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Culture

[Data] Les Musées de France : le label a du succès, oui mais…

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, France

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musée du Louvre © Flickr CC by Jean-Pierre Dalbéra

La Gazette des communes a analysé les données des entrées des établissements bénéficiant du label Musées de France, soit environ 1250 musées, de 2003 à 2013. Elle vous propose de les explorer dans une carte interactive montrant leur évolution, commentée par Jean-Michel Tobelem, professeur associé à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la gestion des équipements culturels.

 

Si l’on s’en tient aux chiffres bruts, les Musées de France (voir encadré) se portent très bien : en 2003, 985 musées avaient déclaré 41 468 467 entrées. En 2013, ils sont 922 musées à en avoir déclaré 62 201 563 entrées, sur plus de 1200 institutions labellisées depuis 2002. L’évolution est donc de 33% en dix ans.

“Ce sont de bons chiffres généraux, on peut s’en féliciter”, commente Jean-Michel Tobelem, professeur associé à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la gestion des équipements culturels, et directeur d’Option Culture.

Toutefois, cette forte augmentation globale doit être nuancée. D’une part, en raison de la part importante des entrées gratuites, note l’expert : 40% en moyenne.
En soi, il n’est pas négatif qu’un établissement à vocation culturelle, financé sur des fonds publics, ait une politique de gratuité pour diffuser la culture. Cela fait même partie de leurs missions. Mais cela nuance l’attractivité d’un établissement.

Par ailleurs, relève encore Jean-Michel Tobelem, on ne connaît pas le nombre de visiteurs uniques.

Enfin, une part importante de cette hausse est imputable aux très gros établissements (Louvre, Orsay, Versailles, Centre Pompidou…), situés par ailleurs à Paris ou dans la région parisienne, ce qui accroît le déséquilibre entre Paris et la province, comme nous le verrons plus loin en détail.

En tout état de cause, “cette augmentation globale peut être le résultat de plusieurs facteurs pouvant se combiner, sachant que dans le même temps l’enquête du ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des Français ne note pas d’élargissement significatif en direction des publics les plus éloignés de la visite muséale, souligne encore Jean-Michel Tobelem :

  • L’augmentation de la population française ;
  • L’accroissement de la part des catégories les mieux disposées à l’égard de la visite muséale dans la structure de la population française (cadres, étudiants…) ;
  • Les effets de l’ouverture (ex. le musée du quai Branly) ou de la réouverture de nouveaux musées (ex. le musée Picasso ou le musée de l’Homme) ;
  • Les efforts en matière de politique des publics, d’une part et, d’autre part, en termes de promotion et de communication ;
  • Le rôle des expositions temporaires, qui incitent le public à revenir ;
  • L’intensification de la pratique des publics déjà acquis à la visite muséale (passant de 3 à 4 visites par an par exemple) ;
  • les retombées d’un label type classement au patrimoine mondial de l’Unesco ;
  • l’anniversaire d’un événement historique ;
  • la politique tarifaire ;
  • la météo ;
  • L’essor du tourisme international, avec une augmentation sensible du nombre d’arrivées internationales, etc.”

 

Une certaine opacité

Les données que nous avons établies sont aussi incomplètes, pas toujours pour de bonnes raisons. Notre fichier en croise trois, disponibles sur data.gouv.fr :

Pour calculer une évolution dans le temps, deux données sont nécessaires : la fréquentation de l’année initiale de la période retenue et celle de la dernière année. Or ces deux informations n’étaient pas toujours disponibles, pour plusieurs motifs.

Certaines sont tout à fait valables : en général, le musée était fermé une ou deux des années en question, voire il a fermé définitivement. Il a pu aussi ouvrir ou recevoir le label en cours de période.

En revanche l’absence de données est davantage sujette à caution s’agissant de musées financés avec de l’argent public : une partie ne communique pas ces données. On trouve deux grands cas : le musée invoque des données “confidentielles”, un argument douteux sur le plan légal qui ne résisterait pas à une requête à la Cada : les entrées d’un musée ne sont pas sensibles comme des informations militaires… Parfois la ligne du tableau est juste vide, sans explications.

Lucile Zizi, chargée des statistiques à la direction générale des patrimoines, au département de la politique des publics, évoque aussi des situations ubuesques : “Certains musées refusent de me communiquer leurs entrées, mais elles sont parfois disponibles sur Internet, dans les rapports des CRT par exemple, ou des rapports d’activité, alors je complète.”
Elle explique aussi que d’autres institutions lui transmettent ces données mais refusent qu’elles soient diffusées en open data. Par ailleurs, note-t-elle, la nomenclature des sigles n’est pas unifiée : une institution qui n’a pas communiqué ses données car elle n’est pas encore ouverte ou labellisée peut avoir indiqué aussi bien NC (non communiqué) que SO (sans objet).

