[Opinion] Développement durable

L’avenir de la planète et des finances locales est… dans nos poubelles

| Mis à jour le 12/02/2016
Par et , Directrice Générale d’Ecofolio, éco-organisme sans but lucratif agréé par l’Etat chargé de développer le recyclage des papiers graphiques en France
Poubelles pour déchets ménagers

Phovoir

Dans un monde où la consommation des ressources naturelles a largement dépassé les capacités de la terre et où le réchauffement climatique n’est plus une éventualité météorologique, les Etats sont plus que jamais mobilisés pour apporter les réponses nécessaires à ces enjeux écologiques, économiques et sociétaux. L’enthousiasme de la Cop21 est encore dans tous les esprits.

En France, les directives européennes et les lois nationales (LTE – loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte) fixent aujourd’hui des objectifs environnementaux chiffrés à moyen et long termes, dans une situation organisationnelle changeante (loi NOTRe) et dans un contexte financier tendu pour les collectivités locales. Ces dernières sont en première ligne et jouent depuis des années un rôle prépondérant, notamment dans le cas des déchets.

Pour les années à venir, la loi impose une réduction des volumes mis en centres de stockage (-30% en 2020 vs 2010) et l’augmentation de la quantité de déchets valorisés sous forme de matière (55% en 2020 et 65% en 2025).

Les vieux papiers : un « déchet-ressource »

Ces objectifs sont pour le moins ambitieux, mais pas inatteignables, si l’on ne considère plus les déchets comme une matière en fin de vie dont on cherche juste à se débarrasser, mais comme une nouvelle ressource d’avenir aux débouchés multiples. C’est le cas du papier, 1er déchet en poids de la poubelle des Français et recyclable au moins 5 fois. Et malgré cette vertu écologique, les vieux papiers ne sont pas compétitifs.

Ils manquent d’attractivité car les coûts actuels de collecte et de tri sont disproportionnés par rapport à leur valeur marchande. La France est d’ailleurs le seul pays Européen où la collecte séparée des papiers est une charge pour les collectivités, alors que dans les autres pays les recettes tirées de la vente des vieux papiers sont en général supérieures aux coûts de collecte. Et pour que les industries de la filière puissent prospérer sur nos territoires, elles doivent avoir un signal prix attrayant et pérenne, ce qui n’est pas le cas. Pourtant, plus de ¾ des Français considèrent aujourd’hui que le recyclage est un enjeu de société important et trient volontiers leurs déchets.

Refonder un pacte de croissance avec les collectivités locales

Pour transformer ce geste de tri des habitants en véritable accélérateur de croissance, le levier clé réside dans la concertation – et l’action – avec toutes les parties prenantes, parmi lesquelles au premier chef les collectivités, maîtres d’ouvrages des services publics locaux. En effet, la rationalisation des opérations de collecte et de tri est un levier clé pour faire entrer les vieux papiers dans une nouvelle économie circulaire. Des solutions existent et sont parfois déjà mise en œuvre ; d’autres méritent d’être explorées ou réinventées. Osons s’interroger sur nos organisations et partageons nos idées pour avancer !

Par exemple, des programmes menés sur le terrain par certaines communautés d’agglomération avec Ecofolio (qui a mobilisé 30M€ en études, recherche et innovation) permettent d’aboutir à des résultats spectaculaires : une baisse des coûts globaux de collecte en moyenne de 20%, ce qui permet de regagner des marges de manœuvre financières ; une progression du volume des matières recyclées de 20%, ce qui augmente d’autant les recettes des collectivités auprès des recycleurs ; un retour sur investissement inférieur à 3 ans, ce qui donne une visibilité claire en termes de calendrier et d’efficacité.

Bien sûr, il n’existe pas de modèle idéal unique applicable à toutes les collectivités, qui ont chacune leurs spécificités et leurs contraintes (densité, nature de l’habitat, zone touristique…).

Mais chacune d’entre elle dispose des clefs pour élaborer sa propre stratégie locale, autour d’un pacte de croissance industrielle créateur de valeur, partagé avec toutes les parties prenantes : émetteurs de papier, opérateurs, recycleurs, habitants… Des stratégies qui peuvent réconcilier des objectifs écologiques et réglementaires avec les réalités économiques des collectivités.

Et au-delà de l’intérêt local, elle peut permettre de maîtriser les budgets du service public de gestion des déchets et de réaliser 35% d’économies sur le coût global de collecte et de tri d’ici 2030.

Nous pouvons, main dans la main avec les collectivités et les filières industrielles, créer cette nouvelle économie porteuse d’avenir, permettre in fine de développer l’attractivité des vieux papiers et de favoriser de nouveaux débouchés dans d’autres filières. Demain, les applications du papier recyclé seront multiples dans de nombreux secteurs, comme la chimie, le bâtiment, le textile, l’automobile…

Alors, ensemble, réinventons nos ressources pour une nouvelle croissance.

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