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Le Grand Paris va-t-il booster la politique de la ville ?

Publié le • Par • dans : Régions

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Metropole-du-Grand-Paris © IAU Île-de-France

Dans une note de quatre pages parue en novembre, l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de l'Ile-de-France analyse les modifications du paysage institutionnel dans l'agglomération parisienne, ainsi que le changement de gouvernance de la politique de la ville. Son auteure, Brigitte Guigou, revient pour La Gazette sur les principaux enseignements à en tirer.

 

Véritable porte d’entrée française de l’économie mondiale, réalisant près de 30% du PIB national, l’Ile-de-France est également connue… pour être l’un des territoires où il y aurait le plus de ségrégation, du fait notamment de l’émiettement territorial auquel est confrontée la région parisienne. La création d’une Métropole du Grand Paris – qui rassemblera 131 communes de la petite couronne au sein de 12 établissements publics territoriaux se voyant dans le même temps transférer la compétence politique de la ville – ambitionne de remédier aux « effets pervers » de la fragmentation institutionnelle et de réduire les inégalités territoriales.

A la fois sociologue et urbaniste, Brigitte Guigou a analysé dans le détail les lois Maptam, Notre ainsi que celle du 21 février 2014 portant réforme de la politique de la ville pour le compte de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de l’Ile-de-France (IAU-IDF). Dans cette interview, elle revient sur ce que les professionnels peuvent attendre de l’achèvement du maillage intercommunal du cœur de l’agglomération parisienne et du changement de gouvernance.

Le pilotage de la politique de la ville par les douze établissements publics territoriaux (EPT) du Grand Paris permettra-t-il de réduire les écarts de développement entre les quartiers prioritaires de la petite couronne et leur unité urbaine ?

Trois des douze EPT du Grand Paris se trouvent être d’anciennes communautés d’agglomération, qui avaient en charge, au moins en partie, la compétence politique de la ville. Les contrats de ville de Plaine Commune ou d’Est Ensemble ont, par exemple, déjà été rédigés et signés à l’échelle intercommunale, en impliquant des communes qui ont des habitudes de travail en commun. Ces territoires devront simplement veiller à ne pas renforcer le caractère technocratique de la politique de la ville et maintenir l’implication des maires dans sa mise en œuvre pour conserver un lien avec les habitants des quartiers prioritaires.

Les neuf autres EPT – qui agrègent des intercommunalités dont certaines ont été construites sur un mode défensif et des communes isolées – auront, pour leur part, tout à inventer. Vu le nombre de chantiers qu’ils auront à traiter au cours des prochains mois, il est probable que les collectivités existantes gardent la main sur la politique de la ville. Du moins à court terme.

BGuigou1

Brigitte Guigou (IAU-IDF)

Comment transformer les douze EPT en véritables « espaces de solidarité », étant donné que la culture de l’intercommunalité demeure assez faible en Ile-de-France ?

Les élus locaux « bâtisseurs » de politiques de solidarité disposeront d’une boîte à outils bien garnie et à une échelle plus stratégique qu’auparavant. Les futurs territoires pourront par exemple, favoriser plus de mixité sociale en reconstituant une offre de logements sociaux hors des quartiers prioritaires ou bien mettre en œuvre d’autres politiques structurantes gérées par les EPT, par exemple en soutenant des formes diversifiées d’activités économiques et de mobilités des habitants des quartiers.

La donne est cependant différente dans les neuf territoires « moins intégrés » que nous venons d’évoquer. Un processus de discussion va s’ouvrir dans ces EPT pour élaborer un projet commun de cohésion sociale et territoriale, et identifier la façon dont ils souhaitent s’investir dans les quartiers prioritaires. Mais c’est peu dire que cela ne se fera pas en deux mois, il faudra du temps, beaucoup de temps.

Faut-il donc s’attendre à un statu quo en matière de politique de la ville dans 75% de la Métropole du Grand Paris ?

Je n’ai pas dit cela. Du fait de la montée en charge inégale et inachevée des intercommunalités – souvent jeunes et créées selon des logiques plus défensives que solidaires –, le pilotage de la politique de la ville a, jusqu’ici, essentiellement été l’affaire des maires en Ile-de-France. Des travaux de l’IAU l’ont montré : la politique de la ville a occupé une place marginale dans les communautés d’agglomération franciliennes et l’impact sur la réduction des inégalités est resté limité.

De fait, la loi Notre – qui attribue la compétence politique de la ville aux EPT et leur donne les fonctions stratégiques de diagnostic, animation et coordination – est formulée de façon suffisamment floue pour ouvrir la porte à des négociations et des partages de compétences entre communes et EPT. Les résultats seront certainement différents d’un territoire à l’autre, dépendants notamment du poids démographique des quartiers en politique de la ville qui oscille, selon les territoires, entre zéro et plus de 60% ! Pour l’instant la question est abordée sous un angle pratico-pratique par les directions des ressources humaines qui s’interrogent, ce qui est légitime, sur la façon dont ils vont répartir les dispositifs et les personnels entre ces deux niveaux de collectivités.

Pour autant, cette situation n’est pas figée dans le temps. L’État mais aussi la région ont un rôle à jouer. En donnant leur avis sur les PLH et les PLU intercommunaux, en attribuant des financements pour la construction ou pour les projets de renouvellement urbain, ils sont en mesure d’influer sur les politiques et les projets menés par les territoires. Objectif : permettre que des processus vertueux voient le jour.

Même si la compétence « politique de la ville » a été attribuée aux douze EPT et non à la Métropole du Grand Paris, peut-on espérer que les politiques de compétitivité soient mieux articulées avec celles de solidarité ?

Malgré la fausse simplicité qui est entretenue autour de la compétence « politique de la ville », celle-ci s’apparente bien moins à une compétence qu’à un bouquet de dispositifs géographiquement ciblés visant le développement des quartiers. Même s’il est impossible de présumer sur quoi débouchera la séquence politique de janvier 2016 liée à l’l’installation de la MGP, les conseillers métropolitains disposeront néanmoins des leviers pour intégrer les quartiers précarisés dans les dynamiques locales.

Ils devront rapidement définir un projet métropolitain prenant en compte les questions de solidarité territoriale. Comme le dit la loi, la Métropole du Grand Paris doit en effet contribuer à la réduction des inégalités territoriales. Les conseillers devront promouvoir une politique équilibrée de l’habitat, veiller à une répartition de l’effort de construction de logements sociaux ou à davantage de mixité urbaine.  Sans même compter le volet financier et l’harmonisation fiscale qui est prévue à moyen-terme, la Métropole du Grand Paris dispose donc de réelles marges de manœuvre à l’instar des EPT.

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