Climat

COP 21 : et maintenant ?

| Mis à jour le 11/02/2016
Par

Source : Technicites 
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Arnaud Garrigues

Plutôt enthousiastes après la signature de l’accord de Paris, les collectivités territoriales ont conscience qu’elles doivent désormais retrousser leurs manches pour transformer l’essai. Lors des Assises européennes de la transition énergétique organisées à Dunkerque du 26 au 28  janvier, elles ont cherché à savoir comment. Deuxième volet de notre série consacrée à cette manifestation emblématique des acteurs locaux de l'énergie.

Se fixer de nouveaux objectifs - Célia Blauel, maire adjointe en charge de l’environnement à Paris

Les collectivités sont les premières à faire face aux réchauffements climatiques… Et les premières à agir. Nous devons refondre nos plans climat en intégrant des objectifs à 2030 et 2050, en travaillant sur la question de la qualité de l’air, en cherchant une meilleure articulation interterritoriale des mesures que nous prenons et en faisant davantage participer les citoyens pour les emmener dans la démarche. L’humain est essentiel car 80 % des émissions viennent du territoire. Pas de l’administration. Pour aider les étincelles à prendre, il faut comprendre que la démocratie participative, ce n’est pas voter sur son smartphone pour accepter ou refuser une proposition, mais se frotter les uns aux autres pour avancer ensemble. D’une manière générale, nous devons penser davantage aux dimensions sociales et sociétales de la transition. Par le passé, notre objectif était de préserver la planète. Aujourd’hui, il s’agit de construire une société compatible avec différents enjeux dont le climat. La nuance est importante. Nous devons enfin donner une suite à l’agenda des solutions de la COP21. J’avoue que j’ai regardé cette démarche initiée pour valoriser les actions de la société civile avec beaucoup de scepticisme. Elle a été un vrai catalyseur.

Choisir la sobriété - Yves Marignac, porte-parole de l’association NégaWatt

Yves Marignac

Cherchons une trajectoire compatible avec les objectifs de l’accord de Paris. On sent aujourd’hui que la dynamique est plus forte sur le développement des énergies électriques renouvelables que sur le transport. Ne négligeons aucun sujet. N’oublions pas la lutte contre les gaspillages qui génère des co-bénéfices. Nous devons travailler sur la maîtrise de l’énergie et non comme on le dit souvent sur la seule efficacité qui est une approche technique du sujet. La sobriété passe par des économies d’usage que l’on peut réaliser en travaillant sur la mixité fonctionnelle des bâtiments, la structuration des circuits courts, l’économie circulaire, la réduction des vitesses de circulation en ville.

Revoir la mobilité urbaine - Henriette Vamberg, directrice générale de Gehl Architects

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Pour aller vers une mobilité douce, l’exemple de New York prouve que l’on peut aller vite. En trois ans, plus de 300 kilomètres de pistes cyclables ont été créées. Pour accélérer les décisions, la ville s’est gardé la possibilité de revenir en arrière. Les pistes ont simplement été peintes au sol. À Times Square, on a bloqué la circulation du jour au lendemain et les gens se sont remis à marcher. Au bout d’un an, une consultation de la population a montré que 74 % des personnes interrogées voulaient que l’on pérennise la décision. Il ne faut pas avoir peur de tester ce qu’on fait. Et de documenter ses succès pour les utiliser plus tard comme outil pédagogique. Pour aller plus loin, il faut travailler dans la durée. Si l’on considère souvent Copenhague comme une ville du vélo, quarante ans ont été nécessaires pour que toutes les générations s’y mettent. Et le nombre de cyclistes a encore doublé ces dix dernières années. 58 % des habitants laissent aujourd’hui leurs enfants aller à l’école à vélo. 41 % l’utilisent eux-mêmes pour les trajets banlieue-ville : 61 % parce qu’ils trouvent que c’est facile et rapide… Seulement 1 % par souci de faire un geste écologique. Pour la collectivité, cette évolution des déplacements réduit les dépenses consacrées aux transports collectifs ou aux routes. Mais elle demande un accompagnement du mouvement, avec un nettoyage et un déneigement des pistes car les cyclistes continuent à rouler en hiver, ou un élargissement quand les bouchons de cyclistes sont trop nombreux.

