Développement local

Grand Paris, Smart city, Caisse des dépots : l’équation gagnante ?

| Mis à jour le 19/02/2016
Par
Grand Paris La Défense

Flickr CC by sa elPadawan

La Caisse des dépôts avait réuni, le 16 février 2016, le petit monde du Grand Paris lors d'un colloque où le groupe et ses filiales ont affirmé leurs ambitions de participer aux projets métropolitains. L'occasion aussi de revenir sur tous les enjeux liés, qui impliquent d'investir massivement dans les infrastructures, et notamment dans les transports et le logement.

Depuis 200 ans, la Caisse des dépôts est présente à toutes les étapes de la construction de la région parisienne, et elle compte bien renforcer sa présence avec la construction du Grand Paris. Pour Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des dépôts, c’est même devenu « un enjeu primordial », a-t-il déclaré lors d’un colloque organisé par la Caisse sur le sujet du Grand Paris, le 16 février.
Au regard des chiffres, on peut le comprendre : 150 milliards d’euros d’investissements sont attendus sur une période de quinze ans, pour renforcer les transports, l’immobilier et les infrastructures.

Pour les seuls transports, 35 milliards d’euros devraient être mobilisés, notamment pour la construction de quatre nouvelles lignes de métro automatique et l’extension de la ligne 14, avec un potentiel de 115 000 emplois associés. Côté immobilier, l’objectif est de construire 70 000 logements par an.

Ce qui fait dire à André Laurent Michelson, caissier général et homme orchestre du Grand Paris pour la Caisse des dépôts, que les enjeux dépassent largement l’échelle locale : « le Grand Paris est avant tout un projet d’intérêt national, facteur de croissance pour tout le pays. Il va mobiliser des entreprises de toute la France pendant 15 ans, et va générer des emplois et des recettes pour les caisses publiques », a-t-il déclaré en introduction de ce colloque.

La question clé des transports

Pour Jean-François Carenco, préfet de la région Ile-de-France et de Paris, ce grand projet est avant tout « une aventure », « une construction collective ». Et il s’inscrit dans le cadre d’une « compétition mondiale féroce entre les grandes métropoles. A chaque étape, ce qui nous challenge, c’est ce que font les autres, comme Los Angeles, Berlin, Shanghai… »
Et le représentant de l’État de pointer les trois principaux axes de travail pour les années à venir :

  • les transports ;
  • les politiques matérielles (l’habitat) et immatérielles (la culture, la compétitivité et le développement économique, la recherche, les pôles universitaires) ;
  • et enfin l’institutionnel.

Concernant les transports : « de 2011 à 2014, nos prédécesseurs ont mis l’accent sur le projet du Grand Paris Express (GPE), avec ses 120 km de lignes et ses douze gares », explique Jean-François Carenco.
Récemment est aussi venu se rajouter le prolongement de la ligne E du RER E à l’ouest de la capitale (projet Eole), vers Saint-Lazare, La Défense et Mantes-la-Jolie (pour un budget total de 3,5 milliards d’euros).

Le renforcement de la mobilité dans ce territoire métropolitain est un des éléments clés de la création et de la réussite du Grand Paris. Et les investissements à venir sont colossaux. D’autant que ce secteur a été victime d’un sous-investissement depuis plusieurs années, comme l’a souligné tout récemment la Cour des comptes dans son rapport annuel.

« La Cour a pointé quelque chose qu’on disait depuis longtemps. On sait qu’on a sous-investis et qu’on a payé le TGV », pointe Stéphane Baudet, vice président (LR) en charge des transports à la région Ile-de-France.

Pour autant, depuis peu, la tendance s’est inversée, selon Jean-François Carenco, qui explique que les investissements de la SNCF sont passés de 400 millions d’euros annuels, entre 2008 et 2013, à près d’un milliard d’euros aujourd’hui ; et ils sont, selon lui, du même ordre pour la RATP.

