Mobilité

Ouverture des données de transports : Bruxelles s’y met à moitié

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TGV en gare

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Phovoir

La Commission européenne prépare une nouvelle réglementation sur l’ouverture des données de transport, limitée toutefois aux fournisseurs de services d’information. D’ici 2019, les données numérisées des opérateurs devraient leur être accessibles via une plate-forme nationale centralisée. De la matière première pour développer des planificateurs de trajets multimodaux.

C’est un vieux rêve de la Commission européenne : voir se développer des planificateurs d’itinéraires multimodaux, qui permettraient de visualiser en un clic les possibilités de trajets « porte à porte » à travers toute l’Europe. Le dossier est en marche, avec la préparation d’une réglementation qui obligera bientôt chaque Etat à mettre en place ce qu’elle appelle un « point d’accès national », sorte d’interface où les données numériques de transport seront disponibles pour réutilisation.

Une couche en plus pour les opérateurs et collectivités françaises, déjà en prise avec la loi Macron ? « Il y a une différence par rapport à la législation française, nuance Anne Meyer, directrice du département Affaires économiques et techniques de l’UTP« puisque dans l’acte européen, le principe de réutilisation n’est offert qu’à des fournisseurs de services d’information ». En d’autres mots, le commun des mortels n’y aura pas accès, il ne s’agit donc pas à proprement parler d’open data. « C’est important parce que les règles de réutilisation des données prévues par la Commission sont quand même très légères ». De fait : elles se résument, pour le réutilisateur, à devoir mentionner la source des données. « On est dans une licence extrêmement light », estime Anne Meyer.

Voyages aériens, routiers, ferroviaires, services « à la demande »…

Pour le reste, les opérateurs n’y couperont pas : si les données numériques existent, elles devront alimenter ces futures plateformes nationales. Et tous les opérateurs sont concernés : on parle ici des voyages aériens, routiers, ferroviaires, métros, trams, bus, autocars, et même les services « à la demande » type taxis et partage de vélos.

« Il est toujours difficile aujourd’hui d’organiser un voyage avec une arrivée non pas dans un aéroport ou une gare, mais qui tienne compte du tout dernier trajet, du dernier kilomètre », argumentait la Commission en défendant son texte devant les députés européens le 16 février. « Si l’on veut vraiment avoir un itinéraire porte à porte, nous devons nous assurer d’un niveau d’information détaillé, savoir exactement ce qui est offert dans les villes. Il faut se fonder sur les informations fournies au niveau local. »

Pas d’obligation pour les données dynamiques

Selon le projet, les plate-formes nationales permettront à de futurs développeurs de services d’accéder « au moins » aux données statiques d’itinéraire et de trafic, ainsi qu’aux métadonnées qui y sont associées. Les données de trafic « historiques » devront aussi être mises à disposition. Il n’y a pas d’obligation pour les données dynamiques par contre, même si un opérateur ou une autorité organisatrice pourra décider de les fournir.

Interopérabilité oblige, les formats dans lesquels ces données seront fournies sont spécifiés dans la réglementation – NetEx pour les données statiques des opérateurs publics, SIRI pour les données dynamiques. Ou, pour les deux types de données, un format compatible avec ces normes.

Les données devront être mises à jour « régulièrement » – sans plus de précision – par les opérateurs et autorités de transport.

« Là où ça existe »

Que ce soit clair : le projet n’oblige pas les opérateurs à rendre leurs données disponibles sous format numérique. « Mais quand l’information existe en version numérique, elle doit être mise à disposition », indique la Commission. Une souplesse qui convient bien à l’UTP.

« A l’heure actuelle, en France, 70 réseaux de transport public urbain sont équipés de systèmes d’aide à l’exploitation et d’information voyageurs (SAEIV) : ils peuvent donc disposer de ce type d’informations », explique Anne Meyer. « Cela signifie que, dans beaucoup de réseaux, ces informations existent sous fichier Excel et ne sont pas forcément utilisables par des développeurs. »

Si ces réseaux ne seront donc pas concernés à ce stade par la réglementation européenne, « on est aussi dans une logique d’évolution », note Anne Meyer. « Face à la demande, le secteur va s’équiper. Le mouvement se fera progressivement car il est difficile d’imposer une échéance aux opérateurs et aux collectivités locales pour tout basculer au format numérique. »

Pour la Commission européenne, ce n’est aussi qu’une question de temps : « Le transport public est peut-être le secteur dans lequel il y a le moins de données numérisées pour l’instant. Mais ils doivent se rallier à cette approche, ils doivent voir cela comme une chance d’améliorer l’utilisation des transports publics ».

Selon le projet, les points d’accès nationaux fonctionneront à partir de 2019. Mais les choses se mettront en place par étape. « L’idée est de démarrer en 2019 mais avec une approche par phase, en étendant progressivement les données couvertes et la portée géographique. On essaiera de couvrir tout le réseau de transport d’ici à 2023 », a précisé la Commission aux eurodéputés.

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