 

Créer une culture de l’évaluation - Mathieu Saujot, coordinateur du programme « fabrique urbaine » à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)

Mathieu Saujot - IDDRI Team-HD-83

Nous nous sommes dotés d’objectifs très forts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais qu’est-ce qui est faisable ? Quelles sont les mesures les plus pertinentes économiquement dans les secteurs de l’habitat ou du transport ?
Nous devons créer une culture de l’évaluation pour connaître leur coût et leur efficacité, si possible en nous intéressant à leurs externalités. Cela permet d’éclairer les débats. Et ce malgré le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue des chiffres car les analyses traduisent une vision et des hypothèses. Et malgré le fait que les mesures les moins chères ne sont pas automatiquement les premières à prendre. À Grenoble, une étude a montré par exemple qu’un péage urbain avait une plus grande efficacité à l’euro investi qu’un bus à haut niveau de service, mais qu’il posait un problème d’acceptabilité. Il y a donc une logique à privilégier d’abord la seconde option.

 

Résoudre le casse-tête du financement - Patrice Vergriete, président de la communauté urbaine de Dunkerque

Bordeaux, Palais des congrès,Avenue Jean-Gabriel Domergue

Les objectifs sont connus. Nous devons désormais agir à tous les niveaux. Sur les territoires bien sûr. À Dunkerque, nous nous sommes engagés à proposer un transport collectif gratuit d’ici 2018. Nous nous sommes rendu compte en appliquant la mesure le week-end que certaines personnes avaient oublié son existence ! L’Europe est aussi une bonne échelle d’intervention, mais aujourd’hui, elle n’a pas de vision. Quel est son discours sur le prix du baril du pétrole ou sur le dumping environnemental ? Son action est trop saucissonnée. Comme celle de l’État qui s’engage mais manque lui aussi de logique systémique. L’État est multiple et il est difficile de comprendre des décisions parfois contradictoires comme le fait que l’on repousse l’appel d’offres pour l’éolien offshore qui avait été promis rapidement ou que l’on diminue des dotations essentielles. La Caisse des dépôts se demande pourquoi les collectivités n’utilisent pas les prêts qu’elle leur propose. Pour emprunter, il faut des capacités d’autofinancement que l’on a supprimées ! Attention, si la logique « top down » ne fonctionne plus et que l’on n’attend pas tout de l’État, l’enjeu est de mettre en capacité les territoires pour qu’ils prennent des mesures. Et non de les freiner.

 

Bâtiment : massifier la rénovation - Émilie Leproust-Houllier, chargée de mission énergie-climat à la communauté d’agglomération havraise (Codah)

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Toutes les collectivités qui ont des plans climat sentent qu’elles ont besoin d’aller plus loin sur le bâti ancien. Avec le nôtre, nous nous sommes fixés comme objectif de passer de 1 000 à 2 500 logements rénovés par an. Ce qui demande d’agir sur toutes les cibles : de la maison individuelle au bâtiment en copropriété. Nous avons créé un outil pour proposer à chaque habitant une solution technique adaptée à son logement. Pour cela, il a d’abord fallu caractériser le parc du territoire, ce qui a débouché sur une typologie architecturale et technique de trente-sept bâtiments types que nous avons cherché à modéliser pour comprendre leurs faiblesses énergétiques et leur problématique patrimoniale. Un travail avec plusieurs partenaires dont les Architectes des bâtiments de France a permis de comprendre quelles pouvaient être les stratégies de rénovation. Attention aux a priori. On estime souvent qu’il est compliqué d’intervenir dans l’ancien. Nous avons essayé de prouver le contraire. Dans une maison de ville à pan de bois par exemple, nous avons identifié des bouquets de travaux qui permettent d’aller jusqu’au BBC à coût raisonnable. Et même sur notre patrimoine Perret classé par l’Unesco, nous pouvons avancer sans toucher aux murs qui ne représentent que 5 % des déperditions énergétiques. Quand nous présenterons cet outil, les habitants pourront facilement identifier leur problématique pour passer à l’action. Cette étude nous a permis de monter en compétences en travaillant avec la filière et en lui apportant des informations qu’elle n’avait pas.

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