Face à face

Faut-il bannir les soutiens à l’incinération ?

Par
incinerateur

zerowastefrance.org

Selon une étude publiée récemment et réalisée par Eunomia pour le réseau Zero Waste et ACR+, l'incinération ne serait pas nettement moins émissive en gaz à effet de serre que le stockage, et ses rejets seraient jusque-là sous-estimés. Face à ce constat, une question se pose : faut-il bannir les soutiens à l'incinération ? Entre Delphine Lévi Alvarès, de Zero Waste France, et Nicolas Roussat, d'Amorce, les points de vue divergent.

zerowastefrance-delphinealvaresLa prévention et le recyclage pénalisés

« L’incinération ne s’avère pas moins productrice de gaz à effet de serre que le stockage, si l’on mesure les émissions sur une durée de cent ans et si l’on prend en compte l’intégralité des rejets – la moitié étant, par convention, retranchée du total, au motif qu’elle provient de la combustion de déchets organiques (la biomasse, émettant du CO2 « biogénique »). C’est ce que met en évidence une étude confiée à Eunomia et publiée fin octobre. En outre, produire de l’électricité à partir de déchets n’est pas pertinent en France, où le courant provient à 75 % du nucléaire, très peu émetteur de CO2 (mais discutable à d’autres titres). Ailleurs, elle perdra de l’intérêt au fil de la décarbonation des mix énergétiques. L’énergie produite par les incinérateurs à partir de la biomasse (papier, carton, déchets de jardin et de cuisine, coton, lin, etc.) est considérée comme renouvelable. C’est un comble car, pour brûler, ces matières d’origine naturelle doivent être associées à des déchets contenant du CO2 fossile, tels les plastiques ! Les flux fermentescibles sont à détourner des fours au profit d’une valorisation organique, en vue d’un retour au sol sous forme de compost.
En Europe du Nord, l’incinération est assimilée à la valorisation énergétique, ce qui la pare d’une image vertueuse. Les déchets y sont devenus un combustible sur lequel on compte. Ainsi, au Danemark, qui incinère 90 % des déchets résiduels, les installations ont été calibrées en fonction non des besoins énergétiques, mais de la production de déchets. Les efforts de prévention et de recyclage ayant fait diminuer les tonnages, les usines y sont confrontées à des vides de four, comblés par des importations, notamment de Grande-Bretagne. Pour rentabiliser un parc aujourd’hui en surcapacité, s’est développé un marché transfrontalier de déchets résiduels.
Dans le monde entier, le stockage est décrié. En France, l’objectif de division par deux, d’ici à 2025, des tonnages enfouis, peut avoir l’effet pervers de profiter à l’incinération. Laquelle bénéficie de soutiens, alloués au détriment de la prévention et du recyclage. »

 

nicolas-roussat-amorceUne substitution aux énergies fossiles

« Il se crée très peu d’usines d’incinération en France depuis dix ans, et les soutiens à ce mode de traitement sont faibles. De 2009 à 2013, la majeure partie du « fonds déchets » de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise d’énergie (Ademe) a bénéficié à la prévention et au recyclage (59 % des 943 millions d’euros). Et le « fonds chaleur » appuie non l’incinération en tant que telle, mais les réseaux de chauffage urbain alimentés par des unités de valorisation énergétique, qui fournissent un combustible se substituant aux énergies fossiles. S’attachant au seul critère des rejets de CO2, l’étude publiée par Zero Waste intègre au bilan les émissions biogéniques (produites par l’incinération de biomasse). Ce qui est scientifiquement contestable : la combustion de papiers issus d’un arbre relargue autant de CO2 que l’arbre en a stocké durant sa croissance, contrairement aux énergies fossiles dont la combustion correspond à une émission nette de gaz carbonique. La conclusion selon laquelle l’incinération et l’enfouissement des déchets présentent un bilan carbone comparable est donc erronée. On ne peut mettre sur le même plan les émissions de CO2 fossile et biogénique : brûler du charbon n’est pas la même chose que brûler de la biomasse ! Cette assimilation permet de décrédibiliser l’incinération, conformément à la doctrine de Zero waste. Elle va à l’encontre des recommandations du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) sur la comptabilisation du CO2 et de la méthode du Bilan carbone de l’Ademe.
En outre, il convient d’intégrer au débat le rendement énergétique des deux modes de traitement. La valorisation du biogaz issu des centres de stockage se fait exclusivement sous forme d’électricité, non de chaleur ou de vapeur, car les sites sont en général éloignés des consommateurs potentiels (logements, tertiaire, industrie). Le rendement énergétique y est donc de 20 à 30 %, quand celui des incinérateurs valorisant l’énergie à la fois sous forme thermique et électrique (cogénération) peut dépasser 65 %. Du coup, la quantité de CO2 émise rapportée à l’énergie produite est bien moindre dans le cas de l’incinération que du stockage. »

Commentaires

2  |  réagir

10/12/2015 07h43 - inanimé

« On ne peut mettre sur le même plan les émissions de CO2 fossile et biogénique : brûler du charbon n’est pas la même chose que brûler de la biomasse !  »

Je ne vois pas de différence : dans les deux cas, on relargue dans l’air du CO2 stocké… Qu’il soit stocké depuis des millions d’années sous forme de charbon ou depuis quelques années sous forme de bois ne change rien au final. L’effet de serre ne fait pas le tri du bon ou du mauvais carbone : une fois qu’il est largué, il faut le recapter, d’où qu’il vienne.

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10/12/2015 09h38 - Jean-LuK

Ce refus de l’incinération en France est une aberration !
D’une part, les émissions polluantes et de CO2 sont à mettre en balance avec celles qu’elles suppriment, car la chaleur produite par l’incinération entraine la suppression de production de chaleur (urbaine) par d’autres moyens.
Ensuite, le stockage fait qu’il n’y a pas destruction de ce qui est jeté, ce que croit beaucoup de citoyens et laisse, par exemple, les sacs plastiques s’envoler dans la nature.
Mais surtout, l’incinération devrait faire partie de la chaine du recyclage des déchets, ce n’est pas parce que l’on place nos déchets recyclables dans des sacs jaunes qu’ils sont réemployés. L’incinération permet de récupérer métaux et verres sans difficulté, même s’ils sont présents en quantité trop faible pour justifier un recyclage manuel.
Enfin, j’aimerais que disparaisse cette notion de déchets verts, la nature ni l’agriculture n’en produisent, ce n’est essentiellement les « jardins » qui en sont la source. Si l’on cessait de considérer les pelouses comme des moquettes, si l’on recyclait ces déchets verts là où ils sont produits ???

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