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Conflits d'aménagement

A Agen, les opposants locaux relancent la bataille du technopôle via une « ZAD »

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Régions

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ZAD_Agen © Blog de la ZAD d

L’installation d’une « Zone à défendre » (ZAD) bloquant le lancement des travaux, soutenue par la guérilla juridique livrée par un collectif d’opposants locaux, empêche l’agglomération d’Agen de livrer son projet de technopôle dans les temps. Plongé dans l’expectative, l’exécutif résiste et tente de se défendre pour ne pas perdre le soutien de la population agenaise, mais en appelle à « l’autorité de l’Etat » pour régler le conflit.

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ZAD : sortons de l'impasse !

 

« Nouvelle zone d’activités économiques (ZAE) de premier plan, synonyme de troisième relance industrielle » ou « projet anachronique, engendrant l’artificialisation irréversible de terres nourricières » ? Pensé dès 2007, le technopôle Agen Garonne (TAG) fait toujours débat près de dix ans plus tard.

Implanté à une dizaine de kilomètres de cette ville moyenne du Lot-et-Garonne, ce projet de ZAE permettrait de « créer des milliers d’emplois » à en croire son promoteur, la communauté d’agglomération d’Agen (31 communes, 98 600 habitants). Faux, lui répond Suzanne Calmon, coordinatrice du Collectif de défense des terres fertiles (CDTF), estimant au contraire qu’il viabiliserait 220 hectares, sans pour autant tenir ses ambitieuses promesses de développement.

« Nous n’aménageons pas pour le plaisir d’aménager. A travers ce technopôle, il s’agit de lutter contre l’important taux de chômage [18,5% en 2012, Ndlr] qui frappe notre population », se défend Denis Solivérès, directeur général des services de la ville et de l’agglomération. Coriaces, les opposants délaissent les arguments classiquement utilisés par les environnementalistes et se placent directement sur le terrain des décideurs.

Endettement et vacance commerciale

« Nous sommes prêts à sacrifier des terres agricoles si cela permet de créer des emplois » assure Suzanne Calmon, qui dit refuser d’opposer l’écologie à l’économie. L’ex-conseiller régional (EELV) d’Aquitaine et membre du CDTF, Bernard Péré, justifie son combat parce qu’« il n’est plus possible, aujourd’hui, d’ignorer les effets climatiques dus à l’artificialisation des sols tout comme l’endettement de l’agglomération qui signifierait la réduction de l’aide aux projets communaux. »
Surfant sur la crise économique, eux et leurs alliés alertent également sur les friches que le TAG risque d’engendrer dans les zones alentour, où la vacance serait importante et où il resterait encore du foncier disponible.

Est-ce donc là le signe d’un projet de développement économique bancal ? « Etant donné que nous sommes passés au travers de tous les filtres juridiques et administratifs, que nous ne prévoyons pas de noyer une vallée, et que notre département ne manque pas de terres agricoles mais bien de paysans, les opposants sont contraints d’élargir le débat sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas» balaye d’un trait le maire (UDI) d’Agen et président de l’agglomération, Jean Dionis du Séjour.

La joute entre les deux camps n’est pas seulement verbale, mais aussi judiciaire. Le collectif de défense des terres fertiles – qui regroupe des syndicats, associations, élus et citoyens – a obtenu, l’année dernière, l’annulation du Plan local d’urbanisme de Sainte-Colombe-en-Bruilhois – la commune où doit être implantée le technopôle – pour défaut de concertation, entraînant, quelques mois plus tard, l’invalidation de la Déclaration d’utilité publique (DUP).

« Cette victoire nous fait gagner entre trois et neuf mois » calcule le CDTF, qui table également sur des retards de plusieurs suite à de premières fouilles d’archéologie préventive fructueuses. Le lancement des travaux est, quoi qu’il en soit, bloqué depuis fin 2014, lorsque les opposants locaux ont décidé de quitter le terrain de la désobéissance civile, qui prévalait à l’époque des manifestations contre l’extension d’un camp militaire au Larzac.

Utilité publique avérée et respect des procédures

A leur demande, plus d’une trentaine d’individus – essentiellement des marginaux – sont en effet venus constituer une « Zone à Défendre », en occupant aussi bien des baraquements et des campements de fortune que des maisons abandonnées. Ils bénéficient également parfois de l’afflux de renforts venus de Sivens, situé à un peu plus d’une centaine de kilomètres. En fonction des saisons, leur nombre peut grimper jusqu’à cinquante.
« L’occupation est l’ultime résistance au mode d’action violent et souvent para-légal d’une administration en couple avec le secteur privé des travaux publics » se justifie le collectif dans ses tracts, tentant de rassurer la population agenaise.

« La majorité de la population soutient notre projet, dont l’utilité publique est avérée. Et pour cause : il a été élaboré de manière correcte, en respectant toutes les procédures liées aux règles d’urbanisme, sans expropriations. Malgré  cela, des « punks à chien, à tendance environnementaliste » – je reprends sciemment les mots du ministre de l’Intérieur – nous mettent au pied du mur, en ne respectant ni l’Etat de droit ni les libertés individuelles » soupire Denis Solivérès.
« Ces opposants sont loin d’être mus par les idéaux défendables qu’ils s’octroient », faisant implicitement référence au cas de Joseph Bonotto, agriculteur qui accueille certains ZADistes sur son exploitation, et qui ne serait « mu que par ses intérêts personnels. »

Se targuant du soutien des dirigeants de la Coordination rurale – le syndicat majoritaire à la chambre d’agriculture –, les promoteurs du technopôle souhaitent débuter au plus vite les travaux. Tout au long de l’année 2015, Jean Dionis du Séjour n’a eu de cesse de solliciter l’intervention des CRS, avant l’annulation de la DUP et donc des mesures d’expulsions des ZADistes qu’elle autorisait. En vain.
« La ZAD a fini par s’enraciner, après des mois de laissez-faire de la part de l’Etat. Mais le dialogue n’est plus possible  entre ces militants de la décroissance et mon équipe. Il y a un réel problème d’autorité dans ce pays » regrette celui qui a été directeur général des services d’Agen de 1988 à 1995 avant d’y être élu.

Un conflit profond, amené à durer

Les militants politiques et environnementalistes du collectif continuent, pour leur part, de structurer l’opposition afin d’opérer un rééquilibrage du rapport de forces. Malgré le ralliement des quatre autres syndicats agricoles (de la FDSEA jusqu’à la Confédération paysanne), ils estiment toutefois ne pas pouvoir combattre à armes égales.

« L’agglomération dispose d’un staff de juristes et mandate des cabinets d’études pour produire de la « fausse objectivité » – une forme de propagande destinée à servir les ambitions d’un élu mégalomane » dénonce Suzanne Calmon. A l’entendre, Jean Dionis du Séjour serait d’autant plus déterminé à mener à bien ce projet qu’il serait lui-même propriétaire de plusieurs hectares et souhaiterait faire fructifier la valeur de ces terres agricoles.

Loin de se démonter, l’élu dément avoir de telles visées et contre-attaque : « les maires-bâtisseurs comme moi, ayant des projets d’investissement et désireux de participer, à leur modeste hauteur, à la création d’emplois, se retrouvent désormais en première ligne. J’attaquerai en diffamation ces opposants, qui salissent ma famille pour que je me réfugie dans l’immobilisme » promet-il.

Une chose est sûre: le conflit est assurément loin d’être terminé. En attendant, le technopôle n’est pas prêt de voir le jour et la majorité des terres agricoles concernées par le projet ne sont plus exploitées.

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