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Prévention de la radicalisation

Radicalisation : les maires de banlieues interpellent l’Etat sur sa « politique d’austérité »

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu prévention sécurité, Actualité Club finances, France

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A la demande du gouvernement, l’association des maires "Ville & Banlieues" a remis, jeudi 14 janvier, ses propositions destinées à « prévenir les dérives sectaires et fondamentalistes. » Qu’il s’agisse d’éducation, d’emploi ou de justice, la mobilisation effective des moyens de droit commun de l’Etat dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville est, selon leurs maires, la priorité pour éviter que la République française continue de former ses propres djihadistes.

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Lutte contre le terrorisme : le gouvernement somme les collectivités de prévenir la radicalisation religieuse

 

De la prévention de la délinquance à l’éducation et l’emploi, en passant par la formation professionnelle, le soutien à la parentalité ou la sécurité, les pistes des élus de banlieues afin de prévenir la radicalisation susceptible de mener au terrorisme ne manquent pas.

Sollicités par le ministère de la Ville dans la foulée des attentats du 13 novembre, les vingt membres du bureau de l’association apolitique Ville & Banlieue ont partagé leurs retours d’expérience ayant fait leurs preuves sur le terrain. Ce brassage d’idées leur a permis de faire ressortir trois enjeux prioritaires déclinables en de multiples actions.

« Nous avons rendu notre devoir à Patrick Kanner, mais nous lui avons immédiatement expliqué que nous n’avions pas réinventé l’eau chaude. Il n’y a rien d’exceptionnel dans les mesures que nous lui avons faites », lance d’emblée Marc Vuillemot, usant d’une franchise rompant avec le ton convenu et mesuré habituellement de rigueur lors des conférences de presse. Le président de Ville & Banlieue a néanmoins souhaité les rendre public, dans un café du 10ème arrondissement, à quelques centaines de mètres d’un des lieux des attentats du 13 novembre. Objectif : éviter qu’elles ne vieillissent mal au fin fond d’une armoire du ministère de la Ville.

Un guide anti-Apartheid à destination du gouvernement

« Notre rapport peut se lire comme un guide « Anti-apartheid social, territorial et ethnique. » Alors qu’elle est aujourd’hui une addition de symboles et d’effets d’annonces, notre idée était de montrer comment mettre la République en actions. Nos propositions, toutes réalistes, demandent toutefois de la volonté politique pour être concrétisées » ajoute malicieusement le maire (PCF) de Grigny (Essonne), Philippe Rio. « L’Etat manque encore trop fréquemment à ses propres engagements. »

« Nous avions déjà alerté en 2012 sur la nécessité de relever le défi de l’égalité réelle entre la population de nos quartiers et le reste de la société. La réponse régalienne est indispensable après les attentats de 2015, mais nous insistons toujours autant sur le fait que les réponses sécuritaires ne peuvent pas suffire : il y a besoin de reconstruire les politiques de prévention en renforçant les moyens de l’Education nationale, et en favorisant l’accès à la culture et au sport, etc » égrène Gilles Leproust, secrétaire général de l’association et maire (FdG) d’Allonnes, située en périphérie du Mans (Sarthe).

Au fur et à mesure des prises de parole de ces élus des quartiers prioritaires se devine, en creux, la nécessité d’être davantage soutenu par l’Etat. « Si je décide de recruter des policiers municipaux supplémentaires dans ma ville, je sais pertinemment que les effectifs de la police nationale baisseront l’année prochaine… Pourtant, il est d’autant plus facile de renforcer le fléchage des moyens de droit commun dans les quartiers que les instruments existent avec le réseau de l’Education prioritaire ou les zones de sécurité prioritaires (ZSP). Le ministre de la Ville ne doit pas hésiter à se montrer plus offensif et casser les pieds de ses collègues. Patrick Kanner doit ainsi rappeler à l’ordre Fleur Pellerin, qui ne respecte pas son engagement pris dans le cadre des « pactes culturels » de maintenir le niveau de subventions » illustre, dépité, le maire (PS) de la Seyne-sur-Mer (Var).

La puissance publique affaiblie par les politiques d’austérité ?

« Une République qui protège doit avoir les moyens d’agir. Ce n’est malheureusement pas le cas de la Justice qui n’a même pas les moyens de lutter contre la récidive : faute de juges pour enfants disponibles, un jeune mineur délinquant sera généralement sanctionné que 6 à 12 mois après la commission des faits, de quoi lui laisser le temps de revenir pavaner dans le quartier et lui offrir un sentiment d’impunité. Etant donné que la Protection judiciaire de la jeunesse n’a plus les moyens d’assurer son suivi éducatif lorsque le verdict sera prononcé, il continuera son parcours de petit délinquant jusqu’à aller en prison, d’où il ressortira quelques années plus tard en étant encore plus violent. La politique d’austérité déstructure notre jeunesse. Les différentes étapes de ce cercle vicieux sont parfaitement connues des élites politiques et administratives » assène Philippe Rio.

Marc Vuillemot n’a pas oublié la promesse formulée par François Hollande, au Congrès, de faire primer le pacte de sécurité sur le pacte de stabilité budgétaire. Persuadé que le manque de volonté politique ne vient pas d’un manque de moyens financiers, le maire de la Seyne-sur-Mer estime que « le gouvernement a raison de soutenir la dynamique économique avec le CICE, mais il pourrait également faire un geste pour les quartiers.»

« En Sarthe, l’Etat consacre 110 millions d’euros par an au CICE. Pourtant : le chômage ne cesse pas d’augmenter à Allonnes. Ne pourrions-nous pas rendre ces aides plus pertinentes en les réorientant vers de la formation professionnelle ou l’insertion ? » fait mine de s’interroger Gilles Leproust. « Nous avons besoin de services publics nationaux et locaux efficaces pour relever tous les défis que nous posent la radicalisation et le terrorisme. Le dogme du déficit public et la baisse des dotations ne peuvent plus avoir raison des services de proximité concourant à la prévention de toutes ces dérives. »

Soutenir les quartiers prioritaires contre le fondamentalisme

Autre cheval de bataille des trois maires représentant l’association Ville & Banlieue : éviter la stigmatisation des quartiers prioritaires de la politique de la ville et de leurs habitants. « Je souhaiterais rappeler que s’il ne peut pas y avoir d’excuse sociale des actes terroristes, il n’existe pas non plus de déterminisme territorial au passage à l’acte. Plus de 95% des jeunes de nos quartiers ne sont ni des délinquants ni des apprentis djihadistes, mais ils ont besoin d’une République inclusive qui les aide au quotidien à bâtir leurs projets de vie. »

« Lors des cérémonies du 14 juillet dernier organisées dans ma ville, je n’ai jamais vu autant d’enfants des quartiers populaires. Après les attentats du 13 novembre, beaucoup d’habitants des cités HLM ont accroché le drapeau français à leurs fenêtres » témoigne Marc Vuillemot.

« Des débordements sont venus perturber les minutes de silence organisées après l’assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo dans certains collèges de nos quartiers, mais je retiens aussi que je n’avais jamais vu autant d’enfants chanter la Marseillaise. Je n’ai par ailleurs pas eu besoin de demander quoi que ce soit à la communauté musulmane pour qu’elle condamne publiquement ces attentats lors des cérémonies laïques que j’ai organisé à l’hôtel de ville » renchérit le maire de Grigny. « Il faut prévenir la radicalisation pour limiter le risque d’attentats, mais il y a aussi un combat à mener à l’intérieur de nos quartiers. Notre population a besoin que la République l’accompagne sur le terrain dans leur combat contre les fondamentalistes. »

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