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Réforme territoriale

Métropole du Grand Paris: « une première étape nécessaire, mais à renforcer »

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, Régions

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SIMON RONAI, DIRECTEUR DU BUREAU D'ETUDE ORGECO © S. GAUTIER / LA GAZETTE

Créée début 2016 et dotée d’un président consensuel depuis le 22 janvier, la métropole du Grand Paris a reçu un accueil timoré. L’urbaniste Simon Ronai, directeur du cabinet d’études Orgeco, se félicite pour sa part de l’étape qui vient d’être franchie ainsi que de l’achèvement de la carte intercommunale en Île-de-France. Néanmoins conscient que ce processus ne débouchera pas automatiquement sur la constitution d’une véritable communauté de destin, ce spécialiste de géopolitique locale appelle à analyser ses potentialités sur le temps long.

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Grand Paris : un débat capital

 

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Agenda : 22 juin

Ne manquez pas la conférence Grand Paris organisée par la Gazette : comment relever les défis institutionnels, financiers et économiques de la nouvelle métropole.

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A quel mal est censée répondre la création de la métropole du Grand Paris ?

Sans même aborder le cas des 41 communes isolées, la majorité des intercommunalités de la petite couronne résultaient, jusqu’ici, de préoccupations géopolitiques court-termistes. Elles correspondaient davantage à des « fiefs » à forte complicité politique et/ou homogénéité sociale qu’à de véritables territoires de vie et de projets, mis à part quelques Contrats de développement territorial (CDT).

La métropole du Grand Paris vise donc deux objectifs : corriger l’extraordinaire fragmentation institutionnelle qui prédominait jusqu’à il y a peu, encore, en Ile-de-France, et donner une visibilité internationale en passant du « Petit » au « Grand Paris ». Cette nouvelle structure n’a pas été créée pour satisfaire des « professionnels de la politique » à la recherche de postes supplémentaires, mais bien pour rendre plus juste et efficace ce vaste espace aussi interdépendant qu’inégalitaire.

Quelles étaient les conséquences de cette organisation territoriale si peu efficiente à vos yeux ?

Bien que largement ignorées du grand public, les conséquences de ces découpages institutionnels se sont révélées désastreuses. Au cours des dernières décennies, les réalités socio-territoriales différenciant les banlieues riches et pauvres ont été sans cesse renforcées par le déficit de coopération intercommunale.

Faute d’une autorité politique légitime élaborant, à la bonne échelle, des politiques publiques régulatrices, le mouvement de valorisation des sols a eu pour conséquence de repousser toujours plus loin tous les citoyens qui ne pouvaient pas payer, accentuant ainsi les inégalités que les décideurs disaient pourtant vouloir résorber…

Dans ce cas, pourquoi a-t-il fallu attendre autant de temps pour rationaliser le paysage politique francilien ?

Le cœur de la région parisienne n’a rien de comparable avec les métropoles de province, tant par sa taille et sa démographie… que par les relations conflictuelles opposant la capitale et ses voisins. Les villes de Boulogne-Billancourt, de Montreuil ou Saint-Denis ne sont pas de simples banlieues-dortoir que Paris aurait pu avaler, mais bel et bien de puissantes collectivités de plus de 100 000 habitants, disposant d’une tradition politique affirmée, qui s’estimaient donc tout à fait légitimes à rester autonomes.

Par ailleurs, la gestion efficace des services urbains  (transports, eau, déchets, énergie etc.) par de grands syndicats intercommunaux a également permis au statu quo politique de perdurer. Mis à part la trop faible construction de logements et le déficit de visibilité internationale, rien ne poussait véritablement l’Etat central – qui craignait, pour ne rien arranger, l’émergence d’un contre-pouvoir – à forcer le débat institutionnel sur ce territoire stratégique et moteur pour toute la Nation.

Mais alors comment s’explique le faible enthousiasme que suscite, aujourd’hui, la création de la MGP ?