“Quand les séries s’interrompent, c’est qu’il y a un problème”

“Quand les séries s’interrompent, c’est qu’il y a un problème”, pointe Jean-Michel Tobelem. On peut citer en exemple l’écomusée d’Alsace, qui enregistrait plus de 350 000 entrée en 2005, mais ne fournit aucune donnée entre 2006 et 2012, alors que ses difficultés financières ont éclaté en… 2006 et que, depuis, il se redresse.
Les données sont réapparues en 2013, à environ 180 000 entrées.

Idem pour le musée de l’Automobile de Mulhouse, dont la fréquentation n’est plus disponible ces dernières années, laissant penser à un fléchissement du nombre des visiteurs.

Et si les entrées d’un musée ne sont pas une information sensible au sens légal du terme, elles peuvent l’être d’une autre façon : “ce sont des enjeux politiques importants”, explicite Jean-Michel Tobelem, car les tutelles y prêtent une attention prioritaire.

Autre biais, une pratique qui consiste à comptabiliser autant d’entrées qu’un musée à de lieux d’exposition : bien pratique pour faire de la gonflette. Ce serait le cas de Pompidou, par exemple, depuis une modification dans le calcul de sa billetterie, ou encore au domaine national de Versailles.

Dernière obstacle important au calcul de l’évolution, certains musées placés sous la même direction regroupent leurs entrées.

Si nous ne prenons en compte que les musées dont nous avons pu calculer l’évolution, la hausse moyenne sur dix ans passe à 30%. On peut émettre l’hypothèse que ce chiffre serait plus faible si l’on incluait les musées dont nous n’avons pas pu calculer l’évolution car ils refusent de communiquer leurs chiffres.

 

Cliquez sur un musée pour avoir le détail des entrées par année. En cas d’erreur, merci de le signaler à : sabine.blanc@lagazettedescommunes.com ou helene.girard@lagazettedescommunes.com en précisant bien ce qu’il faut rectifier.

Scruter le détail des séries

Le chiffre de l’évolution donne une indication à affiner en regardant la série complète pour examiner si elle est effectivement significative, et la moyenne du nombre d’entrées par an. En effet, il suffit que le point de départ et/ou d’arrivée soit une “anomalie”, à la hausse comme à la baisse, pour fausser l’évolution.

Pour cette raison, faire un classement des hausses ou des baisses les plus fortes n’avait pas de sens. Chaque musée possède son histoire, combinant plusieurs facteurs d’aléas relevant d’une conjoncture nationale ou locale, que nous avons évoqués plus haut.

Un focus sur quelques établissements illustre ces phénomènes.

Ainsi le musée national de la Préhistoire, situé aux Eyzies-de-Tayac-Sireuil (Dordogne, 832 hab.), affiche une progression honorable de 26%. De 62 478 entrées en 2003, il passe à 92 064 en 2005, suite à une extension en 2004.
Les années suivantes sont en dents de scie, et la série se clôt en 2013 avec 78 660 entrées. “Il y a peut-être eu un effritement de l’effet de nouveauté ?”, s’interroge Jean-Michel Tobelem.

Dans les grandes villes comme dans les petites, l’animation pèse sur le succès. Racheté en 1979 par le conseil départemental de la Drôme, le château de Grignan (Drôme, 1607 hab.) bénéficie d’une riche programmation culturelle : Fêtes nocturnes, festival de la correspondance, festival de jazz… Il expose aussi des tapisseries d’Aubusson. C’est un vrai succès touristique, passé de 126 542 entrées en 2003 à 170 861 en 2013, soit + 35%.

Même constat à Bordeaux pour le musée d’Aquitaine qui fait preuve d’un “vrai dynamisme, avec une politique d’exposition ambitieuse”, salue Jean-Michel Tobelem. Il a augmenté sa fréquentation de 31%, passant de 111 919 en 2003 à 147 059 en 2013, avec, entre les deux, une progression quasi-constante.
Même ligne ascendante pour le musée d’art contemporain de Bordeaux, qui atteint 69% d’augmentation.

Le spécialiste estime qu’il bénéficie sans doute aussi de la progression du tourisme urbain de court séjour à Bordeaux et de son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, qui couronne aussi une politique culturelle d’ensemble.

Toutefois, tous les musées de la ville n’en tirent pas profit : le muséum d’histoire naturelle est à – 21%, faute sans doute d’un réel projet de rénovation.
S’agissant du muséum, qui doit rouvrir en 2017, on peut escompter la même progression dans l’avenir que celle qu’a connue le muséum d’Histoire naturelle de Toulouse après une très belle restructuration.

Classement au patrimoine mondial de l’Unesco

Le musée des Salines de Salins-les-Bains parait clairement porté par le classement au patrimoine mondial de l’Unesco en 2009 de la Grande Saline de cette petite ville du Jura (2926 hab.), ainsi bien sûr que par sa rénovation-extension de 2009 : 37% d’augmentation mais surtout un bond en 2009, de 44 589 entrées à 68 933, pour, les années suivantes, se maintenir au-delà de 70 000.

