Assises de l'énergie 2016

Après la réforme territoriale et la COP21, les territoires s’emparent de la transition énergétique

| Mis à jour le 02/02/2016
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La 17e édition des Assises de l'énergie - devenue pour l'occasion les Assises européennes de la transition énergétique - ont permis de faire le point sur la dynamique qui s'est installée dans les territoires, un mois et demi après la tenue de la COP21 à Paris. Premier volet de notre décryptage consacré à cet événement.

Il existe de nombreuses manifestations sur la thématique de l’énergie en France. Mais les Assises européennes de la transition énergétique ont quelque chose de différent, surtout lorsqu’elle se tienne, comme pour cette 17e édition (1), à Dunkerque. Elle regroupe les acteurs de cette transition, qui sont impliqués dans des projets ou qui souhaitent se lancer – jusque-là, rien que de normal – mais il règne, pendant ces trois jours, une ambiance particulièrement chaleureux voire carrément festive, avec des choppes de bières généreusement offertes et l’organisation d’un carnaval dunkerquois qui sait faire tomber les barrières, rendant les échanges faciles et souvent passionnés.

Comme d’habitude, le programme de ces assises organisées par la communauté urbaine de Dunkerque, Bordeaux métropole et l’Ademe, était très riche : 16 plénières, 40 ateliers et 66 forums étaient ainsi proposés à près de 3000 participants. Impossible, malheureusement, d’assister à toutes ces conférences, sur des sujets souvent très innovants. Néanmoins, voici quelques points ressortis de ces trois journées d’échanges.

 

L’effet post COP21

Indéniablement, on a pu constater un effet post COP 21. La conférence internationale sur le climat a fortement mobilisé  les acteurs de l’énergie et du climat, que ce soit avant et pendant sa tenue. Un mois et demi après, on sent encore l’émotion de ceux qui l’ont vécu, et qui saluent unanimement l’accord international finalement obtenu. Mais cet évènement mondial a également permis de mobiliser une partie de ceux qui n’avaient pas encore pris le train de la lutte contre le changement climatique. Ce que confirme Claire Roumet, directrice générale de l’association européenne Energy cities, en l’illustrant par un chiffre : «il y a un an, la Convention des maires (qui regroupent les collectivités volontairement engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique, NDLR) comprenait 5000 signataires. Juste un an après, nous en sommes à 6600 ! ».

Pour Anne Walryck, vice-présidente de Bordeaux métropole en charge du développement durable et de la transition énergétique, il faut désormais que les territoires accélèrent leur transition énergétique, « car avec les engagements pris par les Etats à la COP21, nous allons vers une hausse de 3 degrés. L’agenda post 21 pour les territoires est de faire mieux, plus vite … et souvent avec moins. La solution, c’est de le faire ensemble ».

En ce sens, l’engagement pris par la communauté urbaine de Dunkerque (CUD) de devenir un territoire 100% énergies renouvelables à l’horizon 2050 montre la voie. « Le monde a changé et le « top down » ne fonctionne plus, a expliqué Patrice Vergriete, président de la CUD. L’enjeu, c’est l’’empowerment’, c’est de mettre en capacité les territoires et les entreprises, en leur donnant des règles claires et une vision à long terme, et aussi les individus, avec une fiscalité qui oriente le comportement, comme nous allons le faire à Dunkerque en rendant les transports publics gratuits ».

 

Mobiliser plus largement

Les collectivités ont bien conscience qu’elles ont besoin de mobiliser tous les acteurs de leurs territoires, aussi bien les citoyens que les entreprises. »Plus de 80% des émissions de gaz à effet de serre viennent du territoire, a expliqué l’adjointe au Maire de Paris en charge de l’énergie et du climat, Celia Blauel. J’ai donc besoin des habitants, de construire de nouveaux réseaux, des lieux d’échanges, de repenser la démocratie participative. On a cassé la logique de grands blocs qui existaient entre les collectivités, les entreprises et les associations. Il va falloir désormais se frotter, créer des lieux d’échange, … Notre travail est de « contaminer » un maximum de monde », revendique-t-elle.

Même son de cloche du côté de Bordeaux : « On est en train de rebâtir notre politique de développement durable depuis 6 mois avec l’ensemble des élus, entreprises, communes, et on va le faire au prisme des engagements de la COP21, de la nouvelle loi transition énergétiques, des décisions et du calendrier européens, pour mettre le curseur encore plus loin, témoigne Anne Walryck. Concrètement, cela va se faire à travers le nouveau plan climat-air-énergie de la métropole bordelaise ».

 

La place du citoyen

De nombreuses ateliers étaient d’ailleurs consacrés aux citoyens. Par exemple pour travailler sur l’évolution des comportements et sur la baisse des consommations, en s’appuyant sur les compteurs communicants et les smart grids, ou en développant des plateformes d’informations pour accompagner les citoyens dans la rénovation énergétique de leurs logements…

Mais le citoyen est également présent à travers la question du financement participatif, qui est en train de se développer en France, notamment pour l’éolien. Energie Partagée, qui est l’un des principaux acteurs de ce secteur, a ainsi annoncé avoir dépassé le cap des 10 millions d’euros levés. Les Belges sont en avance, sur ce sujet, comme l’explique Dirk Vansintjan, président de REScoop.eu, la fondation européenne des groupes et coopératives de citoyens pour l’énergie renouvelables : « Dans les Flandres, nous disposons aujourd’hui de 24 éoliennes et nous fournissons 1,5% des ménages flamands en énergie issue de l’éolien, du solaire, et de la chaleur produite à partir d’une usine fonctionnant aux granulés de bois ».

 

Après la loi de transition énergétique

Bien évidemment, il a aussi été question de l’évolution du cadre réglementaire. Pour Claire Roumet, fine observatrice de l’évolution des politiques énergétiques européennes, »cette édition des assises de l’énergie a été l’occasion de constater une nouvelle dynamique en France, qui est liée à un double effet : tout d’abord l’adoption de la loi de transition énergétique, qui a mis du temps avant d’être finalisée, mais qui fixe un cap ambitieux. Ensuite, il y a eu une nouvelle phase de décentralisation, avec la loi Notre, les métropoles et les nouvelles régions. Tout cela a pu être source d’incertitudes et d’inquiétudes, mais désormais, le puzzle est en place », analyse-t-elle.

Bien sûr, le portage territorial des politiques énergétiques a été chamboulé. Mais maintenant qu’un nouveau cadre a été défini, il s’agit pour chacun des acteurs (régions, métropoles, intercommunalités, syndicats d’énergies, communes) de se lancer et de trouver sa place. « Il va y avoir des aménagements à faire et de nombreuses choses à rediscuter, avec sans doute des blocages à venir sur certains points, mais à l’heure actuelle on n’en est pas là. Au contraire, on sent vraiment une  dynamique, notamment parce que la transition énergétique est désormais vue comme une opportunité de développement du territoire, et non comme une contrainte » », conclut Claire Roumet. C’est ce qu’ont montré les sessions sur les métiers de la transition énergétique, qui se sont tenus pendant ces trois journées en parallèle de tous les ateliers et forums.

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