Ignorant les soubassements des enjeux institutionnels, la plupart des citoyens franciliens voient dans la métropole un outil technocratique inutile, qui leur coûtera de l’argent en plus de représenter un recul démocratique. A l’image de la construction européenne, elle apparaît à beaucoup comme une couche de plus, inventée par les élites à l’encontre des intérêts du peuple.

Beaucoup d’experts voient, eux aussi, le verre à moitié vide. Et pour cause : la métropole intégrée rêvée par l’Etat et toute la technostructure n’est pas pour demain, les égoïsmes communaux ne s’effaceront pas d’un coup de baguette magique, les prix de l’immobilier resteront élevés tant qu’une autorité politique volontariste n’intervient pas sur le logement, les richesses resteront mal réparties, etc. Ils n’ont pas totalement tort.

Pour ma part, je préfère néanmoins retenir que la MGP est une première étape intéressante, qui ouvre une nouvelle ère. En effet, la grande majorité des maires ont aujourd’hui enterré l’idée d’un retour pur et dur aux communes. Tous admettent la nécessité de traiter les questions de mixité sociale, de mobilisation du foncier, de fiscalité locale, d’implantation des sièges sociaux ou de crise climatique au niveau métropolitain.

Quel élément a poussé les maires d’Ile-de-France à accepter, après des années de résistance, la donne métropolitaine ?

Face aux multiples pressions extérieures qu’ils subissaient, les maires – y compris ceux n’étant pas de farouches métropolitains – ont pris conscience de la nécessité de se fédérer pour défendre leurs intérêts communs. Si bien que la MGP n’a finalement que peu de choses à voir avec le clivage gauche-droite. Elle est bien davantage le fruit d’un rapport de forces entre, les élus municipaux  – toutes couleurs politiques confondues – et un large éventail d’acteurs :   l’Etat – incarné par le préfet de région comme par Bercy –, les parlementaires de province, les appareils politiques, le monde économique, les experts, etc.

Alors que ce territoire a longtemps été directement administré par l’Etat central, les exécutifs locaux ont ainsi imposé leur vision au gouvernement, comme aux multiples « experts », et  réussi à obtenir des délais supplémentaires pour mettre en place la MGP progressivement. Les maires sont également parvenus à geler le fonds de péréquation intercommunale et communale (FPIC), alors que députés et sénateurs sous-estiment les difficultés sociales propre à la région parisienne, et la considèrent comme une poule aux œufs d’or ayant vocation à financer le reste du territoire national.

A quel prix s’est réalisée cette « victoire des maires » ?

A l’exception des quelques pionniers rassemblés autour de Bertrand Delanoë et Pierre Mansat, l’embarquement de la plupart des  maires dans l’aventure métropolitaine obéissait à une stratégie purement défensive. On ne peut pas vraiment dire que la MGP résulte d’une prise de conscience sur la violence des inégalités et l’urgence de les réduire. Fonctionnant au consensus et à la négociation, il y a d’ailleurs fort à parier que le rééquilibrage social et fiscal au sein du territoire métropolitain se fasse lentement.

Si personne ne souhaite que le Grand Paris soit vidé de ses familles de classes moyennes pour finir seulement habité par les plus riches ou les plus pauvres, aucun maire n’est prêt, pour autant, à abandonner son pouvoir de délivrance de permis de construire. Le logement pose la question du peuplement de leur ville et donc des fragiles équilibres électoraux.

Pour autant, il ne faut pas laisser croire que les élus soient uniquement guidés par des  enjeux de pouvoir. Ils mènent le plus souvent la politique… de leur électorat.  Ainsi de nombreux maires ont été élus, en 2014, sur la promesse de construire moins et d’infléchir les politiques de diversité  sociale, tout en réduisant la pression fiscale.

