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Réforme territoriale

Estelle Grelier, la militante de l’interco

Publié le 12/02/2016 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : A la une, France

estelle grelier
P. Marais
Favorable à la dévitalisation du département et du Sénat, la nouvelle secrétaire d’Etat en charge de la réforme territoriale n’y va pas par quatre chemins. Estelle Grelier prône l’élection des intercos au suffrage universel direct sans fléchage. A l’occasion de son entrée au Gouvernement, La Gazette republie son portrait paru dans son édition du 18 janvier 2016.

 

Sans elle, la loi « Notre » ne serait pas tout à fait la même. De jour comme de nuit, la députée PS de la Seine-Maritime Estelle Grelier a fait voter plusieurs dizaines d’amendements au texte, favorisant tantôt le fonctionnement, tantôt la montée en puissance des intercommunalités. « Je lâche difficilement. Je vis le rejet d’un amendement comme un échec personnel », confie la parlementaire associée de l’Assemblée des communautés de France (ADCF).

Ancienne dir’cab

Au printemps 2014, Estelle Grelier a « applaudi des deux mains » le discours pro-suppression du département de Manuel Valls. Comme l’ADCF, elle prône la relégation de cet échelon en simple fédération d’intercommunalités. Dans le même mouvement, elle souhaite transformer les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre en « communautés territoriales ».

En clair : en collectivités de plein exercice désignées au suffrage universel direct sans fléchage. Pour ce faire, elle plaide, à l’instar du président de l’Assemblée Claude Bartolone (PS), en faveur d’une dévitalisation du Sénat.

Vaste programme… Habituée à rompre avec le ronron des cénacles d’élus, Estelle Grelier serait-elle du genre incontrôlable ? Pas si simple. Contrairement à d’autres députés socialistes élus pour la première fois en 2012, la secrétaire nationale du PS chargée du pôle « justice sociale et cohésion territoriale » déteste jouer « perso ». « Je ne suis pas là pour étaler mes états d’âme sur les réseaux sociaux », prévient cette adepte des sports collectifs, basket en tête.

Mais avec la plupart des jeunes députés PS, la néoquadra partage une caractéristique : elle a, d’abord, été collaboratrice d’élu. La native de Vendée a débarqué à Fécamp en 1998, dans le sillage de la députée maire (PS) d’alors, Frédérique Bredin. Dir’cab du successeur de celle-ci à l’hôtel de ville, Patrick Jeanne (PS), cette fabiusienne pur jus a ensuite pris les commandes de l’intercommunalité normande. Ceci, dès sa première élection municipale en 2001.

Halte au consensus

Dotée d’un diplôme de l’Institut d’études politiques de Grenoble, Estelle Grelier a monté sa communauté de toutes pièces, ou presque : « A l’époque, il devait y avoir deux secrétaires et cinq emploi-jeunes, contre 180 agents aujourd’hui. »

Très vite, elle s’est plongée dans les arcanes de la tarification des ordures ménagères ou les méandres de l’intérêt communautaire. Une « professionnelle de la politique » en somme ? Quand elle entend ce qualificatif, Estelle Grelier voit rouge. « Cela signifie que je ne serais capable que de cela. Dans quelques années, je pourrais très bien bosser dans une PME ou une instance européenne », argumente la présidente de Business France, fruit de la fusion d’Ubifrance et de l’Agence française pour les investissements internationaux.

Fille d’une dame de cantine et d’un technicien agricole, l’enfant du Poiré-sur-Vie (Vendée) a grandi dans un milieu moyennement politisé. « J’ai pris ma carte du PS à Fécamp », précise-t-elle. Pour autant, elle souhaite une action publique locale moins consensuelle. « Quand nous avons créé, à Fécamp, un service public funéraire pour limiter les frais postdécès ou mis en régie la restauration scolaire, cela correspondait à des choix profondément politiques », assume-t-elle.

Estelle Grelier n’hésite pas non plus à prendre à rebrousse-poil le corps électoral. « L’immigration est une chance », martèle la candidate aux régionales, après les attentats du 13 novembre.

Sa liste perd d’un cheveu au second tour le 13 décembre. Un deuxième revers après une défaite beaucoup plus traumatique aux municipales de mars 2014. Elle y avait perdu, dans l’affaire, la présidence de sa chère interco de Fécamp. Trahison, coups bas, croix gammée sur sa permanence… : Estelle Grelier a tout connu ces derniers mois. Loin des petits coqs qui squattent les plateaux télé, elle confie ses « doutes ».

Amendement sur mesure

Au point de renoncer ? Ce n’est guère dans son tempérament. Sur le pont du lundi matin au dimanche soir, Estelle Grelier garde la foi. Grâce à un amendement sur mesure, la députée procumul est parvenue à intégrer sa communauté de communes de Fécamp dans le club des communautés d’agglo. A la clé : un gain de 700 000 euros de dotation globale de fonctionnement. A l’automne, elle a bataillé en faveur d’un report de la réforme des dotations. « Parce qu’elle n’était pas favorable à Fécamp », ont grincé ses détracteurs. « Si un territoire comme le mien se retrouve pénalisé alors qu’il souffre d’un fort chômage, c’est qu’il y a un problème. Mais on va réaliser une nouvelle ébauche en avril. On va y aller. On va la faire en 2016 ! », assure-t-elle, définitivement peu portée sur le genre contemplatif.

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Commentaires

Estelle Grelier, la militante de l’interco

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Dude

15/02/2016 02h23

Madame la Secrétaire d’Etat, pourriez-vous nous dire comment vous voyez la redistribution des compétences Département > Région et/ou Interco ? La précédente réforme amenant à constituer des intercommunalités plus grosses n’ayant fait qu’empirer le mille-feuilles administratif.

Henri Tanson

15/02/2016 02h48

« Prendre le corps électoral à rebrousse-poil »…
Est-ce à dire que cette charmante dame fait fi de la volonté des électeurs dont elle n’est QUE la représentante ? Ça me rappelle quelqu’un…
Pourquoi je considère cela comme étant une forme de dictature et pas de démocratie ? Va savoir…
Ces gens-là sont dangereux, traîtres à leur mandat : c’est aussi clair que cela.
Ce n’est pas à un élu de décider de ce qui est bien; ce n’est pas son rôle. Ce n’est pas la mission que lui ont donné les électeurs.
De plus, cette acharnement à démanteler les départements et à supprimer les communes ne correspond en rien à l’attente des Français.
Elle est où la démocratie ? Il semblerait que nous habituions à ce que ce ne soit plus qu’un mot vide de sens.
Je dis ça…

Martien

16/02/2016 11h15

@Henri Tanson : je ne suis pas d’accord avec vous.

Les élus doivent aussi être des gestionnaires avec une vision à long terme et dépasser les résistances au changement de la population. Peu de personnes sait réellement quelles sont les compétences et moyens de chaque échelon administratif.

Parfois, c’est bien que les élus prennent « le corps électoral à rebrousse-poil ». Je préfère cela aux discours démagogiques et promesses irréalistes qui semblent nécessaires aujourd’hui pour réussir de bons scores aux élections.

En 1981, la peine de mort a été abolie alors que la majorité de la population était pour le maintien. Bravo à nos représentants de l’époque d’avoir pris leur responsabilité et fait progresser la France.

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