Nucléaire

Les maires en renfort pour insuffler une «culture du risque» aux populations

| Mis à jour le 02/02/2016
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Une campagne nationale de distribution de comprimés d’iode débute lundi 1er février 2016 à l’attention des personnes situées dans un rayon de 10 km autour des 19 centrales du pays. Cette opération, pilotée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), vise également à diffuser une « culture du risque et de la radioprotection », en sollicitant le concours des élus locaux. L’Association nationale des CLI (ANCCLI) salue cette nouveauté par rapport aux éditions précédentes… en souhaitant néanmoins qu’une part plus grande de la population soit ciblée.

Le premier objectif de cette cinquième campagne nationale, après 1997, 2000, 2005 et 2009, est, comme les précédentes, de remplacer le stock de comprimés d’iode stable distribués il y a sept ans et arrivés à péremption. A cette fin, un bon de retrait en pharmacie sera envoyé à partir de lundi 1er février 2016 aux 427 000 foyers résidant dans les 500 communes situées dans un rayon de 10 km autour des 19 centrales nucléaires du pays. La procédure est expliquée dans le courrier, de même que l’intérêt d’ingérer de l’iode stable en cas de rejet d’iode radioactif dans l’environnement : il protège la glande thyroïde. Un dépliant détaillant les six réflexes à adopter en cas d’accident est joint.

Au-delà des comprimés

Car, contrairement aux précédentes, la campagne 2016 entend explicitement « développer une culture du risque et de la radioprotection » chez les riverains, explique le directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en charge de son pilotage, Alain Delmestre. « En 2009, seuls 50% des destinataires du bon étaient allés chercher les comprimés en pharmacie (un envoi postal est programmé en fin d’année pour ceux qui ne se sont pas déplacés, ndlr), bien que 80% aient reconnu avoir eu connaissance de l’opération, poursuit-il. Cela nous a interrogés. »

Les maires sollicités

Décision a donc été prise de renforcer l’information sur le sujet. Et ce, en s’appuyant en particulier sur les élus locaux. En décembre 2015, une vingtaine de réunions ont été organisées par les préfectures pour sensibiliser les maires. « On leur a demandé de s’impliquer dans le relais de l’information, à travers leurs sites web, leurs publications, leurs journaux lumineux, précise Alain Delmestre. Les maires ont aussi une responsabilité, tant à l’égard des gens qui y travaillent que du public qui les fréquente, vis-à-vis des établissements recevant du public (ERP), centres commerciaux, restaurants, salles de sport ou encore écoles (70 000 ERP sont concernés par cette campagne, ndlr). »

« Créer un réflexe durable »

Le maire de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), Jean-Michel Catelinois, se réjouit du recours aux élus locaux, car « le travail de proximité est essentiel ». Il fait ainsi état, avec regret, d’une faible mobilisation de ses homologues sur son territoire. Sa collectivité accueille la centrale du Tricastin. Au comité de pilotage de la campagne nationale, il représente l’Association des communes ayant un site nucléaire d’implantation (Arcicen). Il voudrait une information « continue, et non une fois tous les sept ans ». Pour ne pas « banaliser le risque ». C’est aussi l’intention de l’ASN, qui mènera « des actions régulières d’information des populations d’ici la prochaine campagne en 2023 », promet Alain Delmestre. Afin de « créer un réflexe durable de radioprotection ».

Sur le modèle de la sécurité routière

Le président de l’Association nationale des commissions locales d’information (ANCCLI), Jean-Claude Delalonde, applaudit à cette initiative… tout en demandant à voir. Outre des « piqûres de rappel », il attend des pouvoirs publics qu’ils « fassent œuvre de pédagogie » sur la culture du risque nucléaire, suggérant, par exemple, d’aller « à la rencontre des gens jusqu’à leur domicile ». « Pourquoi pas des spots télé, comme cela se fait en matière de sécurité routière, propose-t-il encore. On y expliquerait qu’un accident est toujours possible et qu’un dispositif est alors prévu. Il ne devrait rien avoir de perturbant à informer la population. »

« Raisonner en bassin de vie »

Les CLI réclament également un élargissement du champ concerné par la campagne, aujourd’hui restreint aux 10 km du Plan particulier d’intervention (PPI), ainsi qu’une autre approche. « Plutôt qu’une distance uniforme, il faudrait raisonner en bassin de vie, justifie-t-il. Par exemple, dans un rayon de 10 km autour de la centrale de Gravelines (Nord), on ne trouve ni Dunkerque, ni Calais (Pas-de-Calais), qu’on intègre en revanche à 20 et 30 km. » « Même si on nous assure que des stocks complémentaires sont à la disposition des préfets pour couvrir l’ensemble du territoire en cas de besoin, complète-t-il, je suis persuadé que des problèmes se poseraient en cas d’urgence si les populations, dont les maires, n’y ont pas été préparées. »

Une chose après l’autre

« La priorité est de mobiliser les populations les plus proches des centrales donc dans le périmètre des 10 km, lui répond Alain Delmestre. On aura franchi un pas très important si nous y parvenons. » Il se déclare cela dit favorable à ce que des simulations de distribution de comprimés d’iode au-delà de cette zone soit réalisées lors des exercices de crise. Encore faudra-t-il alors que lesdits exercices de crise soient pleinement assumés par les préfets. Et, en la matière, on peut mieux faire

 

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