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« La politique de la ville se contente de poser des sparadraps » – Philippe Doucet, député 

Publié le • Par • dans : Actu prévention sécurité, France

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DOUCET Philippe © D.R.

Auteur d'une vingtaine de propositions au lendemain des attentats de janvier 2015, le député (PS) du Val-d'Oise, Philippe Doucet, préconise de nouveau de muscler au plus vite la politique de la ville. L'ancien maire d'Argenteuil interpelle également les ministères de l'Education nationale ou ou du Travail, principaux responsables, selon lui, du désenchantement des habitants des quartiers prioritaires.

 

Les professionnels de la politique de la ville parlent-ils encore le même langage que les habitants des quartiers populaires ?

Cela fait des années qu’ils ne se comprennent plus ! Le jargon utilisé par le ministère de la ville, donc in fine les élus locaux et les agents sur le terrain, semble en priorité destiné à camoufler l’inefficacité de certaines politiques publiques nationales. Sauf qu’à force de voir les pouvoirs publics ignorer les vraies questions, les habitants des quartiers prioritaires finissent par se désintéresser de ce qu’ils peuvent leur raconter…

La plupart des citoyens ne croient plus qu’à ce qu’ils voient. Or, ce qu’ils voient, dans ma circonscription, c’est que 28% des jeunes sortent du système éducatif sans diplôme, et qu’une partie de ceux qui réussissent leurs parcours scolaires subissent ensuite de graves discriminations. Un rapport de l’Institut Montaigne – un think tank d’obédience libérale, qui n’a pas vraiment la réputation d’être un repaire de gauchistes – le confirme d’ailleurs sur le plan national.

En parallèle des annonces sécuritaires qui ont suivi les attentats de janvier et novembre 2015, le gouvernement aurait-il dû apporter une réponse préventive, éducative, sociale comme le réclamait certains acteurs locaux ?

L’avantage avec les mesures sécuritaires, c’est que le gouvernement est sûr d’être entendu. La verticalité de l’appareil d’Etat fonctionne à merveille en matière d’ordre public : l’armée et la police lui obéissent sans sourciller. Force est de constater que ce n’est pas la même chose dans toutes les administrations…

Aujourd’hui, nous payons, par exemple, le fonctionnement corporatiste de l’Education nationale. Il suffit pourtant de voir le développement à vitesse grand V de l’enseignement privé dans les banlieues françaises pour constater l’échec de l’école publique. Au lieu de réinterroger les politiques de droit commun, la politique de la ville se contente malheureusement de poser des sparadraps dans les quartiers, et de donner ainsi bonne conscience à la société française.

J’ai signé il y a quelques semaines un très beau « contrat de ville », remarquable sur le plan technique. Mais il ne traite à aucun moment de ces questions essentielles… Malgré le taux d’échec scolaire considérable sur notre territoire, aucune réflexion sérieuse n’a été menée par le rectorat sur la lutte contre le décrochage scolaire ou le développement des écoles de la deuxième chance.

Vous appelez en quelque sorte la ministre de l’Education nationale à ne pas oublier qu’elle dirigeait, encore il y a peu, le secrétariat d’Etat à la politique de la ville…

Comme n’importe quels parents, les habitants des quartiers prioritaires réclament en effet un véritable projet pédagogique pour leurs enfants. Mais, lorsque les principaux syndicats d’enseignants bloquent sur le fait de payer davantage les jeunes professeurs exerçant en ZEP, que vous avez donc 35% de rotation annuelle chez les professeurs de ces « lycées difficiles », que le principal change tous les trois ans, cela devient tout de suite plus compliqué…

Et je ne parle même pas, là, de la mixité scolaire et de l’évitement pratiqué par des familles de classes moyennes et supérieures, qui est encore un autre problème.

Finalement, plus que des nouveaux dispositifs, certains se demandent s’il ne manquerait pas davantage un véritable discours politique inclusif susceptible de redonner de l’espoir et de la confiance aux habitants des quartiers prioritaires ?

Parler sans cesse de « République » à des citoyens pleinement conscients que leurs enfants ont moins de chances de réussite à l’école et mettront quatre fois plus de temps à trouver un emploi est pour le moins culotté… On peut continuer à faire « comme si » pendant longtemps, mais il me semble plus judicieux de poser des mots sur les maux puis de tout faire pour les résoudre, avant de leur offrir éventuellement un nouvel « imaginaire. »

Si la République se traduit par l’égalité pour tous, arrêtons de pinailler et construisons-la maintenant. Regardez l’écho qu’ont eu les propos de Manuel Valls, en janvier dernier, sur « l’apartheid » ? Tout le monde est conscient qu’il existe une forte ségrégation dans notre pays, les Français sont capables de l’entendre. Il est inconcevable de mettre ainsi à l’écart des centaines de milliers de jeunes Français, sinon vous le paierez obligatoirement en retour.

Que préconisez-vous pour repenser la politique de la ville et la rendre plus efficace ?

Si François Lamy – dont les intuitions me paraissaient pertinentes – était resté ministre de la Ville jusqu’au bout du quinquennat, sa réforme aurait été intéressante. Mais elle a été concassée par la machine d’Etat. Résultat : la loi du 21 février 2014 créé bien des « conseils citoyens », sauf que les élus et les professionnels continuent, en réalité, à produire des dispositifs par le haut sans faire confiance à la société  civile. Et l’Education nationale, elle, continue toujours de faire mine de discuter avec les autres. Il ne s’agit donc pas forcément de transformer la politique de la ville de fond en comble, mais de faire en sorte qu’elle arrête de ronronner.

Nous connaissons la plupart des problèmes, nous savons comment intervenir, donc, maintenant, concrétisons véritablement « La République pour tous. » Qu’il s’agisse de l’augmentation du traitement des professeurs exerçant en banlieue, d’une  campagne de testing contre les discriminations à l’embauche ou de la suppression de la dotation globale de fonctionnement aux élus fraudeurs ne respectant pas le seuil minimum de logements sociaux fixés par la loi SRU, l’important, c’est de modifier les règles du jeu pour corriger les inégalités produites par les politiques publiques de droit commun.

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