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DÉBAT
Faut-il rouvrir des mines en France ?
Isabelle Verbaere | Actualité Club Techni.Cités | France | Publié le 27/01/2016

Faut-il relancer les mines en France ? A la fin du mois de janvier, le gouvernement devrait en effet communiquer le bilan des réflexions d’un groupe de travail sur les mines responsables. En amont, la Gazette organise le débat, entre Jean-Claude Guillaneau, directeur des géoressources au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et Philippe Bihouix, ingénieur, auteur de « L’Age des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable ».

wagon de mine

Des espaces ruraux à valoriser

Jean-Claude Guillaneau, directeur des géoressources au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM [1])

JC-guilleneau

Le potentiel minier français est suffisamment important pour justifier la réouverture de mines. Trois métaux présentent un fort potentiel de développement sur le territoire métropolitain : l’or, le tungstène et l’antimoine. Plus d’une vingtaine de gisements importants, voire très importants, ont été identifiés. Une dizaine de permis d’exploration ont déjà été accordés, mais pas encore de permis d’exploitation.

L’activité minière constitue, de fait, une opportunité de développement économique local, créatrice de 100 à 300 emplois directs sur le site. Et, comme toute activité industrielle primaire, chaque poste engendre 10 postes secondaires et tertiaires.

Avec le développement du tourisme industriel, la mine est également susceptible de représenter un atout touristique. Et cette activité favorise aussi la construction de nouvelles infrastructures qui survivront à la fermeture de la mine.

La mine responsable s’inscrit dans un projet de territoire. Le livre blanc qui lui est consacré, qui devrait être publié d’ici à fin janvier, en atteste. Il a été rédigé par un comité de pilotage instauré en mars 2015 par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron. Ce comité, réunissant notamment des élus, des industriels, des associations de protection de l’environnement et des experts du Bureau de recherches géologiques et minières, a aussi élaboré une convention d’engagement volontaire de l’industrie minière.

Chaque opérateur sera invité à y adhérer. Cette convention présente des engagements favorables à la revitalisation des territoires ruraux, qui ne pourraient pas figurer dans le code minier, même dans sa version réformée. Un exemple : l’un de ces engagements prévoit que l’opérateur minier privilégie chaque fois que possible des achats auprès des prestataires locaux. C’est une mesure simple, mais qui va dans le bon sens, d’autant que l’indicateur élaboré permettra à une commission de contrôle d’évaluer l’implication de l’industriel. Certes, l’activité minière n’est pas pérenne, mais il existe aujourd’hui des techniques d’exploitation aptes à la prolonger jusqu’à vingt, voire trente ans.

Penser « générations futures »

Philippe Bihouix, ingénieur, auteur de « L’Age des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable », Seuil, 2014

philippe-bihoux

Par essence même, une mine n’est jamais durable. On peut réduire son impact environnemental, choisir une extraction moins perturbante pour les milieux naturels – souterraine plutôt qu’à ciel ouvert, par exemple -, gérer correctement les résidus et éviter la pollution des eaux, ne pas utiliser de produits chimiques toxiques, etc.
Mais, une mine finit toujours par s’épuiser, typiquement au bout de vingt-cinq à trente ans, à raison d’une extraction de 3 à 4 % de ses réserves chaque année.

Certes, ouvrir une mine crée des emplois locaux, mais surtout lors de la mise en exploitation du site, car cette activité industrielle étant fortement mécanisée, le volume de l’emploi chute dans les années qui suivent.

Cet « extractivisme », en France, comme ailleurs, relève de la fuite en avant. Pour suivre la croissance de la demande, on a presque triplé le tonnage extrait de minerais de fer, d’aluminium et de nickel, et plus que doublé celui de cuivre, de zinc et de plomb, en à peine vingt-cinq ans. Mais la qualité et l’accessibilité des ressources se dégradent.

Plutôt qu’ouvrir de nouvelles mines, il faut tendre vers une baisse drastique des extractions, afin de préserver les générations futures d’une trop grande pénurie. Pour compenser cette baisse, il faudrait d’abord recycler davantage les métaux ; les marges de progrès sont énormes. Cependant, cette mesure sera de portée limitée, car les métaux font l’objet d’usages dispersifs comme pigments, additifs et pesticides, qui empêchent leur récupération.

Ils font aussi partie d’alliages ou sont utilisés en quantités infimes dans un produit complexe, et il est alors impossible ou très onéreux de les isoler. Ainsi, nombre de métaux de spécialités, utilisés en électronique, sont recyclés à moins de 1 %. Nous n’avons donc pas d’autres choix que de réduire, à la source, chaque fois que c’est possible, notre consommation de matières premières.

Il existe une très large gamme d’actions imaginables, dont certaines sont déjà mises en œuvre par les collectivités locales, tels la création de recycleries, le soutien au circuit court, ou encore en favorisant l’usage du vélo au détriment de la voiture.

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