Mais le réseau est vieillissant et menacé d’obsolescence. « Certains caténaires ont parfois déjà 80 ans d’âge », révèle Stéphane Baudet, qui juge « qu’il va falloir 800 millions d’euros d’investissements annuels – notamment sur la ligne C – pendant plusieurs années pour s’en sortir ». D’autant qu’un des objectifs du Grand Paris est de lutter contre l’étalement urbain et donc de travailler sur la densification urbaine et la création de logements, « qui aura pour conséquence de densifier des lignes de transports complètements saturées. Nous en sommes incapables. Il y a un besoin d’augmentation de l’offre qui est colossal. Entre 2018 et 2033, la ligne B sera complètement saturée », prévient-il.

Le rôle clé de l’interconnexion des réseaux

Le réseau de transports va donc être étendu et intermaillé, ce qui va donner naissance à une douzaine de gares qui vont permettre d’interconnecter ces différentes lignes de transports ferroviaires, mais aussi être des lieux d’intermodalité. Philippe Yvin, président du directoire de la Société du Grand Paris, s’enthousiasme :

Les interconnexions, c’est quasiment  aussi important [que les nouvelles lignes de transports]. Elles vont démultiplier l’effet du réseau, au-delà même de l’Ile-de-France. Il faut qu’on pense cette intermodalité et que dès aujourd’hui, on travaille à l’aménagement des espaces publics autour des gares pour en faire les premières places du Grand Paris.

Certaines gares pourront recevoir près de 800 000 voyageurs par jour, ce qui est l’affluence des grandes gares parisiennes comme celle de Saint-Lazare. Pour Patrick Braouzec, président de Plaine Commune, « il faudra aussi que ces gares répondent aux besoins des habitants riverains ». Et l’élu de citer le projet de la gare de Saint-Denis Pleyel, qui bénéficiera d’une médiathèque dite « augmentée ».

La question énergétique sera aussi présente pour ces projets de gare : « Il faudra qu’elles soient plus économes en énergie, ajoute Philippe Yvin, notamment en utilisant les ressources géothermiques pour les alimenter ainsi que leurs quartiers ».

Transdev, filiale de la Caisse des dépôts qui exploite déjà 3500 bus franciliens et le métro automatique à l’aéroport de Roissy, compte bien participer à cette aventure. Sa directrice générale, Laurence Broseta, estime « qu’il va falloir  restructurer de manière très lourde le réseau bus du Stif pour gérer au mieux les connexions avec les gares et le rabattement bus au-delà du 1er km ».

Densifier les quartiers autour des gares

Mais ces gares vont avoir aussi un rôle majeur à jouer pour les habitants du Grand Paris en terme d’habitat. Un des enjeux métropolitains est de créer 70 000 logements par an(1) sur tout le territoire, et les quartiers autour de ces gares d’interconnexion vont être très attractifs, ce qui va conduire à les densifier.

C’est notamment là que Manuel Flam, directeur général du groupe SMI et président du directoire de Grand Paris Habitat, souhaite que des logements étudiants soient créés. Car la métropole en manque cruellement, ainsi que de logements pour les jeunes travailleurs.

« C’est la métropole la plus jeune d’Europe -2 millions d’habitants ont entre 18 et 29 ans- et ce sont eux qui sont les moins bien traités », souligne-t-il, avant de donner un chiffre pour l’illustrer : il y a 90 000 demandes pour se loger dans les foyers de jeunes travailleurs alors qu’il n’existe que 16 000 places.

« Nous allons construire, en cinq ans, 1500 places en plus des 3000 existants », indique Manuel Flam, soulignant que la difficulté est aussi juridique : le Défenseur des droits a jugé discriminatoire d’attribuer à des jeunes des logements subventionnés. De ce fait, les résidences de jeunes actifs ne peuvent sortir de terre. »

Autre opportunité à saisir : la création de villages olympiques, dans la mesure où la candidature de la métropole parisienne aux jeux Olympiques (J.O.) de 2024 serait retenue. Cela permettrait en effet de financer la création d’un parc de logements. Mais pour Marianne de Battisti, membre du directoire d’Icade, « il ne faudrait pas que les villages olympiques soient uniquement reconvertis en logements », laissant entendre que ces bâtiments soient pensés pour pouvoir être reconvertis.