La création de la MGP et l’élection de Patrick Ollier ne devraient donc pas déboucher sur une réduction immédiate des inégalités au sein de la métropole…

Bien que l’impact de l’organisation territoriale francilienne dans le creusement des inégalités socio-spatiales soit pointé du doigt depuis longtemps – notamment par certains grands maires des métropoles régionales, qui dénonçaient déjà la responsabilité de ces disparités dans les émeutes de 2005 –, ce thème clivant ne semble en effet pas prioritaire.

De nombreux maires de droite et/ou de communes riches estiment que les spécialisations sociales excessives résultent d’abord  des choix de politiques publiques définies localement, alors que les maires de gauche y voient plutôt l’effet  des dynamiques spatiales ségrégatives liées à la mondialisation libérale.

Vu les postures d’un camp comme de l’autre, réduire les inégalités sociales, fiscales, territoriales s’apparente donc à un chantier politique d’envergure, d’autant que  Patrick Ollier, à l’instar de la quasi-totalité des maires du conseil Métropolitain, excluent  d’imposer des politiques interventionnistes chez leurs voisins Dans l’immédiat, ce sont les  débats techniques sur les répercussions financières et fiscales de la MGP et sur les transferts de compétences qui l’emportent. La nécessité de tempérer la concurrence territoriale entre les 12 EPT et la construction d’un projet métropolitain plus inclusif ne devraient pas être abordée avant plusieurs mois.

Quel genre de relations la MGP va-t-elle entretenir avec les autres niveaux de collectivités ?

Après un bras de fer politique intense, l’élection dans un très large consensus du député-maire (LR) de Rueil-Malmaison à la tête de la MGP ne doit pas faire oublier qu’il a dû multiplier  les promesses parfois contradictoires pour rallier tous les suffrages : s’engager a remettre la loi Notre en chantier, rester prudent sur la question des relations avec la région, amorcer la réflexion sur le projet métropolitain en combinant attractivité, compétitivité et solidarité, préserver le pouvoir des maires… En réalité, le point d’équilibre, ici, est la notion de « coopérative de villes », qui montre bien la prudence avec laquelle les élus s’engagent au sein de  chaque EPT : les mutations à venir  seront, par définition lentes et progressives.

D’autres éléments doivent être intégrés dans l’analyse alors que le vote Front national a confirmé la fracture entre la petite et la grande couronne lors des dernières élections régionales. Le point de vue développé par la nouvelle présidente du conseil régional, Valérie Pécresse, sur l’extension du périmètre de la MGP au-delà du cœur urbain de l’Ile-de-France apparaît davantage fondé que par le passé.

L’hypothèse d’une région-métropole est aussi avancée pour justifier  le rapprochement entre les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines, ou la constitution de l’association « Grande couronne capitale » regroupant les conseils départementaux de l’Essonne, de la Seine-et-Marne, du Val-d’Oise et des Yvelines.

Ces atermoiements politico-administratifs sont-ils susceptibles de mettre à mal l’idée métropolitaine ?

Assurément, la MGP d’aujourd’hui n’est qu’une première étape, dans le temps comme au niveau territorial. Ce qui n’empêche pas l’idée métropolitaine d’avancer de jour en jour, grâce au Grand Paris express, aux Jeux olympiques 2024 et à l’Exposition universelle 2025, au Vélib’ métropolitain, au plan Climat ou encore au livre blanc de l’économie circulaire, etc. Toutes ces initiatives prises en dehors des enceintes institutionnelles strictement locales tentent d’amorcer des approches plus transversales et partagées, de type métropole attractive inclusive et solidaire.

La concurrence internationale d’autres métropoles, françaises comme étrangères, renforce  la pression extérieure, ce qui invite les maires à accompagner ce mouvement radical de réévaluation des échelles et de coopérations renforcées. Le plus vite serait le mieux : il y a besoin de donner du sens à toutes ces dynamiques, trop  peu coordonnées entre elles, afin de construire un véritable esprit et un récit métropolitain fédérateur.

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