L’effet capitale européenne de la culture joue aussi : le Lille Métropole Musée d’Art Moderne d’Art Contemporain et d’Art Brut (LAM) à Villeneuve-D’Ascq s’est envolé de 78 964 à 180 652 entrées en 2004, année où sa grande voisine Lille avait ce titre. Ce score s’est bien sûr ensuite dégonflé, avant de rebondir à la faveur d’une rénovation puis de se stabiliser à 150 000 entrées. Le bilan sur les dix ans est largement positif, à + 92%.

 Boum à l’ouverture

L’ouverture d’un nouveau musée se traduit souvent par une explosion des chiffres les premières années, suivi d’un tassement. Le cas du centre Pompidou-Metz est frappant : 615 830 en 2010, 552 000 en 2011, 476 430 en 2012 et finalement 335 000 en 2013.

A ses débuts, il a attiré une immense majorité de locaux – 85% de visiteurs français dont la moitié de Lorrains en 2011 et seulement 15% d’étranger. Avec un effet lassitude de la nouveauté à la clé ? Toujours est-il que la région Lorraine a raboté sa subvention en 2015.

En 2014, les entrées sont reparties timidement à la hausse, et la part des étrangers a augmenté à un tiers. L’objectif annuel de fréquentation est de 250 000 entrées.
Comme dans d’autres cas, le relai de la fréquentation d’un nouveau musée – après l’effet de découverte et de curiosité – doit être pris par une stratégie de développement touristique de la destination. C’est la question posée pour le Louvre-Lens et celle qui se posera au musée Soulages de Rodez.

Les anniversaires d’événement historique sont également l’occasion de multiplier les visites. L’année des 60 ans du débarquement en Normandie, le musée du Débarquement d’Arromanches (Calvados, 540 hab.) a crû de 307 828 à 414 578 visiteurs, alors que sur toute la décennie, ses entrées sont stables, autour de 300 000. On observe le même phénomène pour le Mémorial de la Paix à Caen durant les années de commémoration.

Les institutions parisiennes se portent très bien : “L’Ile-de-France bénéficie d’une forte attractivité touristique internationale et d’une population très importante, indique Jean-Michel Tobelem. A Paris, les musées municipaux sont en outre gratuits.” En effet, depuis 2001, l’accès aux collections permanentes est libre, sauf pour les catacombes, la crypte de Notre-Dame et le musée des Égouts de Paris.

Une hausse qui profite surtout aux grosses villes

Comme le montre le graphique ci-dessous, plus le musée est situé dans une grosse commune, plus il a de chance d’avoir eu une évolution importante. La part des musées ayant une évolution de plus de 6% est respectivement de 24%, 30%, 38%, 38% et 50% dans l’ordre d’importance des strates. Ce sont donc les grandes villes qui sont les grandes gagnantes. Avec le risque que l’écart ne se creuse ?

Le label Musée de France

Instaurée par la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, le label Musée de France s’inscrit dans une démarche de protection et de mise en valeur des collections. Son attribution repose en effet sur :

“L’existence d’une collection permanente reconnue d’intérêt public (Art. L. 410-1.).

L’engagement sur les missions : conserver, restaurer, étudier, enrichir les collections ; les rendre accessibles au public ; mettre en œuvre des actions d’éducation et de diffusion ; contribuer aux progrès et à la diffusion de la recherche. (Art. L. 441-2.).”

L’essentiel des Musées de France relève des collectivités locales, le reste de personnes morales de droit privé (fondation et association) et enfin de l’Etat.

Le label n’est pas attribué définitivement et peut donc se perdre en cas de non respect des conditions.

Le dossier sur le site du ministère de la Culture

 

Un comptage flou dénoncé par la Cour des comptes

Dans son rapport publié en 2011 “Les musées nationaux après une décennie de transformations”, la Cour des comptes avait tiqué sur le comptage pas toujours très carré des entrées. Ainsi, « (…) depuis 2007, l’indicateur de fréquentation des jeunes de moins de 18 ans est mesuré par l’intermédiaire d’un panel de musées comprenant le musée du Louvre, le musée du quai Branly et les musées sous statut SCN dont la billetterie est gérée par la RMN. Le fait que n’y figurent pas le musée d’Orsay, Versailles et le Centre Georges Pompidou signifie que leur suivi des visiteurs n’est pas considéré comme suffisamment fiable ou rapide dans la production des résultats. »

Ou encore, au sujet de la cible des « non publics » : « faute d’estimation fiable du point de départ, et faute que le point d’arrivée puisse être lui-même tenu pour certain, nul ne peut se hasarder à dire que la démocratisation de l’accès au musée a bénéficié des investissements des années 2000-2010. »

En conséquence, elle recommandait de “fiabiliser les dispositifs de comptage des visiteurs au moyen d’une méthodologie et de dispositifs harmonisés, et éventuellement certifiés.”

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    Notes

    Note 01 - L’adresse indiquée étant parfois une adresse administrative, nous lui avons dans certains cas substitué l’adresse où le public accède au musée. - Retourner au texte

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  1. 1. Isabelle Jouve 24/02/2016, 11h42

    Article vraiment intéressant qui donne une vision du comportement des musées. Il semble confirmer que, sans une vraie ambition de développement et une communication adaptée, il est difficile pour un musée de sortir du lot.

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