D’une manière générale, la création de logements ne sera pas simple, tant le nombre d’acteurs est importants sur le territoire francilien. Cela impliquera naturellement les maires franciliens, car comme l’a justement rappelé Hervé Marseille, maire de Meudon, « ce sont eux qui attribuent les permis de construire ». Certains projets d’aménagement pourraient recevoir un label d’intérêt métropolitain, « comme celui de l’opération de l’Ile Seguin », souligne l’élu.

D’ailleurs, Patrick Ollier, le nouveau président de la Métropole du Grand Paris (MGP), a laissé entendre qu’allait être lancé un appel d’offre (2) sur le modèle reprenant l’esprit de celui de la Ville de Paris, « Réinventer Paris ». Avec une différence notable : les terrains sur lesquels ces opérations seront réalisés n’appartiennent pas à la MGP.

« On a créé une administration de mission, on va innover et inciter celles et ceux qui vont financer et apporter leurs savoir faire, a souligné Patrick Ollier. Car la métropole n’a pas vocation à financer mais à faciliter. On ne souhaite surtout pas créer des problèmes ou entrer en compétition avec des collectivités ».

La Métropole du Grand Paris a donc besoin « d’ingénierie et de moyens financiers », a ajouté Patrick Ollier, pour pouvoir, comme il le souhaite, aller vite. En ce sens, « la Caisse des dépots pourrait être un partenaire privilégié pour les projets que nous voulons portés », a-t-il souligné. D’autant que la Caisse dispose de filiales actives dans tous les champs évoqués (transports, immobilier, foncier, aménagement) et qu’elle a pour mission de financer des projets d’intérêts généraux.

 

La smart city, ville de demain

La smart city et la place du numérique se sont aussi invités à ce colloque, avec un décalage notable entre les promoteurs de ces nouveaux usages et technologies, et ceux qui s’interrogent encore sur ce que recouvre exactement ce concept. « Je ne suis pas un adepte des smart cities. La ville intelligente, je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Je crois plutôt en l’intelligence des gens qui habitent la ville », a déclaré pour sa part Patrick Braouezec, président de Plaine Commune. « Tout dépend de comment on va l’utiliser et si c’est pour le bien-être des gens ».

Du côté des représentants de filiales de la Caisse des dépôts, qui s’affichait d’ailleurs pour la première fois avec le slogan « concepteur de smart city », l’enthousiasme pour cette transition numérique des villes était nettement plus marqué, à l’image de Gabrielle Gauthey, directrice des investissements et du développement local de la Caisse :

Le numérique est une lame de fond qui va permettre de rendre la ville de demain plus fluide, résiliente, influente, plus sûre. L’internet des objets va se développer de manière exponentielle et on aura besoin d’infrastructures lourdes, de fibre optique, de data centers.

Les nouveaux projets immobiliers du Grand Paris s’inscriront bien dans cette logique « smart » et avec des usages partagés. « Les bâtiments qu’on construit se veulent davantage conscients – avec le comptage des consommations, la santé et le bien-être des habitants – et solidaires – le bâtiment à énergie positive (Bepos) permettant de penser la solidarité énergétique à l’échelle d’un quartier par exemple », illustre Marianne de Battisti, membre du directoire d’Icade.

Pierre-René Lemas, patron de la Caisse des dépôts, a lui même a avoué son scepticisme à propos de ce concept  : « Au début, ce terme m’agaçait. Je ne voyais pas trop la différence avec celui de l’éco-cité. Mais au fond, cela implique de se demander quel est le cadre de vie qu’on peut créer avec les habitants, et qui tient compte des nouvelles technologies pour anticiper ce que sera la ville de demain. On a l’ambition de devenir des créateurs de smart cities, on veut aider a la création des villes de demain, qu’elles aient quinze ans d’avance et qu’ensuite on puisse exporter ce qui a ainsi été créé », a-t-il conclu.

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