse. Parmi eux, une dizaine prévoient des coupes supérieures à 20 % », indique sa présidente, Anne-Marie Fauvet, comptable d’une disparition programmée.

Pire, selon les professionnels, les restrictions parfois brutales dont ils sont la cible surviennent alors que la prévention spécialisée n’a jamais été aussi promue par l’Etat. « Au moment où s’intensifie la lutte contre toutes les formes de décrochage, où de nouvelles menaces pèsent sur les jeunes, les équipes de prévention spécialisée sont une ressource indispensable pour repérer les signes de mal-être et répondre aux besoins des jeunes sur les territoires », a souligné, le 9 février, la secrétaire d’Etat à la Famille (devenue ministre depuis), Laurence Rossignol, en réponse à l’inquiétude de la sénatrice socialiste Marie-Pierre Monier.

Elle a également annoncé qu’un groupe de travail fera des propositions avant l’été 2016, « pour valoriser et consolider l’exercice des missions de prévention spécialisée [...] Grâce au travail de rue et à la proximité des éducateurs avec les habitants des quartiers, la prévention spécialisée permet l’accompagnement de jeunes et de familles très éloignés de toute autre forme d’intervention sociale. Cette mission trouve donc tout naturellement une place centrale dans la réforme de la protection de l’enfance que je porte » développe-t-elle.

Depuis les attentats de novembre 2015, le ministre de la Ville plaide également pour un « renforcement de la présence adulte », et notamment des services de prévention spécialisée qui peuvent être utiles pour « le repérage des jeunes les plus exposés [...] L’objectif n°1, c’est plus d’adultes et des adultes mieux formés pour accompagner, fixer des repères et des cadres à notre jeunesse » explique Patrick Kanner à qui veut bien l’entendre.

Prévention de la radicalisation

Soutien également du secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance (SG-CIPD), le préfet Pierre N’Gahane, qui, interrogé par « La Gazette », veut convaincre le président de l’Assemblée des départements de France (ADF), Dominique Bussereau, de préserver la prévention spécialisée dans les territoires. « Ce sont des acteurs indispensables dans le champ de la prévention de la radicalisation, car ils interviennent auprès de jeunes en danger, désocialisés, et dont le cadre familial n’est pas bien circonscrit », souligne-t-il à son égard.

Une qualité que les principaux experts du travail social reconnaissent sans hésiter en cette période post-attentats. « Sur le terrain, les éducateurs observent par eux-mêmes le risque de radicalisation religieuse, observe la sociologue Véronique Le Goaziou, qui vient de publier Eduquer dans la rue (Presses de l’EHESP). La prévention spécialisée a sa propre boîte à outils qu’elle peut activer pour faire en sorte que des jeunes commençant à présenter des signes inquiétants n’aillent pas jusqu’au bout. Les éducateurs ont donc clairement une carte à jouer dans le champ de la prévention de la radicalisation », analyse-t-elle.

Sur le terrain, cependant, le fossé avec les élus se creuse. Car, à l’argument financier étayé par la diminution drastique des dotations de l’Etat, s’ajoute celui de la méfiance. C’est le cas de la Drôme, où la baisse envisagée s’élèverait à plus de 50 % et passerait par un recentrage vers les quartiers prioritaires de la politique de la ville. « J’ai décidé de maintenir la moitié de l’action de prévention spécialisée et pourtant je n’y crois pas », déclarait, le 26 janvier, le président (LR) du conseil départemental Patrick Labaune, qui ne cache pas « ses doutes sur l’efficacité » des associations et promet d’aller « vérifier leur travail sans les prévenir ». Ambiance.

Situation comparable dans les Yvelines, où le président (LR) Pierre Bédier estime que la prévention spécialisée constitue « l’un des outils permettant de prendre en compte des situations sociales compliquées, mais ce n’est pas le seul » et envisage de « maximiser les ressources pour les affecter là où c’est le plus pertinent ». Là encore, sur la base de subventions qui pourraient être amputées d’un tiers, l’ambition est de recentrer la prévention spécialisée vers deux territoires prioritaires par le biais d’appels à projets.

Colère des professionnels

« Concrètement, cela se traduit par la suppression d’une trentaine de postes et la disparition de la prévention spécialisée dans 11 villes sur 22 », fulmine Bernard Champagne, responsable de la Ligue des droits de l’homme (LDH), à Conflans-Sainte-Honorine. Il considère que « la réflexion éducative devrait être centrale au regard de la situation sociale et politique actuelle et de la montée en puissance du repli communautaire et de la radicalisation ». Et de craindre « des conséquences redoutables sur les 3 000 jeunes et leurs familles, qui ne seront dorénavant plus accompagnés par les éducs ».

Autre coup de rabot en Côte-d’Or, où l’annonce d’une baisse de 25 % de la subvention départementale, après une coupe de 30 % l’année dernière, a provoqué une forte mobilisation des professionnels. Mais, pour le président (UDI) François Sauvadet, il revient aux communes de prendre leur part.

Dans ce contexte plombant, le meilleur allié des éducateurs pourrait se trouver du côté des départements restants qui, eux, misent sur la prévention spécialisée. L’Ille-et-Vilaine, par exemple, qui augmente son budget de 1 %, ou bien le Val-de-Marne, qui a fait passer le sien de 9 à 13 millions d’euros (+ 30 %) entre 2012 et 2015 sans prévoir aucune diminution en 2016. « Les éducateurs de rue doivent donner à voir l’utilité de leurs actions et s’inscrire dans une dynamique partenariale, avance Isabelle Santiago, vice-présidente (PS) chargée de la protection de l’enfance. Mais surtout, il faut une volonté politique forte, car la prévention spécialisée est un rempart, sans doute le dernier, pour ces jeunes en danger, ceux que nous perdons et qui échappent à nos politiques publiques. C’est ce rempart qu’il faut aujourd’hui consolider. »

Les budgets départementaux devront être votés avant la fin du mois de mars.

« En supprimant les éducateurs de rue, on livre les bandes de jeunes à elles-mêmes »

CNLAPS_AMFauvetAnne-Marie Fauvet, présidente du Comité national des acteurs de prévention spécialisée (CNLAPS)

« Nous sommes très inquiets. Sur le terrain, les conséquences des coupes budgétaires sont lourdes. En interne d’abord, avec des emplois supprimés et des réorganisations douloureuses. Dans certains territoires, où les professionnels ont parfois mis un an, voire davantage, à s’implanter dans le tissu social, tout s’effondre en quelques jours. Quant aux jeunes pris en charge, ils sont la première préoccupation car ce sont eux les bénéficiaires de cet accompagnement socioéducatif. En supprimant les éducateurs de rue, on livre clairement les bandes de jeunes à elles-mêmes. Les conséquences peuvent être catastrophiques. Car on laisse la place aux barbus qui, eux, sont bien présents. »

 

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