Prévention des risques

« Si c’est rentable, on peut s’adapter à l’élévation du niveau de la mer »

| Mis à jour le 04/01/2016
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Pour Laurent Labeyrie, membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et élu local à Arzon (Morbihan), les collectivités peuvent s’adapter aux risques de submersion et à l’érosion du littoral. A condition de ne protéger la côte que si l’enjeu économique ou culturel surpasse l’élévation du niveau marin.

Peut-on s’adapter à la hausse du niveau de la mer ?

Le problème de l’augmentation du niveau marin n’est pas sa lente montée – quelques millimètres chaque année, avec une estimation d’élévation de 30 centimètres en France métropolitaine d’ici 2050 -, mais les surcotes possibles en cas de tempête à l’heure de pleine mer d’une grande marée. Le changement climatique amplifie ces effets. Dans le delta du Rhône, l’érosion est permanente mais depuis une centaine d’années, avec la construction de barrages, le fleuve n’apporte plus de sable : la Camargue s’érode et le trait de côte recule de 150 mètres chaque année. A l’échelle de 50 à 100 ans, ces grands deltas sont condamnés. On observe aussi que les petits cours d’eau qui servent à abreuver le bétail sont de plus en plus salés ; ça pose problème.

On peut s’adapter : la preuve, les Hollandais construisent des barrages et des digues. Ça coûte cher, il faut donc que ce soit rentable économiquement et que les territoires préservés en valent la peine. En Hollande, il y a beaucoup de sable au large. On construit des dunes artificielles, elles sont érodées à chaque tempête ; au fur et à mesure il faut refaire ces protections. Cela coûte cher, mais c’est rentable. En France, nous sommes dans une situation différente car on ne dispose pas d’autant de sable même si on en a un peu le long de la Manche et au large de la Loire.

En France, dans quelle mesure peut-on donc s’adapter ?

La limite entre les parties continentales et marines change constamment. Auparavant, ce n’était pas grave, mais aujourd’hui, les habitants s’installent dans des lieux en prenant des risques. La réponse dépend donc des enjeux financiers en retrait de la côte et de l’argent qu’on est prêt à mettre. Le domaine public maritime appartient à l’Etat. Sa philosophie est de laisser faire la nature. La défense des côtes revient alors aux collectivités, principalement les communes et les départements.

Une solution qui coûte moins cher, c’est l’abandon des territoires : on accepte l’érosion et on construit en retrait. Obliger les propriétaires à quitter leurs maisons n’est pas facile pour les communes et le préfet n’intervient qu’en cas de danger immédiat, comme à Equihen-Plage (Pas-de-Calais). Finalement, peu de mairies l’envisagent, sauf à Lacanau (Gironde) où cela crée aussi des difficultés juridiques pour construire de nouveaux quartiers dans des communes où s’applique la loi Littoral.

La deuxième possibilité, qui est peu utilisée en France, c’est l’adaptation, par exemple en changeant la réglementation pour permettre la construction sur pilotis ou pour mettre des dunes autour des maisons. Mais aujourd’hui, on n’y est pas du tout, d’autant que cela pose des problèmes en termes d’accessibilité des bâtiments.

 

A quelles conditions la troisième stratégie, la résistance, est-elle adaptée ?

La résistance, avec la construction de jetées, de digues, de dunes provisoires, représente un coût colossal et reste provisoire car elle demande un entretien constant dans les villes côtières. Les préconisations se font au cas par cas, selon l’économie locale. Ce qui risque l’inondation est-il précieux d’un point de vue économique ou culturel ? La réponse est oui à Saint-Malo, qui dépense beaucoup d’argent pour défendre la ville de la mer.

Quand on dispose de sable et qu’on veut protéger des bâtiments, on construit, à marée basse, des avant-dunes au bulldozer à une centaine de mètres du rivage pour diminuer la force des vagues. C’est ce que fait Biarritz pour protéger le casino, une dune provisoire qu’il faut l’entretenir à chaque marée quand il y a un risque de submersion.

Certains aménagent des épis perpendiculaires à la côte (comme à Gâvres, Morbihan) pour retenir le sable et protéger ses réserves de sédiments. D’un côté de l’épi, le sable s’accumule et de l’autre, la plage s’érode. Cela crée des tensions entre les communes, mais il n’y aura pas procès car le sable n’appartient à personne sauf à l’Etat.

 

Les plans de prévention des risques sont-ils un outil efficace ?

Les PPR et les PAPI permettent d’élaborer un projet d’ensemble, avec des financements des collectivités. On a une étude qui cartographie les zones à risque et une réponse homogène à l’échelle d’un territoire. C’est mieux que rien, mais à chaque fois, cela entraine des bagarres locales. Par exemple, le tiers de l’île de Ré (Charente-Maritime) est une zone à risque. Les propriétaires d’habitations ont trouvé l’arrangement pour que la mairie entretienne les défenses du littoral car ils disposent de moyens politiques. A Carnac aussi, la mairie envisage de financer des aménagements pour que les résidents n’abandonnent pas leurs maisons.

Quand il n’y a pas de problème d’érosion mais juste un risque d’inondation qui ne dure que quelques heures, on peut protéger les maisons. Une mairie peut contraindre un propriétaire à adapter sa maison car elle a autorité sur la sécurité et elle peut jouer sur les autorisations. A Arzon (Morbihan) où j’ai été élu, un supermarché a demandé à s’installer dans une zone inondable. Il a obtenu l’autorisation, à condition qu’il n’y ait pas de risque en cas d’inondation, pour les clients et les salariés, c’est-à-dire qu’il n’y ait aucune prise ni aucun appareil électrique au niveau du sol, sauf si la pièce est fermée par une porte étanche.

 

Vous préconisez que les collectivités réorientent leurs investissements, mais est-ce réaliste ?

Le changement climatique va coûter très cher et les collectivités réservent des financements pour les gros investissements routiers, ferroviaires ou aéroportuaires. Il est temps de les réorienter : plus on commence tôt, moins ça pèsera sur nos économies. Il faut que les communes pensent à l’économie de leur territoire quand il sera confronté à des épisodes de chaleur à répétition quand des tempêtes à 200 km/h toucheront la façade méditerranéenne et le sud-ouest de la France ! Le problème des collectivités, c’est l’entretien des aménagements défensifs en face de leurs budgets de fonctionnement. La durée de vie des aménagements n’est pas garanti par l’aléa climatique. Une digue tient jusqu’au prochain événement climatique exceptionnel. On vient de le voir en Grande-Bretagne où des digues, construites après les inondations de 2009, ont été arrachées cette année.

Commentaires

1  |  réagir

24/12/2015 12h08 - Jean-Pierre CANOT

Pour s’adapter aux changements climatiques, il faut donc que ce soit rentable!
On croit rêver face à de telles âneries.
De toute façon les activités de reconstruction et de pompes funèbres sont un élément du PIB donc de la croissance.
Crevons donc et la croissance st sauvée.

Joyeux Noel

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